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Australie : Une liberté d’expression en transition

Une sénatrice australienne convoquée devant la Commission des droits de la personne pour avoir défendu les espaces féminins

mardi 15 décembre 2020, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : Tradfem

Une sénatrice australienne convoquée devant la Commission des droits de la personne pour avoir défendu les espaces féminins

by EnOceanie

Une sénatrice a été sommée de comparaître devant la Commission des droits de la personne pour ’répondre de la possibilité d’une offense probable’.

Elle avait déclaré : ‘On n’a pas besoin d’être intolérant pour reconnaitre les différences entre le mâle et la femelle et comprendre pourquoi le sport féminin, les vestiaires et les toilettes dédiés sont importants.’

Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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Une liberté d’expression en transition

Les structures mêmes des commissions des droits de la personne se fondent sur la tyrannie

par Chris Uhlmann,
Sidney Morning Herald, 30 septembre 2020

Que Dieu nous libère des fanatiques !

Ils ont existé à travers les âges sous différentes formes, se prétendant gardiens de l’ordre moral contemporain et ne demandant rien de moins que notre obéissance aveugle à leur sacerdoce. Et c’est avec une profonde tristesse qu’ils envoient les hérétiques au bûcher, pour leur propre salut et celui de la société en entier.

Photo : Toilette inclusive au Département des énergies et de l’environnement, Canberra

Les fanatiques savent que les personnes qui leur tiennent tête sont des pécheresses. Par conséquent, la fin justifie les moyens dans leur lutte sans relâche contre le Mal.

Arthur Miller a expliqué leur processus dans Le Creuset : ‘… la nécessité de l’existence du Diable peut devenir évidente comme arme, une arme conçue comme un fouet et utilisée encore et toujours à travers les âges pour fustiger les hommes jusqu’à ce qu’ils s’abandonnent à quelque Église ou État-Église’.

De nos jours, c’est la bureaucratie de l’État qui nous dicte la morale et le diable est la discrimination, dans toutes ses formes éternellement changeantes. Le crime est de faire quoi que ce soit qui sera interprété comme offensant. L’arme est la loi.

Une chasse aux sorcières sévit ces jours-ci en Tasmanie.

La sorcière contemporaine est la sénatrice libérale Claire Chandler. Le 17 juillet, elle a malparlé (she wrongspoke ) dans les pages du journal The Mercury, en écrivant : ‘On n’a pas besoin d’être intolérant pour reconnaitre les différences entre les sexes mâle et femelle et pour comprendre pourquoi le sport féminin, les vestiaires et les toilettes dédiées à un sexe ont leur importance.’

Ces propos ont poussé un homme de Hobart, resté anonyme, à lui écrire pour dénoncer ses pensées criminelles (her crimethink). La sénatrice a alors persisté et signé : ‘Je comprends très bien la différence entre le sexe et le genre. C’est pour cette raison que j’ai fait valoir dans mon article que les toilettes et les vestiaires féminins sont conçus pour les personnes de sexe féminin (les femmes) et devraient le rester.’

Photo : La sénatrice libérale Claire Chandler au moment de sa première allocution au Sénat de Canberra, en 2019.

L’article et le courriel en question ont été acheminés par ce citoyen en guise de plainte auprès de la présidente de la Commission des droits de la personne de Tasmanie, Sarah Bolt. Mme Bolt a ensuite écrit à la sénatrice Chandler, en notant que le plaignant ne faisait pas partie de la communauté trans et en rejetant l’argument que l’article avait enfreint la loi.

Mme Bolt a toutefois déterminé que la plainte portant sur ce courriel était fondée. Elle a jugé, ‘qu’une personne raisonnable aurait dû prévoir que les membres de la communauté LGBTIQ+ (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre, intersexe, queer etc.) se trouveraient humiliés, intimidés, offensés et insultés’ par cette communication.

