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France : Miss Provence visée par des tweets antisémites : enquête ouverte par le parquet de Paris

dimanche 27 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/miss-provence-visee-par-des-tweets-antisemites-une-enquete-ouverte-par-le-parquet-de-paris

Miss Provence visée par des tweets antisémites : enquête ouverte par le parquet de Paris

Polémique

Par Nora Bussigny

Publié le 21/12/2020 à 14:26

Un déferlement de propos antisémites a pollué les réseaux sociaux samedi 18 décembre pour accompagner la prestation d’April Benayoum, candidate pour la Provence, lors de l’élection de Miss France 2021. Une enquête pour « injures à caractère raciste et provocation à la haine raciale » a été ouverte a annoncé ce lundi 21 décembre le parquet de Paris.

S’en prendre aux origines d’une miss relève presque d’un rituel annuel pour de nombreux téléspectateurs, comme ce fut le cas l’année passée lors du sacre de Miss Guadeloupe - notamment comparée sur Twitter à « un singe ». Nouvel exemple cette année avec April Benayoum, alias Miss Provence, élue ce samedi 18 décembre première Dauphine de Miss France 2021. La simple évocation de ses origines a entraîné un flot d’attaques : « J’ai moi-même des origines assez variées : ma mère est serbe-croate, et mon père israélien-italien ». Une enquête pour « injures à caractère raciste et provocation à la haine raciale » a été ouverte, a annoncé ce lundi 21 décembre le parquet de Paris.

« Ne votez pas Miss Provence raison : ELLE est juive », « Miss Provence a un lien avec Israël, allez dégage moi ça » et autres raccourcis fallacieux : « israel juif juive judaisme judas étoile de david sionisme sioniste miss provence » ne sont qu’un aperçu du florilège antisémite qui a secoué la toile. D’ailleurs, il n’a pas fallu attendre longtemps avant que des comptes Instagram accusent ouvertement la famille d’April Benayoum d’avoir payé des influenceurs pour promouvoir son élection.

« Mécanismes de complotisme »

Plusieurs politiques et associations ont réagi : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, assure avoir mobilisé les services de police, se disant « profondément choqué par la pluie d’insultes antisémites contre Miss Provence ». Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la citoyenneté, avait annoncé sur Twitter qu’un signalement avait été effectué auprès du procureur de la République. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) appelle à signaler chaque message antisémite à l’attention de Miss Provence afin de mener par la suite « une action de groupe ».

Muriel Ouaknine-Melki, avocate et présidente de l’OJE (Organisation Juive Européenne) qui lutte contre l’antisémitisme, annonce déposer plainte et n’est pas étonnée des tweets comme « Tonton Hitler ta oublier d’exterminer miss Provence » : « Par mois, nous traitons entre 80 et 100 affaires d’antisémitisme. Ce sont systématiquement des références aux thèmes récurrents du nazisme ou de l’islam radical. » Parmi les auteurs de ces propos, la grande majorité navigue manifestement entre l’adolescence et le début de l’âge adulte, un fait qui n’échappe pas à l’avocate : « A l’instar du dossier de Madame Benayoum, on retrouve des mécanismes de complotisme. L’antisémitisme véhiculé sur les réseaux sociaux est répété à l’infini et les jeunes utilisateurs qui suivent les mêmes comptes de références sont habitués à une doctrine antisémite qui, pour eux, est anodine. Mais nous, avocats, voyons le passage des propos haineux à des actes criminels pour certains d’entre eux. »

Muriel Ouaknine-Melki et la cinquantaine d’autres avocats bénévoles de l’OJE militent depuis trois ans pour que les propos antisémites ne soient plus considérés comme de la liberté d’expression et qu’ils ne soient plus jugés par la 17e chambre correctionnelle de la liberté de la presse mais en comparution immédiate qui permettrait de prononcer un jugement en 48 heures et non plus en 2 ans comme c’est le cas actuellement. « L’antisémitisme n’est jamais un problème de liberté d’expression mais un délit » rappelle Maître Ouaknine-Melki.

Des militants silencieux

Si les politiques ont unanimement condamné les tweets antisémites, des militants anti-discriminations se sont montrés plus silencieux. Interrogée, l’essayiste et réalisatrice Gabrielle Deydier auteure de l’enquête « On ne naît pas grosse » (Editions Goutte d’Or, 2017) répond : « Pour ma part, ce que je pense de Miss France importe peu, je préfère un monde où les femmes veulent être prix Nobel plutôt que prix de beauté. Mais quand j’ai découvert ces tweets antisémites, j’ai constaté, hélas, que rares étaient les comptes influents à dénoncer ces messages, hormis quelques personnes de confessions juives. Alors que cela doit tous nous concerner, ce n’est pas l’affaire d’une communauté, c’est l’affaire du peuple en son entier ».

Outrée, Gabrielle Deydier a publié sur ses comptes un texte dénonçant cet antisémitisme, mais elle n’a pas tardé à être à son tour alpaguée : « On a donc une femme participant à un concours de beauté qui, sous prétexte qu’elle évoque ses origines, est souillée médiatiquement. Quand à mon tour je partage mon dégoût des tweets, à ma grande surprise, je reçois de nombreux messages de femmes féministes me demandant comment je pouvais être féministe et défendre Miss Provence. Car, selon elles, le concours est déjà en tant que telle une violence faite aux femmes. Je me suis alors demandé quel était le rapport, Miss Provence n’est-elle pas une femme avant d’être une Miss ? Et surtout : quel est le profil de la victime idéale ? Visiblement, une miss clouée au pilori pour sa judéité n’en est pas une... »

D’abord silencieuse, April Benayoum a donné une interview à Nice matin dans laquelle elle déplore et condamne les propos qui la visent tout en assurant que cela « ne [la]touche absolument pas ».