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France : Attentats de janvier 2015 : perpétuité requise contre Ali Riza Polat, 30 ans contre Hayat Boumeddiene

mercredi 9 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.leparisien.fr/faits-divers/attentats-de-janvier-2015-30-ans-de-reclusion-requis-contre-hayat-boumeddiene-08-12-2020-8413082.php

Attentats de janvier 2015 : perpétuité requise contre Ali Riza Polat, 30 ans contre Hayat Boumeddiene

Après trois mois d’un procès hors-norme, des peines de cinq ans de prison à la perpétuité ont été requises contre les 14 accusés jugés devant la Cour d’assises spéciale. Le verdict est attendu le 16 décembre.

Illustration : La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, a été requise contre le principal accusé Ali Riza Polat (ici le 2 décembre). AFP/Benoît Peyrucq

Par Louise Colcombet

Le 8 décembre 2020 à 11h29, modifié le 8 décembre 2020 à 19h36

« Il y a des procès plus que d’autres qui font trembler la voix, qui font que le cœur se serre, des témoignages qui nous font écraser des larmes derrière le masque. » Première à se lever pour l’accusation, à l’heure des réquisitions au procès des attentats de janvier 2015, l’avocate générale Julie Holveck a démarré son propos, lundi 7 décembre au matin, en livrant une émotion toute personnelle devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Celle qui l’a étreinte alors que, magistrate de permanence à la section anti-terroriste du parquet ce 7 janvier 2015, elle était projetée sur une scène de crime d’une violence inouïe dans les locaux de Charlie Hebdo, prélude d’une série d’attaques à Montrouge, puis à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, qui ont traumatisé la France et sidéré le monde entier.

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En l’absence des auteurs directs de ces attentats, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly étant morts, quatorze accusés sont jugés depuis le 2 septembre pour leur avoir apporté un soutien logistique.Trois mois après le début de ce procès-fleuve, les avocats généraux ont mené un réquisitoire à deux voix, toute la journée de lundi et la matinée de ce mardi 8 décembre, avant de réclamer des peines allant de cinq ans à la réclusion criminelle à perpétuité.

« Sans les accusés, ce trio n’était rien »

Au commencement, donc, de ces « trois jours funèbres », il y a d’abord la sidération et un « kaléidoscope de scènes folles » dont la magistrate garde le souvenir indélébile : « l’amoncellement des corps enchevêtrés dans cette salle de rédaction, le massage cardiaque désespéré à Ahmed Merabet à même le sol, l’image des quatre âmes prises en quinze minutes à l’Hyper Cacher ». Sidération qui fait vite place à cette « course contre la montre » de ces 7, 8 et 9 janvier 2015, avec notamment la traque des Kouachi.

« Ce procès, énonce Julie Holveck, est un rendez-vous avec l’Histoire. C’est aussi un rendez-vous avec l’intime : chacun sait ce qu’il faisait le 7 janvier 2015 ». C’est un « tremblement de terre dont nous avons senti les répliques à trois reprises au cours de ce procès », a-t-elle rappelé, en référence à l’attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, le 25 septembre, l’assassinat du professeur Samuel Paty, le 16 octobre, et l’attentat de Nice, le 29 octobre.

En janvier 2015, poursuit, solennelle, la magistrate, « les frères Kouachi et Amedy Coulibaly nous ont volé notre bien démocratique le plus précieux : la sécurité ». Mais ceux qui les y ont aidés, tempère-t-elle, ne doivent pas être jugés sous le coup de l’émotion. « On doit s’extraire de l’horreur des faits pour juger des hommes » et resituer « au plus juste les actes de chacun » dans une « chaîne de responsabilités […] qui a mené en connaissance de cause à la mort de 17 personnes ». « ll n’est pas question de faire peser sur les vivants sur les fautes des morts » mais, souligne encore Julie Holveck, « sans les accusés, ce trio n’était rien ».

« La cheville ouvrière, la base arrière de ce projet »

Malgré des investigations titanesques, persistent toutefois encore « des angles morts dans cette procédure », a reconnu Jean-Michel Bourlès, second avocat général à prendre la parole. Le travail des enquêteurs, rappelle-t-il, a été parasité par la multitude d’attaques perpétrées durant l’année 2015 puis 2016, entraînant un « décalage » pour certaines expertises, et une perte irrémédiable d’indices potentiels, notamment sur la téléphonie. « Ces zones d’ombre, il faut les assumer », a-t-il admis, tout en rejetant la faute sur des accusés dont la plupart, anciens voyous, sont « revenus sur leurs déclarations », ou ont brandi « le code d’honneur des malfrats ».

Leurs silences, leurs revirements, leur « prétendue cécité » quant à la radicalisation d’Amedy Coulibaly, dont ils disent tous avoir ignoré les intentions terroristes, ont créé un « mur tissé de mensonges, d’amnésie et d’approximations », fustige Jean-Michel Bourlès. Pour les avocats généraux, les accusés sont bien « la cheville ouvrière, la base arrière de ce projet, de la petite main à l’homme de main, du cercle de connaissance à l’homme de confiance, de la petite frappe au voyou patenté, du lieutenant au commandant, du fou de dieu à l’opportuniste cynique, de l’homme de basse besogne à l’homme aux desseins violents ».