La sénatrice Chandler a alors été sommée de se présenter à une audience de la Commission le 1er octobre pour répondre de cette possibilité d’une offense appréhendée.

La sénatrice en a appelé aux médias. La Commission lui a répondu avec une deuxième salve, en notant ‘qu’user d’un langage insultant’ à l’égard de la Commissaire ou ‘faire entrave’ à son travail constituait aussi une infraction.

Quelques questions s’imposent.

Tout d’abord, la structure même de la Commission des droits de la personne de la Tasmanie reflète, comme tous les organes de ce genre, une disposition tyrannique. La Commission devrait fonctionner comme un service de médiation – et c’est souvent ce qu’elle fait – mais elle peut aussi agir comme avocat, procureur, juge et jury tout à la fois. Ce qui invite des instances quasi-judiciaires à devenir des tribunaux vedettes. Les voici qui nient un droit fondamental dans toute démocratie, le droit à une audition équitable devant un tribunal impartial. Le droit de dénoncer cette injustice en toute liberté a aussi été annulé dans la loi.

En second lieu, la sénatrice émet une opinion qui, jusqu’à très récemment, relevait du sens commun. Ce qui a changé est l’émergence d’un nouveau groupe protégé, la communauté trans, qui exige que toute personne qui s’auto-déclare d’un genre ou de l’autre soit acceptée comme étant mâle ou femelle.

On rédige des lois sur cette question, ce qui justifie un débat, en commençant par déterminer à quel moment une personne peut être désignée comme ayant « transitionné » ? Est-ce après une chirurgie de réassignation ou simplement sur la foi d’une déclaration du changement ? Ce n’est pas qu’une petite différence et chaque critère a ses partisans.

Dans une société libre, on devrait respecter et défendre le droit de chaque individu de faire des choix personnels au sujet de sa vie. Mais pourquoi la vérité subjective de quelqu’un devrait-elle s’imposer comme étant une réalité objective de la société dans son ensemble et pourquoi des lois devraient-elles servir à imposer une telle vérité subjective ?

Cet espace de contestations en mouvance est bien plus profond qu’un litige à propos de toilettes publiques. Il y est question de vérité et d’identité - des critères qui nous regardent toutes et tous. Malgré une quasi-absence de débat public, des bureaucraties plient ici et là devant certaines exigences par crainte de se voir accusées de transphobie, la dernière mouture d’une longue liste de crimes identitaires.

Mais on constate également un affrontement d’idéologies, sur ce que ça signifie que d’être une femme. Certaines féministes de la vieille école craignent de voir leur territoire envahi par des militants aux cris stridents. L’autrice J.K. Rowling est déjà une de leurs cibles. Elle a été vilipendée pour avoir exprimé sa propre vérité, et des librairies soi-disant ‘progressistes’ ont banni de leurs étagères les romans de la série Harry Potter. Comment ces brûleurs de livres sont-ils moralement supérieurs aux auteurs d’autodafés qui ont sévi avant eux dans la longue marche de l’histoire ?

Beaucoup de questions restent à débattre, mais elles sont présentement étouffées au nom de la défense de droits humains, et qui oserait questionner une cause aussi vertueuse ?

Parce qu’après tout, comme l’a écrit Miller, il est interdit de remettre en question quelqu’un qui se présente comme une victime : ‘Les accusateurs sont toujours sacrés de nos jours ? Sont-ils nés ce matin aussi blancs que neige ? Je vais vous dire ce qui mène Salem – c’est l’esprit de vengeance. Nous sommes ce que nous avons toujours été à Salem, mais maintenant, des petits enfants égarés font cliqueter devant nous les clés du royaume, et c’est la vulgaire vengeance qui rédige les lois !’

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NDT : Chris Uhlmann est le rédacteur politique en chef de la rubrique Nine News, au Sydney Morning Herald, l’un des plus importants médias australiens.

Version originale : https://www.smh.com.au/national/when-freedom-of-speech-is-in-transition-20200929-p5608l.html