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Palestine occupée : La résistance des femmes

17 avril 2021 : journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens

samedi 17 avril 2021, par siawi3

Source : https://algerie54.com/2021/04/16/palestine-occupee-7/

« La Femme palestinienne est l’avenir de l’homme »

16 avril, 2021

17 avril 2021 : journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens

Par Boualem SNAOUI

VOIR toutes les photos qui accompagnent l’article ICI

Impliquée activement dans la résistance anti-coloniale, à l’instar des autres catégories de la société, sinon davantage, la femme palestinienne paye un lourd tribut pour son engagement contre le système et le régime colonial israélien. Près de 10 000 femmes palestiniennes ont été arrêtées et/ou détenues dans les pires conditions carcérales sous le régime de détention militaire israélien, durant ces 50 dernières années. Sur les 4 450 prisonniers politiques, l’association de défense des droits des prisonniers palestiniens ADDAMEER, dénombre pas moins de 140 enfants et 37 femmes. Enfermées dans des cellules surpeuplées, avec des visites familiales limitées, elles sont aussi victimes de punitions collectives, comme en 2018 lorsqu’elles avaient manifesté dans la prison de Hasharon pendant trois mois, contre la réactivation de caméras de surveillance dans la cour de la prison, dans les cuisines collectives, les salles de prière et les buanderies. Elles ont fait l’objet d’une punition collective, en violation de la IVe Convention de Genève (article 33), et ont toutes été transférées dans la prison de Damon où elles ont subi d’autres sanctions et privations (coupures d’eau, amendes, confiscations, restrictions de nourriture etc.).

Outre les sévices physiques et le cortège des 80 modes de tortures infligées aux Palestiniens, les violences verbales et psychologiques afin d’obtenir des aveux, la privation de sommeil, l’utilisation des membres de la famille (chantage émotionnel) et les menaces à leur encontre, notamment au centre d’interrogatoire de la Mascobiyya et à la prison d’Ofer. Les femmes ont dès le départ payé un prix très lourd quand les méthodes d’interrogatoire ont fait usage de pressions d’ordre sexuel : menaces de viol, chantage sexuel, mises à nu devant des proches ou des prisonniers, et dans quelques cas rapportés, des viols effectués par l’intermédiaire de bâtons. Ce fut le cas pour deux des premières prisonnières, Rasmiyyeh et Aïcha, quand il s’agissait de briser la résistance féminine qui s’implantait dans les territoires après 1967. Ces viols qualifiés de « stratégiques » à des fins politiques, visent à disqualifier moralement les prisonnières au sein de la société palestinienne où le sujet est tabou. Ceci n’a pas empêché Khitam Saafin, qui a passé trois mois en détention administrative sans être inculpée, d’accuser des soldats israéliens d’avoir pris des photos d’elle, ainsi que d’avoir procédé à une fouille à nu, suite à son arrestation. L’association israélienne B’Tselem a aussi rendu publiques des pratiques visant à photographier les femmes palestiniennes dans des mises en scène sexuelles, avec menaces de les diffuser dans les familles et l’entourage des victimes. Des femmes palestiniennes ont aussi affirmé avoir été violées lors de leur détention dans des prisons israéliennes.

Khawla al-Azraq, arrêtée dès l’âge de 14 ans, et condamnée à l’âge de 18 ans à 3 ans de prison, tremble rien qu’au souvenir des agents israéliens qui frottaient leurs mains contre ses jambes pour l’intimider sexuellement : « Ils s’asseyaient de manière à être très proches de nous, à toucher notre corps. Je me souviens que c’était terrible pour moi à cet âge ».

Sahar Francis, dirigeante de l’Association Addameer, qui décrit la détresse des Palestiniennes sous occupation, dans Middle East Eye du jeudi 8 février 2018, affirme qu’au moins deux Palestiniennes ont accouché en détention dans une prison israélienne, dans des circonstances extrêmement difficiles, et elle précise : « C’est un processus très humiliant. Imaginez qu’ils vous attachent au lit jusqu’à ce que vous soyez sur le point d’accoucher et qu’immédiatement après l’accouchement, ils vous remenottent une main et une jambe au lit, a-t-elle souligné. Ils n’autorisent pas la présence d’un membre de la famille. Imaginez une étrangère, une policière, debout à côté de votre lit pendant que vous accouchez ».

Les gestes d’hygiène les plus banals de la vie d’une femme deviennent des actes de résistance, comme le raconte une autre femme, Issawi : « Lorsque j’avais mes règles, ils me donnaient juste des mouchoirs en papier ».

