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France : Nadia Remadna et Mila, les « pestiférées » de la République

mardi 15 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/nadia-remadna-et-mila-les-pestiferees-de-la-republique/

Nadia Remadna et Mila, les « pestiférées » de la République

Par
Valérie Toranian

Déc 14, 2020

La France est menacée. Par la pandémie ? Les attentats islamistes ? Les répercussions violentes de la crise économique ? Vous n’y êtes pas. La menace vient des militants laïcs qui font peser sur nos concitoyens des risques inconsidérés. Pensez-donc. Ils ont la manie obsessionnelle de défendre non seulement la laïcité, mais aussi l’égalité entre les hommes et les femmes, le droit pour chacun de croire ou de ne pas croire, le droit des humoristes à faire de l’humour et à se moquer des religions comme on l’a toujours fait en France. Pire, ils pensent que la bataille culturelle doit se mener d’abord à l’école pour faire face à la montée du communautarisme et du fondamentalisme islamique. Bref des fous furieux. Des irresponsables. Des provocateurs qu’il faut vite neutraliser pour les empêcher de nuire davantage. Voici deux histoires édifiantes de la France d’aujourd’hui. Celles de Nadia Remadna et de Mila.

Alarmée par le nombre important de départs en Syrie dans son département de Seine-Saint-Denis, Nadia Remadna a fondé en 2014 La Brigade des mères de Sevran. Dans les quartiers, raconte-t-elle, « la spirale islamiste est toujours bien réelle. La situation est même plus inquiétante qu’il y a six ans […] Des jeunes s’adressent à nous, secrètement, quand ils veulent fuir des environnements familiaux où la pratique de l’islam se radicalise. On les aide… ». Connue pour ses engagements et pour son témoignage publié en 2016, Comment j’ai sauvé mes enfants (éd. Calmann-Levy), Nadia Remadna est appelée à témoigner sur le plateau de l’émission d’Éric Brunet, sur LCI, après la décapitation de Samuel Paty. Suite à son intervention, Nadia Remadna reçoit des menaces de mort sur son portable. Elle s’en ouvre à son chef d’établissement : ancienne médiatrice scolaire, elle est en effet désormais agent d’accueil dans un établissement scolaire privé catholique parisien. Elle a quitté sa banlieue d’origine pour se mettre à l’abri des menaces physiques sans pour autant abandonner son combat.

« S’attaquer aux islamistes, c’est compliqué et dangereux. Mieux vaut faire taire ceux qui les dénoncent. C’est plus simple : ils sont connus, faciles à cibler. Et eux, on sait qu’ils ne coupent pas les têtes lorsque quelque chose leur déplaît. »

La réaction de la direction est immédiate : on lui demande de rendre les clés de son bureau et de ne plus se présenter au travail. Le motif ? Elle fait courir des risques à tout l’établissement. On tente de lui faire accepter une rupture conventionnelle qu’elle refuse. On lui propose ensuite une somme d’argent en guise d’indemnité. Elle refuse encore. « Je ne suis pas à vendre, dit-elle amère. C’est de l’argent pour me faire taire. Alors qu’un enseignant vient d’être décapité. C’est une honte… ». Sa seule consolation : le soutien de plusieurs de ses collègues enseignants qui visiblement n’ont pas le même syndrome de pleutrerie que leur chef d’établissement. Il faut dire que s’attaquer aux islamistes, c’est compliqué et dangereux. Mieux vaut faire taire ceux qui les dénoncent. C’est plus simple : ils sont connus, faciles à cibler. Et eux, on sait qu’ils ne coupent pas les têtes lorsque quelque chose leur déplaît.

Autre élément perturbateur de la République, la jeune Mila. Pour avoir critiqué l’islam après avoir subi des insultes homophobes, elle a été cyber-harcelée et a reçu plus de 50 000 messages de haine ainsi que des menaces de mort depuis janvier 2020. Le nom de l’établissement scolaire militaire où elle était scolarisée depuis février ayant fuité au sein d’une conversation sur les réseaux sociaux, le colonel-proviseur de l’établissement a courageusement imposé une capitulation immédiate. Renvoi de la jeune fille dans ses foyers. « Je suis effondré par autant de lâcheté et de démission. Après l’Éducation nationale, c’est l’armée qui renonce à scolariser une gamine de 17 ans », dénonce, écœuré, le père de Mila dans sa « Lettre à ces lâches » publiée par Le Point. « J’ai beaucoup de respect pour les militaires en opération, mais au bal des planqués, rien n’est plus important pour certains, apparemment, que leur tranquillité. »

Dans un magnifique communiqué langue de bois, le ministère des Armées a indiqué que « Mila [n’avait] pas été exclue » mais qu’il a été proposé à ses parents qu’elle « poursuive, pour un temps, son enseignement à distance dans un lieu sûr, le temps d’un apaisement de la situation sécuritaire ». La « situation sécuritaire » de la France étant au rouge depuis 2015 et pour encore longtemps, on se demande quelles sont les perspectives de scolarisation de Mila. Même si Marlène Schiappa, ministre en charge de la Citoyenneté, a eu des paroles fortes pour assurer la jeune fille de son soutien, même si elle a promis de se « démener pour lui trouver une solution », les parents, accablés, ont dit qu’ils ne comptaient plus sur personne.

« Moment paradoxal que le nôtre. On défend à grand bruit un projet de loi confortant le respect des principes de la République et on assiste chaque jour au recul de ces principes par lâcheté, par soumission, par « pragmatisme », par accommodement avec le réel. »

Dans le cas de Mila comme dans celui de Nadia Remadna, ce qui frappe ce n’est pas la peur du danger de la part de l’institution. Le danger est réel, les menaces sont à prendre avec le plus grand sérieux. Mais c’est le manque de courage face à ce danger. Et l’abdication consistant à faire de la victime, cible de l’agresseur, la source du danger. La peur de la violence conduit à sanctionner la victime. C’est elle qui pose problème. C’est elle qui doit être écartée.

Rappelons que, depuis l’assassinat de deux enfants juifs à l’école Ozar Hatorah de Toulouse par Mohammed Merah en 2012, on ne compte plus le nombre d’enfants juifs ayant quitté à bas bruit leurs établissements scolaires publics ou privés, notamment en Seine-Saint-Denis : ce sont les proviseurs inquiets de la montée d’un antisémitisme décomplexé chez des jeunes arabo-musulmans qui conseillaient « vivement » aux parents de déscolariser leurs enfants et de les envoyer dans des institutions juives… (où, de fait, ils étaient parfaitement identifiés comme cibles !)

Moment paradoxal que le nôtre. On défend à grand bruit un projet de loi confortant le respect des principes de la République et on assiste chaque jour au recul de ces principes par lâcheté, par soumission, par « pragmatisme », par accommodement avec le réel. Et surtout par peur de paraître raciste lorsqu’on s’inquiète, à juste titre, de la montée de l’islam politique. Si d’aventure vous vous sentiez tout de même l’âme républicaine et laïque, le camp du bien vous rappelle immédiatement à l’ordre. Ainsi le journal Le Monde nous met vertueusement en garde contre une nouvelle secte intolérante et radicale, nébuleuse aux composants proches de l’extrême droite, qui aurait pris le contrôle du cerveau d’Emmanuel Macron : les « laïcards », odieux « partisans d’une laïcité offensive ». Ou comment l’islam de conquête devient la victime, et la laïcité de défense, l’agresseur. Nous n’en avons pas fini avec la soumission.