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Privilège blanc : il n’est meilleur aveugle que celui qui ne veut pas voir

lundi 28 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/privilege-blanc-il-nest-meilleur-aveugle-que-celui-qui-ne-veut-pas-voir

Privilège blanc : il n’est meilleur aveugle que celui qui ne veut pas voir

L’œil de Marianneke
Par Nadia Geerts

Publié le 28/12/2020 à 10:29

Un vent favorable a déposé sur mon bureau informatique une « étude » fort instructive consacrée à un thème dont j’ignorais jusqu’ici toute l’urgence : la blanchité. Intitulé « Être blanc.he : le confort de l’ignorance » et édité par Be Pax – la section belge francophone de Pax Christi -, cette publication s’est donné pour mission de répondre aux principales objections des antiracistes lorsqu’on leur parle de race et de « privilège blanc ». Une lecture édifiante, d’où il ressort en gros que quoi qu’on en dise et quoi qu’on fasse, dès lors qu’on est blanc, on est complice d’un racisme structurel qui reproduit et perpétue des violences et des schémas de domination. On est, par définition, « du mauvais côté », du côté de la blanchité, qui se définit par trois caractéristiques : la fragilité blanche, le maintien de privilèges et la solidarité blanche. Et ce « privilège » peut se résumer par ces mots de Virginie Despentes : « Je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. »

L’usage du terme « privilège » mérite qu’on s’y arrête un instant. Il renvoie en effet à tout un imaginaire d’Ancien Régime, où certains individus avaient, du fait de leur rang ou de leur position sociale, accès à des avantages particuliers qui étaient refusés aux autres. Un privilège est, selon cette acception, une entorse faite au droit, à la loi commune.

Tout autre est l’indéniable confort que l’on tire, au quotidien, du fait d’être dans la norme, et qui constitue en réalité ce fameux « privilège blanc ». Car, il est certainement plus confortable de se fondre dans la masse, de passer inaperçu, que d’attirer sur soi les regards, pour quelque raison non voulue que ce soit.

Rupture de l’égalité en droits

Nonobstant, nous vivons dans une société démocratique, fondée sur la citoyenneté, et qui a précisément aboli les privilèges. Comme le soulignait récemment Tania de Montaigne, en réponse à Virginie Despentes dans C Politique, « Elle bénéficie de droits humains non pas parce qu’elle est blanche mais parce que c’est un être humain. Ce qui fait qu’il doit y avoir égalité, c’est l’humanité. »

Ça ne signifie pas que tout soit rose, que le racisme, le sexisme, l’homophobie ou d’autres discriminations n’existent pas. Mais Tania de Montaigne rappelle l’essentiel : ce qui doit nous mobiliser, nous qui défendons la république, la res publica, c’est la restauration de l’égalité de tous, en dignité et en droits, lorsque celle-ci est bafouée. Et nous ne pourrons le faire qu’en défendant, encore et toujours, des politiques colorblind, ce qui ne consiste pas à se prétendre aveugle à la couleur – ce serait pure hypocrisie ou déficience visuelle grave -, mais à exiger que tous les efforts tendent vers le fait de faire comme si on ne voyait pas la couleur. De la même manière que nous devrions faire comme si nous ne voyions pas tout une série de choses que nous voyons en l’autre et qui, certainement, lui donnent tantôt un avantage, tantôt un désavantage. Mais aucunement un privilège, qui signifierait la rupture de l’égalité en droits.

Affirmer qu’il faut compenser le confort de faire partie de la majorité par des mesures compensatoires associées à une infinie repentance pour être « bien né », c’est-à-dire non pas en privilégié d’Ancien Régime, mais en ayant la chance d’appartenir à la norme, c’est témoigner d’une inquiétante méconnaissance de l’histoire, mais aussi confondre l’exigence d’égalité républicaine avec un égalitarisme compassionnel délétère. Ce pour quoi nous devons batailler avec la dernière énergie, c’est pour que la couleur ne soit signe de rien, au lieu d’en faire un étendard, ou un contre-étendard.

Agrégée en philosophie, essayiste, militante laïque et féministe, Nadia Geerts nous offre désormais chaque semaine son regard depuis la Belgique. C’est « L’œil de Marianneke », la « petite Marianne » en bruxellois. Cette semaine, elle évoque cette nouvelle obession de certains antiracistes : la notion de « privilège blanc ».

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