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Le terroriste qui a assassiné Samuel Paty enterré en Tchétchénie, avec les honneurs

mardi 8 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/08/attentat-de-conflans-sainte-honorine-l-assassin-de-samuel-paty-enterre-en-tchetchenie_6062554_3224.html

Le terroriste qui a assassiné Samuel Paty enterré en Tchétchénie

Des images de la cérémonie, qui aurait dû rester discrète, ont été diffusées sur Internet. La décision d’enterrer l’homme, né à Moscou et de nationalité russe, n’a pu être prise sans l’approbation du dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov.

Par Benoît Vitkine
(Moscou, correspondant)

Arrivé sur le sol russe le 5 décembre, le corps du terroriste Abdouallakh Anzorov a été enterré le lendemain, 6 décembre, en Tchétchénie, dans le village dont est originaire sa famille. L’assassin du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty a été transporté par avion en toute discrétion, depuis la France où il est mort le 16 octobre.

L’inhumation a eu lieu dans le village de Chalaji, 10 000 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres de Grozny, la capitale de la République. Abdouallakh Anzorov, 18 ans, né à Moscou et de nationalité russe, n’y avait séjourné qu’une seule fois dans sa vie.

Son enterrement aurait pu rester tout aussi secret que son transfert, si des vidéos montrant la cérémonie n’étaient apparues sur Internet. On y voit une foule d’environ 200 personnes accompagner le cercueil vers le cimetière du village, sous la neige. Selon le site d’information Baza, qui a diffusé l’une des ces vidéos, la police locale avait fermé les accès au village dès la réception du corps, pour éviter qu’une foule plus importante se joigne à la cérémonie.

Enterrement « avec les honneurs »

La chaîne Telegram 1ADAT, le seul média d’opposition implanté en Tchétchénie, a confirmé cette information et relayé des témoignages selon lesquels interdiction avait été donnée de filmer le cortège. La police – une soixantaine d’agents présents – aurait ainsi confisqué plusieurs téléphones. Autant d’éléments qui semblent confirmer le caractère non voulu de la diffusion de ces images, quand bien même Abdouallakh Anzorov aura eu droit à un enterrement « avec les honneurs », selon les mots de Baza.

Les autorités françaises essaient en général d’éviter que les tombes de terroristes puissent devenir des lieux de pèlerinage. C’est la logique qui avait prévalu lors de l’enterrement très discret des terroristes des attentats de 2015, avec des sépultures parfois anonymes. S’agissant des étrangers, les pratiques peuvent varier. En 2012, l’Algérie avait refusé la demande de la famille de Mohammed Merah d’y rapatrier son corps, invoquant des « raisons d’ordre public ».

Dans le cas d’Abdouallakh Anzorov, il est encore difficile de dire si la décision de le transférer a été prise à un niveau politique ou simplement administratif. L’organisation et le financement du transport restent également inconnus. Lundi soir, le ministère des affaires étrangères renvoyait vers le ministère de l’intérieur, lequel indiquait seulement que le renvoi du corps a été effectué à la demande de la famille. « Cette demande a fait l’objet d’un traitement par les procédures prévues à cet effet de la part de la Préfecture de police de Paris et du magistrat instructeur », indique-t-on Place Beauvau.

La cérémonie s’est déroulée de manière traditionnelle, mais s’il est habituel d’entendre réciter des sourates du Coran, les sonores « Allahou Akbar » lancés dans le cortège ne sont, eux, pas coutumiers. Vu la manière dont a été présenté l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) dans la région, il est difficile de ne pas y voir un message plus politique que religieux.

Un assassinat minimisé par le président tchétchène

Le quotidien Novaïa Gazeta précise de son côté que la famille Anzorov appartient à l’un des clans les plus importants – par sa population – de Tchétchénie, qui plus est majoritaire dans le village de Chalaji, ce qui explique la présence d’une foule importante, les proches ayant obligation de se rendre aux obsèques d’un défunt.

Le journal rappelle toutefois que la décision d’enterrer le jeune Abdouallakh en Tchétchénie n’a pu être prise sans l’approbation de Ramzan Kadyrov, le dirigeant de la république. En Russie, une loi fédérale interdit que les corps des terroristes soient rendus à leur famille et que soit dévoilé le lieu de leur inhumation.

Au-delà de la cérémonie elle-même, ces nouvelles images frappent justement en raison des déclarations passées de M. Kadyrov. Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le président tchétchène, qui promeut chez lui un islam rigoriste, n’a eu de cesse de minimiser l’action du terroriste, la présentant comme une réponse à des « provocations » françaises. Il avait aussi qualifié Emmanuel Macron de « chef de file et inspirateur du terrorisme » en France.

Ces déclarations, accueillies favorablement par une partie des musulmans de Russie, n’avaient soulevé qu’une réprobation timide du Kremlin, qui s’en est tenu dès l’origine à une position d’« équilibre », résumée par les mots de son porte-parole, Dmitri Peskov : « Il est inacceptable d’insulter les sentiments des croyants et il est inacceptable de tuer des gens. » Dans les réactions sur les réseaux sociaux, c’est aussi cette ligne qui a dominé, quand Abdouallakh Anzorov n’était pas tout simplement qualifié de « héros ». L’attribution à une rue de Chalaji du nom de ce dernier a aussi fait l’objet de débats sur Internet ces derniers jours.

La télévision régionale, d’abord discrète, a finalement fait état de l’enterrement, lundi soir, présentant Abdouallakh Anzorov, « un jeune homme à qui il restait tant à accomplir », comme « la victime d’une provocation ».