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France : Vif échange entre Macron et le président égyptien au sujet des caricatures de Mahomet

mercredi 9 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.bfmtv.com/international/vif-echange-entre-macron-et-le-president-egyptien-au-sujet-des-caricatures-de-mahomet_AD-202012070205.html

Vif échange entre Macron et le président égyptien au sujet des caricatures de Mahomet

Jules Pecnard avec AFP

Le 07/12/2020 à 14:54

À l’occasion d’une conférence de presse commune à l’Elysée, le président al-Sissi a souligné le caractère « sacré » de la religion qui a, selon lui, « la suprématie sur les valeurs humaines ».

Video ici

La rencontre a démarré avec des amabilités diplomatiques en bonne et due forme. À l’occasion de la visite officielle à Paris du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, Emmanuel Macron l’a remercié de son soutien face à la « campagne de haine » anti-française déployée dans le monde musulman, saluant un « président d’un très grand pays arabe et musulman ».

France et Egypte sont « unies » pour construire un « espace de civilisation » dans lequel « il n’y a pas de place pour les condamnations à mort et les discours de haine quand s’expriment simplement les libertés », a affirmé Emmanuel Macron.

La France a récemment fait l’objet d’appels au boycott et de manifestations dans le monde musulman après que le chef de l’État eut défendu la liberté de caricaturer, à la suite de l’assassinat par un islamiste en octobre de l’enseignant Samuel Paty, qui avait montré des caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

En Egypte, une « suprématie » de la religion

Rebondissant sur une question d’un journaliste égyptien, les deux présidents se sont lancés dans des explications détaillées, Emmanuel Macron défendant les libertés, dont le droit de critiquer une religion. Le maréchal al-Sissi a quant à lui souligné le caractère « sacré » de la religion qui a, selon lui, « la suprématie sur les valeurs humaines ».

Le chef d’État égyptien a rappelé que l’Egypte a condamné l’assassinat du professeur Samuel Paty par un réfugié russe tchétchène radicalisé, comme Le Caire « condamne n’importe quel attentat terroriste ».

Il a reconnu que « les hommes ont le droit d’avoir la religion qu’ils veulent et de refuser ce qu’ils veulent ». Et de se dire ensuite inquiet du risque, en « rendant égales les valeurs humaines que nous acceptons et respectons et les valeurs de la religion », de « blesser des millions de personnes ».

« Apport des Lumières »

Emmanuel Macron lui a alors répondu en rappelant qu’en France, « nous considérons que rien ne peut être au-dessus de l’homme et du respect de la dignité de la personne humaine », soulignant que « c’est l’apport de la philosophie des Lumières ».

Il a reconnu qu’il peut y avoir « un débat sur la décence » et sur « ce qui peut choquer l’un, l’autre dans le rapport entre êtres humains ».

Mais, « aucune religion parce qu’on se moque d’elle n’a le droit de déclarer la guerre », a poursuivi Emmanuel Macron, en rappelant la stricte séparation en France entre le religieux et le politique.

« Peuple souverain »

Jugeant « très important le débat que nous avons là », il a aussi souligné que la vision des pays occidentaux est que le religieux ne « supplante pas le politique », « c’est une base, c’est un principe démocratique sinon c’est autre chose, ce sont des théocraties ».

« En France un journaliste, un dessinateur de presse, écrit et dessine librement. C’est pas le président de la République qui lui dit ce qu’il doit faire, ni quelque organe que ce soit. Et c’est comme ça depuis bien longtemps. (...) Quand il y a une caricature, (...) ça n’est pas un message de la France à l’égard de votre religion ou du monde musulman. C’est l’expression libre de quelqu’un qui, en effet, provoque, blasphême », a défendu le locataire de l’Elysée.

Et Emmanuel Macron de rappeler qu’en France « ce n’est pas la loi de l’islam qui s’applique, c’est la loi d’un peuple souverain qui l’a choisie pour lui-même ». « Et je ne vais pas la changer pour vous », a-t-il tranché.

Jules Pecnard avec AFP
Journaliste BFMTV

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Source : https://fr.timesofisrael.com/valeurs-religieuses-ou-valeur-de-lhomme-letonnant-echange-macron-sissi/

« Valeurs religieuses » ou « valeur de l’homme », l’étonnant échange Macron-Sissi

Dans un échange direct, courtois mais ferme, les deux hommes ont discuté de la hiérarchie entre la religion et les lois, un écho au projet de loi français contre le « séparatisme »

Par AFP

8 décembre 2020, 15:21 0

Photo : Le président français Emmanuel Macron (d) et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à l’Elysée, le 7 décembre 2020. (Crédit : Michel Euler / POOL / AFP)

« Les valeurs religieuses doivent avoir la suprématie sur les valeurs humaines », affirme le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. « La valeur de l’homme est supérieure à tout », lui répond Emmanuel Macron lors d’un échange politico-philosophique en conférence de presse.

