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Nigeria. « C’était un piège » : un survivant raconte le massacre de Boko Haram, qui a fait 76 morts

jeudi 3 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/terrorisme/boko-haram/nigeria-c-etait-un-piege-un-survivant-raconte-le-massacre-de-boko-haram-qui-a-fait-76-morts-7070249

Nigeria. « C’était un piège » : un survivant raconte le massacre de Boko Haram, qui a fait 76 morts

Le 28 novembre, le groupe terroriste djihadiste Boko Haram a assassiné au moins 76 personnes dans le nord-est du Nigeria. Un survivant raconte.

Photo : Les funérailles des agriculteurs tués dans le massacre de Boko Haram, le 29 novembre. | AUDU MARTE/AFP

Ouest-France avec AFP. Publié le 02/12/2020 à 17h35

« Des insurgés nous ont prévenus que nous allions tous être égorgés », raconte Abdul (nom d’emprunt), un agriculteur de 24 ans rescapé du massacre perpétré par le groupe djihadiste Boko Haram samedi 28 novembre, dans le nord-est du Nigeria.

« Certains nous ont dit de fuir, je fais partie de ceux qui ont eu de la chance… », confie le jeune homme, encore traumatisé après le cruel assassinat d’au moins 76 de ses collègues, travailleurs agricoles tout comme lui.

Abdul est originaire de Kebbi, région pauvre située à 1 000 kilomètres de l’État du Borno, où il était venu avec des centaines d’autres ouvriers dans l’espoir de trouver du travail.

Des attaques meurtrières depuis 2009

En cette période de récoltes, les exploitants agricoles ont besoin d’une main-d’œuvre importante, notamment dans les rizières de Koshobe, non loin de la capitale de Maiduguri, et les djihadistes qui multiplient les attaques meurtrières depuis 2009 dans cette région, ne les ont pas découragés.

Une quarantaine de djihadistes en ont eux aussi profité pour se faire passer pour des ouvriers venus chercher du travail et durant plusieurs jours, ils ont séjourné dans les campements agricoles au côté de leurs futures victimes.

« Je faisais des petites courses pour eux, je leur apportais de la nourriture et lavais leurs assiettes », se remémore le jeune homme, très agité et nerveux.

Puis samedi, en début d’après-midi, les djihadistes, ont sorti des armes à feu qu’ils avaient cachées. Ils ont ensuite encerclé une soixantaine d’ouvriers et les ont regroupés devant une bâtisse abandonnée. « Les assaillants ont d’abord mis de côté les personnes âgées », témoigne-t-il.

« Puis ils ont ordonné aux autres d’entrer dans le bâtiment pour rendre hommage à leur chef, chacun à son tour », reprend Abdul.

« C’était un piège, tous ceux qui sont entrés dans cette maison n’en sont jamais sortis. » Il semblerait que les assaillants aient également ciblé les habitants originaires de Zabarmari, malgré un accord de protection conclu avec ce village.

« Au groupe, les assaillants ont demandé qui était originaire de Zabarmari », raconte Bello Muhammad, à qui un témoin a rapporté les faits. Ali, son petit frère de 20 ans, s’est avancé, pensant être épargné, mais fut le premier à être exécuté.

Le massacre revendiqué

Mardi 1er décembre, Boko Haram a revendiqué ce massacre, affirmant avoir ainsi voulu venger la mort d’un de ses combattants arrêté et livré aux autorités par des villageois.

« Vous pensez que vous pouvez livrer nos frères aux mains des soldats et ensuite vivre en paix ? », lance un djihadiste, le visage recouvert d’un turban bleu et blanc, dans une vidéo.

Les 43 personnes retrouvées mortes dans la bâtisse abandonnée ont été les premiers corps découverts, samedi, et enterrés le lendemain en présence du gouverneur de l’État.

Les djihadistes ont ensuite continué « leur folie meurtrière » dans les rizières alentour, reprend Abdul. Dans sa fuite, le jeune agriculteur voyait les combattants « saisir les ouvriers, les ligoter, et leur trancher la gorge ».

Dans ces champs marécageux et difficiles d’accès, 33 corps supplémentaires ont été pour l’instant retrouvés. Mais les équipes de recherche continuent de sillonner les rizières à pied à la recherche d’autres victimes.

Mais le travail est « fastidieux », raconte l’un des secouristes, Abdullahi Umar, « les véhicules ordinaires ne pouvant se déplacer sur ces terrains difficiles ».

Plus encore, « il est dangereux », car des éléments de Boko Haram pourraient encore s’y trouver : la forêt de Sambisa, leur sanctuaire, se trouve à quelques dizaines kilomètres seulement.