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Algérie : Pour une féminisation du fiqh islamique

lundi 12 avril 2021, par siawi3

Source : https://www.liberte-algerie.com/culture/pour-une-feminisation-du-fiqh-islamique-356102


Pour une féminisation du fiqh islamique

Par Amin ZAOUI

le 25-03-2021 10:30

Le jour où le regard sur l’islam sera féminisé, le monde musulman cheminera vers l’humanisme et vers le vivre-ensemble. Le jour où les femmes savantes adviendront à établir une nouvelle lecture du patrimoine qui a été écrit par des féqihs, hommes au service des pouvoirs politiques, ce jour-là, l’imaginaire musulman pourra se libérer de l’idéologie masculine qui le ronge depuis des siècles.

Certes, de nos jours, des espaces socioprofessionnels sont féminisés ou presque, mais le monde musulman est toujours masculinisé dans sa manière de voir le monde.

Rien n’a changé ou très peu. Malgré la féminisation de la musique et des arts : la chanson, la musique, le théâtre, l’idéologie masculine liberticide règne encore.

Bien que les belles lettres soient marquées par des voix féminines exceptionnelles, des belles plumes dans la poésie et dans le roman, l’hégémonie masculine littéraire subsiste.

Dans l’école algérienne, dont les trois cycles – primaire, moyen et secondaire – sont féminisés, la présence des institutrices et des professeures est majoritaire en quantité, en nombre, mais la main suprême restera masculine. Elle détient le secret de Polichinelle !

L’université, elle aussi, de plus en plus, se féminise, et tant mieux. Nous avons des doctoresses et des professeures dans tous les domaines, dans les sciences humaines comme dans les sciences expérimentales, mais le pouvoir de décision reste toujours entre les mains de la gent masculine.

Le domaine de la santé, lui aussi, est féminisé, l’Algérie a formé un nombre considérable de médecins doctoresses spécialistes et généralistes, et tant mieux. Le personnel du paramédical est totalement féminisé ou presque, mais l’idéologie qui régente le secteur est l’otage de l’idéologie masculine machiste. Une femme médecin généraliste, en plein Alger, refuse de soigner les hommes ! Ce cas n’est pas isolé, il illustre la mentalité sexiste maladive.

Puis, il existe quelques voix féminines députées siégeant dans l’hémicycle des représentants du peuple, quelques ministres aussi, peut-être pour la décoration, ou comme message codifié destiné à l’étranger qui nous guette, mais la politique restera une “chose” masculine par excellence !
Quelques femmes fahlate, une poignée, ont franchi le pas du monde des affaires et de la finance ; femmes d’affaires ! Et tant mieux.

Mais toute cette féminisation, qui est un acquis positif, demeure handicapée ou écrasée par l’ancestrale idéologie masculine machiste tant que la femme n’a pas fait son entrée, une entrée solide et critique, dans le domaine des recherches religieuses lucides et éclairées. Tant que la religion est le domaine de l’homme, où la femme est marginalisée et chosifiée, toute féminisation est fragile et discutable.

Parce que la religion est fort présente dans tous les domaines, il faut féminiser le fiqh, la jurisprudence musulmane, pour créer l’équilibre dans le monde musulman.

Le jour où la femme sera grande fékiha, capable d’interpréter les textes fondamentaux et de mener un débat critique et rationnel autour et sur les origines et les branches des écoles du fiqh islamique, ce jour-là, le fékih du coin tournera sept fois la langue avant de parler et dire n’importe quoi à propos des femmes. Le jour où la femme sera grande muftie, capable d’émettre des fatwas en toute connaissance du fiqh et de la charia, ce jour-là le mufti du pays ou d’el oumma sera appelé à réviser ou à retirer ses fatwas qui rabaissent et insultent les femmes du pays, nos grands-mères, nos mères, nos épouses, nos sœurs, nos filles, nos tantes et nos voisines.

Le jour où la femme critique et interprète à sa manière, avec une connaissance intransigeante et un courage des lumières, l’héritage masculin islamique rédigé durant des siècles par les féqih du sérail califal, un fiqh sur commande, ce jour-là l’image de la femme sera libérée de la culture de servitude et de soumission et l’imaginaire de l’homme musulman sera, lui aussi, libéré des fantasmes débridés et des obsessions.

Le jour où la femme se libèrera du fiqh islamique masculin califal, elle libèrera automatiquement l’homme avec elle. Ce jour-là, la religion reprendra sa place naturelle et humaine dans la société comme expérience personnelle. Une relation individuelle et intime entre l’être humain et Allah.

Le jour où la religion sera féminisée, ce jour-là, la femme se libèrera religieusement tout en gardant sa religion et ainsi libèrera avec elle les autres femmes dans tous les autres espaces socioprofessionnels et artistiques : dans la musique, dans les belles lettres, dans l’école, dans la médecine, dans la politique, dans les affaires et la finance, et dans la vie familiale.

Pour combattre l’idéologie masculine machiste, personne ne partira à la guerre à la place de la femme.