Bien qu’après la première Intifada, le régime colonial israélien ait mis en œuvre une politique de massification des arrestations des femmes qui participaient à des actions de mobilisations de la population, à des grèves, des manifestations, mais aussi à la sensibilisation de l’opinion internationale, il n’en demeure pas moins que les femmes ciblées par les arrestations et les incarcérations sont essentiellement des femmes engagées politiquement, comme Issam Abdel Hadi, affiliée à l’Union Générale des Femmes Palestiniennes (UGFP) ;

ou encore la journaliste palestinienne et avocate des prisonniers politiques Bushra al-Tawil,

Photo Bushra al-Tawil

arrêtée par les forces d’occupation israéliennes à un Checkpoint (point de contrôle militaire) au sud de Naplouse, trois mois seulement après sa dernière libération de détention administrative sans charges ni procès.

Le 9 novembre 2020, la féministe et dirigeante palestinienne emprisonnée Khitam Saafin a été condamnée par une cour militaire israélienne à six mois de détention administrative, sans inculpation ni procès. Présidente de l’Union des comités de femmes palestiniennes, elle a été arrêtée le 2 novembre 2020. Elle s’est exprimée dans le monde entier sur la lutte des femmes palestiniennes, notamment au Forum social mondial, et a présidé la Marche mondiale des femmes en Palestine. Elle avait déjà été arrêtée par les forces d’occupation israéliennes en 2017 et condamnée à trois mois de détention administrative.

Le cas ahurissant de cette députée palestinienne, représentant la Palestine au Conseil de l’Europe, Khalida Jarrar vient exposer aux yeux du monde la stratégie adoptée à l’égard de la femme palestinienne engagée, afin de la briser, de briser sa résistance et de la maintenir loin de l’émancipation, notamment politique. Elle a été arrêtée dans la nuit du 1er au 2 avril 2015 chez elle, à Ramallah, détenue sur un simple ordre administratif, et a été incarcérée pendant 14 mois. Elle est à nouveau arrêtée en juillet 2017 par l’administration militaire israélienne, un an après sa libération, et condamnée sans procès à six mois de prison (peine renouvelable indéfiniment). Sa détention est prolongée pendant 20 mois. Elle est incarcérée pour la troisième fois le 31 octobre 2019, après son arrestation par plus de 70 soldats qui avaient fait irruption chez elle, et vient d’être condamnée dans l’indifférence mondiale, tous régimes confondus et le silence assourdissant de la cheftaine des Droits de l’Homme de l’Union Européenne, Maria du Parlement Arena (UE), le 1er mars 2021, à deux ans de prison par la mécanique des tribunaux militaire israéliens.

A ce jour, la vidéo demandant la libération de cette féministe engagée en faveur du « Droit » et de la justice, n’a été vue que 258 fois : https://www.youtube.com/watch?v=XEoG4UBKT7I

C’est une autre jeune femme, Ahed Tamimi, âgée de 16 ans, qui après sa participation à une manifestation organisée pour dénoncer la fusillade où a été victime son cousin Mohammed Tamimi, 14 ans, atteint en plein visage par une balle en caoutchouc tirée par des soldats israéliens, a été arrêtée chez elle à Nabi Saleh, le 19 décembre 2017. Plus tard dans la journée, sa maman Nariman Tamimi, qui s’était rendue dans le centre de détention de Binyamin pour se renseigner sur le sort de sa fille, s’est retrouvée également mise en détention dans ce centre.

La jeune Ahed Tamimi, qui fait partie des femmes s’opposant à la colonisation israélienne, a été jugée à huis clos le 13 février 2018, sur ordre du juge du tribunal militaire d’Ofer. L’ordre a été exécuté et les audiences ont été fermées à la presse et aux rares observateurs internationaux encore volontaires. Au mépris de toutes les conventions internationales, notamment la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), elle a été condamnée le 22 mars 2018, par le tribunal militaire à 8 mois de prison et à une amende de 5000 shekels (1165€).

A travers la juste lutte de cette jeune blonde , le monde occidental a découvert les mensonges coloniaux machiavéliques qui présentaient les Palestiniennes et les Palestiniens comme des sauvages, des Islamistes, des « Arabes avec des couteaux entre les dents ». Une jeune femme palestinienne, non voilée, militante féministe et porteuse d’espoir pour tout un peuple, voilà un cauchemar non seulement pour le régime colonial de Tel Aviv, mais aussi pour les monarchies du Golfe, alliées d’Israël, qui voient déjà leurs trônes vaciller.