La conférence de presse des deux chefs d’Etat lundi à Paris touchait à sa fin quand un journaliste égyptien interpelle le président français sur les caricatures de Mahomet.

« Les musulmans ont été blessés par les caricatures du Prophète. Je ne crois pas qu’on ait entendu des excuses », lui lance le journaliste.

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Les deux hommes remettent leurs oreillettes. Et saisissent l’occasion pour un échange direct, courtois mais ferme, sur la hiérarchie entre la religion et les lois.

Un dialogue rarissime dans ces exercices diplomatiques convenus, qui fait écho au projet de loi français contre le « séparatisme » islamiste et pour le respect des lois républicaines.

Emmanuel Macron avait auparavant remercié le président Sissi, accueilli en grande pompe, pour avoir soutenu la France contre la virulente campagne de haine internationale dont elle a été la cible pour avoir défendu le droit à la caricature.
Le président français Emmanuel Macron (d) et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à l’Elysée, le 7 décembre 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

Prenant la parole, Emmanuel Macron répète que les caricatures sont l’expression d’une presse libre et non un message de la France aux musulmans.

« Un journaliste, un dessinateur de presse écrit et dessine librement (…) Quand il y a une caricature, ce n’est pas un message de la France à l’égard du monde musulman. C’est l’expression libre de quelqu’un qui provoque, blasphème. Il a le droit, dans mon pays. Parce que ce n’est pas la loi de l’islam qui s’applique, c’est la loi d’un peuple souverain, qui l’a choisi pour lui-même. Et je ne vais pas la changer pour vous », réplique-t-il

« Ne le prenez pas comme une provocation du président de la République ou du peuple français », c’est « l’expression libre d’un dessinateur ou d’un satiriste, et d’autres lui répondent (…) Et les droits de l’Homme c’est ça. C’est que l’un peut provoquer, parfois choquer, et je le regrette. Mais un autre peut lui répondre, parce qu’ils se respectent et parlent en paix ».

Universalisme ou origine céleste

« C’est ça l’apport de la philosophie des Lumières, le formidable apport des droits de l’Homme à la paix universelle et c’est ce qui fait que je les défendrai toujours partout ».

Le président égyptien prend alors la parole pour répondre à son tour. « Un homme a le droit d’avoir la religion qu’il veut » mais « les valeurs humaines sont faites par l’Homme et peuvent être changées alors que les valeurs religieuses sont d’origine céleste et sont donc sacrées, elles ont la suprématie sur tout. Donc rendre égales valeurs humaine et religieuses nécessite un débat calme et objectif », dit-il posément mais fermement en se tournant vers le président français.

« Si en vous exprimant vous blessez les sentiments de centaines de millions, et que vous trouvez que cela ne peut pas être révisé, en raison des valeurs de la France… Cela nécessite une plus ample réflexion », avance-t-il.

Emmanuel Macron, pourtant attendu pour un appel avec Angela Merkel, informe ses diplomates qu’il va prendre quelques minutes supplémentaires pour conclure.

« Mais, voyez, c’est sans doute là où il y a un risque de balbutiement de notre Histoire. Nous considérons que la valeur de l’Homme est supérieure à tout. Et c’est ce qui fait l’universalisme des droits de l’Homme, qui fonde la charte des Nations-Unies. Rien ne peut être au-dessus du respect de l’Homme et le respect de la dignité de la personne humaine ».

« Il y a en effet le respect de l’un à l’égard des autres, mais dans l’ordre du politique, le religieux n’entre pas. Et jamais une religion quelle qu’elle soit (…) parce qu’on se moque d’elle, n’a le droit de déclarer la guerre ».

« Si nous considérons que le religieux supplante le politique », les régimes ne sont plus des démocraties, « ce sont des théocraties (…) Je ne pense pas que cela mène au meilleur ».

« C’est très important le débat que nous avons là. Et sur le plan international, l’ordre politique n’est pas structuré par le religieux, c’est un fait », a-t-il conclu avant que les deux hommes ne remettent leur masque et ne sortent en poursuivant leur conversation.