Des hommes et une femme, Hayat Boumeddiene, l’épouse religieuse d’Amedy Coulibaly, dont ils ont longuement détaillé les éléments les reliant – parfois d’un fil extrêmement ténu – aux faits. Une addition d’indices dressant un tableau impressionniste de leur implication : rencontres physiques et contacts téléphoniques, bribes d’ADN, retraits d’argent au timing suspect, témoignages de proches et liens d’amitié, souvent nés en prison.
De vingt ans à la perpétuité contre les absents

Les absents, d’abord : les frères Belhoucine, en fuite et présumés morts, qui ont exfiltré Hayat Boumeddienne vers la Syrie quelques jours avant les attentats, « levant ainsi le dernier verrou du passage à l’acte ». La perpétuité a ainsi été requise à l’encontre de Mohamed Belhoucine, renvoyé pour complicité, considéré comme un mentor religieux pour Amedy Coulibaly, dont il a notamment rédigé, selon des expertises graphologiques, le serment d’allégeance à l’Etat islamique. Pour son frère Mehdi, vingt ans de prison ont été demandés et trente ans pour la compagne du tueur de l’Hyper Cacher, qu’elle a aidé à financer son projet via des escroqueries. En fuite en zone irako-syrienne où elle a donné des interviews à des organismes de propagande, « la princesse de l’Etat islamique » n’a « jamais démenti le bien-fondé de l’action de son mari », a estimé le parquet.

Petites mains d’Amedy Coulibaly, Willy Prevost et son ami Christophe Raumel lui auraient rendu des services, fournissant à sa demande des gilets tactiques, tasers, gazeuses… Pour le second, qui comparaissait libre et pour qui la qualification terroriste n’avait pas été retenue, une peine de cinq ans a été demandée, contrairement à Willy Prevost qui s’était présenté comme le souffre-douleur de Coulibaly, mais qui selon le parquet, avait son « libre arbitre » : dix-huit ans de prison ont été requis.

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Contre Nezar Mickaël Pastor Alwatik, ancien codétenu et ami d’Amedy Coulibaly, décrit comme radicalisé par l’accusation, le parquet a réclamé vingt ans de prison, n’excluant pas – sans en fournir les preuves – qu’il ait pu être envisagé qu’il passe à l’acte aux côtés de son « frère », avec qui les contacts étaient intenses dans les jours précédents les attentats.

Deux filières distinctes d’approvisionnement en armes ont été identifiées par l’enquête, la première via la métropole lilloise, la seconde via la Belgique et les Ardennes. Contre Amar Ramdani et Saïd Makhlouf, accusés d’avoir fourni une partie de son arsenal à Coulibaly en multipliant les allers-retours vers Lille (Nord), les avocats généraux ont demandé des peines de dix-sept et treize ans de prison – sans période de sûreté pour Makhlouf, exception notable dans ce dossier avec Christophe Raumel. Concédant un « doute » quant à la connaissance de l’utilisation finale des armes par Mohamed Farès – leur contact dans le Nord –, le parquet a abandonné la qualification terroriste de l’association de malfaiteurs, demandant sept ans de prison. Dans le volet « belgo-ardennais », quinze ans de prison ont été demandés à l’encontre de Metin Karasular, Michel Catino, et Miguel Martinez, dix-huit pour Abdelaziz Abbad.

Ali Riza Polat, le « pivot » des préparatifs

Les avocats généraux ont enfin consacré pas moins d’une heure trente, en cette seconde journée, au principal accusé, le bouillonnant Ali Riza Polat, 35 ans, dont les coups de sang, les éructations et l’attitude bravache ont ponctué toute l’audience. La personnalité d’un homme « impulsif, intolérant à la frustration et la contradiction, sans filtre » sur laquelle les représentants du parquet sont revenus, citant notamment ses insultes et menaces à la barre. « Le réduire à son caractère volcanique serait une grave erreur », estime pourtant Jean-Michel Bourlès, pour qui l’accusé ne cherche ainsi qu’à « détourner le regard de l’essentiel et masquer sa responsabilité ».

Seul à être poursuivi pour complicité de l’ensemble des faits, y compris ceux des frères Kouachi ? qui n’ont pourtant laissé aucune trace dans leur sillage et qu’il nie avoir jamais rencontrés ? Ali Riza Polat, 35 ans, paie pour l’accusation sa proximité avec Amedy Coulibaly, qu’il verra intensément jusqu’au 6 janvier. Lui-même radicalisé, soutient le parquet, il est le « pivot » des préparatifs : « il est partout, il côtoie tous les protagonistes », cherche une « planque » pour son ami dès l’été 2014, « supervise » des achats de matériel, recherches des armes, aide Coulibaly dans ses escroqueries qui financeront son attaque…

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« Même s’il le conteste, il avait une connaissance précise du projet terroriste », estime Jean-Michel Bourlès, pour qui Polat connaissait « nécessairement, indubitablement, la proximité avérée de Coulibaly avec l’idéologie djihadiste ». La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans, a été demandée ensuite par Julie Holveck qui a lancé aux juges de la cour spéciale : « Vous rendrez votre décision au nom du peuple français. Elle sera scrutée, soupesée, regardée à la loupe. Elle servira d’étalon ». Le verdict est attendu le 16 décembre.