En plus des discriminations liées à leur genre, et à l’entreprise du système colonial israélien d’anéantissement (qui a même ordonné, le 10 septembre 2019, le secret total sur un certain nombre de cas d’interrogatoires de prisonniers au centre d’interrogatoire de la Moscobiyya), la femme palestinienne fait l’objet d’un enjeu géostratégique de premier plan au Proche-Orient. Elle se trouve au centre de conflits d’intérêts politiques de taille, et son émancipation comme sa lutte pour le « Droit et la Justice » ne sont pas du goût d’Etats comme le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn et particulièrement de l’Arabie saoudite, où les femmes vivent en grande partie sous la tutelle des hommes et la surveillance des pouvoirs politiques, sécuritaires et sociaux. Faut-il rappeler que dans ces richissimes monarchies, les lois tribales et la Charia vont jusqu’à contrôler la mobilité et les droits personnels du sexe féminin ? Les conditions de travail des femmes migrantes, souvent des travailleuses domestiques d’Asie du Sud-est, dans ces pays relèveraient de l’esclavage.

L’Arabie Saoudite vient juste en 2020 d’abolir officiellement la flagellation et la peine de mort pour les mineurs, et sa désignation à la Commission des Droits des Femmes à l’ONU, le 22 avril 2017, a provoqué stupeur et tremblements politiques chez tous les progressistes du monde. On pourrait même croire que cette « PROMOTION » stupéfiante est faite exprès, juste pour étouffer la voix de la femme palestinienne, qui risque de révolutionner les rapports héréditaires des pouvoirs monarchiques, et provoquer une déflagration des rapports géostratégiques instaurés dans l’ensemble de la région. La vraie révolution dont ils se méfient, et ils ont raison car elle viendra, est celle que la Femme palestinienne porte, et ce n’est certainement pas pour vendre des pots de yaourt en string dans des spots publicitaires de la presse moribonde, au profit des régimes et des pouvoirs dont les intentions est d’organiser un barbecue géant avec la colombe de la paix.

Cette résistance féministe à l’oppression, à la terreur et au colonialisme puise de l’énergie et trouve aussi son avenir dans la solidarité avec les jeunes refuzniks israéliens, à l’image de Omer Goldman, et Oren Rimon :

Ou encore dans les mouvements de solidarité des femmes israéliennes comme « MACHSOM WATCH », Les Femmes en noir, « YOUR NEIGHBOR AS YOURSELF », et d’autres.

Bien que controversée, en raison du caractère de normalisation des relations avec les dirigeants israéliens, « la marche des femmes » initiée par « Women Wage Pace », qui a duré deux semaines en octobre 2017, et qui a rassemblé des dizaines de milliers de « Colombes de la paix », est venue décorer le paysage de l’avenir à la barbe des « épiciers idéologiques et politiques » de tous bords, comme de leurs commanditaires à peine voilés.

On n’a pas besoin de statue à son effigie, ni de nom de places ou de rues, pour rendre hommage à Arna Mer-Khamis pour son engagement auprès des enfants palestiniens, prix Nobel alternatif en 1994, mère de Juliano Mer-Khamis, homme de théâtre, assassiné le 4 avril 2011 à Jénine près de son théâtre.

On n’a pas besoin non plus de statue à son effigie, ni de nom de places ou de rues, pour rendre hommage à Rachel Corrie, cette jeune militante américaine membre de l’International Solidarity Movement, écrasée le 16 mars 2003 dans la bande de Gaza, par un bulldozer israélien à proximité duquel elle manifestait.

Il ne faut surtout pas demander à l’Europe, son Parlement, et à la Parlementaire Maria Arena d’en parler, ils sont trop occupés avec les « Droits de l’homme » -KD- détenu d’opinion de RSF (Reporters avec beaucoup de frontières) et l’avocat « hallal » d’Amnesty International au service des arabes déguisé en démocrates.

Résister c’est exister, et Jean Ferrat, en inversant avec justesse le poème de Louis Aragon, aurait pu écrire :« La Femme palestinienne est l’avenir de l’homme ». C’est ce pan entier qui fait défaut dans le dernier rapport (avril 2021) de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), sur l’état de la population mondiale, intitulé « Mon corps m’appartient », dirigé par le Dr. Natalia Kanem, Secrétaire générale adjointe et Directrice exécutive.

Par Boualem SNAOUI