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Belgique : Le roi, la mosquée et l’attentat

lundi 21 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/agora/humeurs/le-roi-la-mosquee-et-lattentat

Le roi, la mosquée et l’attentat

L’œil de Marianneke

Par Nadia Geerts

Publié le 07/12/2020 à 10:32

Photo : Ce lundi 7 décembre s’ouvre le procès des attentats terroristes qui, le 22 mars 2016, ont ensanglanté Bruxelles. Perpétrés à l’aéroport de Bruxelles national et à la station de métro Maelbeek, ces attentats suicides ont fait 32 morts et 340 blessés et ont été revendiqués par l’État islamique. À l’instar de ceux de Paris, le 13 novembre 2015, ils ont été fomentés par la cellule franco-belge constituée autour du Belgo-Marocain Abdelhamid Abaaoud.

Ironie du sort, ce 4 décembre, l’État belge rendait un avis négatif à la suite de la demande de reconnaissance de la Grande Mosquée du Cinquantenaire, un imposant bâtiment classé situé à Bruxelles, à deux pas du métro Maelbeek. Le rapport de la Sûreté de l’État qui motive cet avis a en effet pointé les ingérences étrangères dans la gestion de la Grande Mosquée, voire des manœuvres d’espionnage pour le compte du pouvoir marocain, mais aussi le fait que l’islam mis en avant par cette mosquée, proche de l’Arabie Saoudite et d’inspiration rigoriste et wahhabite, ne serait pas suffisamment en phase avec la société belge.

Islam de Belgique

Et ça, c’est vraiment pas de chance : car si la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles a été retirée en avril 2019 au Centre islamique et culturel de Belgique, rattaché à la Ligue islamique mondiale et à l’Arabie Saoudite, c’est précisément suite à une recommandation de la Commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes du 22 mars 2016. La gestion de cette mosquée avait alors été confiée temporairement à l’Exécutif des Musulmans – l’association qui gère les aspects temporels du culte islamique –, qui s’était engagé à faire émerger un islam de Belgique, dégagé de toute ingérence extérieure et compatible avec la démocratie, les droits de l’homme et l’égalité entre hommes et femmes.

Or, manifestement, l’émergence d’un tel islam, compatible avec les valeurs de la modernité, patine quelque peu. Certains prétendent même que cette incompatibilité serait liée à la nature même de l’islam. Stigmatisation ? Racisme larvé ? Islamophobie caractérisée ? Pas nécessairement, puisque l’idée selon laquelle l’islam est incompatible avec la modernité est partagée par 19% des jeunes musulmans bruxellois eux-mêmes, selon une étude menée par les chercheurs Joël Kotek et Joël Tournemenne pour la Fondation Jean-Jaurès dont les résultats ont été publiés ces jours-ci, et qui révèle quelques éléments inquiétants.

Résonances franco-belges

Ainsi, 71% des élèves musulmans sondés souscrivent à l’affirmation « Les musulmans doivent avoir la possibilité de vivre publiquement leur foi en Belgique et ce, sans la moindre restriction », ce qui inclut le droit de porter le voile intégral. Par ailleurs, 40% des musulmans sondés considèrent que l’islam veut s’étendre au monde entier, opinion d’ailleurs partagée par 47% de catholiques. Et ils sont 38% de musulmans pratiquants à considérer que la loi religieuse est plus importante que la loi civile.

Heureusement, cette étude met en évidence le fait que les jeunes bruxellois s’entendent sur l’essentiel, quelle que soit leur confession : pour la majorité d’entre eux, l’islam est la religion d’amour et de paix par excellence, mais aussi la religion la plus persécutée. C’est donc bien volontiers que la jeunesse bruxelloise lui ouvre les bras, même lorsqu’il véhicule des valeurs quelque peu dissonantes par rapport à celles que professent nos démocraties modernes.

Notre bon roi Baudouin, le très catholique, serait fier d’eux, lui qui, en offrant dès 1967 au roi d’Arabie Saoudite ce qui allait devenir en 1978 la Grande Mosquée de Bruxelles, a ouvert grand les portes à un islam radical autoproclamé d’amour et de paix.

Agrégée en philosophie, essayiste, militante laïque et féministe, Nadia Geerts nous offre désormais chaque semaine son regard depuis la Belgique. C’est « L’œil de Marianneke », la « petite Marianne » en bruxellois. Cette semaine, elle évoque les problèmes de la Belgique avec l’islam politique, similaires aux nôtres.