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Algérie : Liberté pour Saïd Djabelkhir

Pétition

samedi 24 avril 2021, par siawi3

Source : https://www.mesopinions.com/petition/politique/liberte-djabelkhir/135709

Pétition : Liberté pour Saïd Djabelkhir

Auteur(s) :
Des citoyens Algériens

Destinataire(s) :
A Monsieur le Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire
La pétition

Le tribunal de Sidi M’Hamed à Alger vient de condamner l’islamologue Saïd Djabelkhir à trois années de prison ferme. Sept avocates et un professeur de l’université de Sidi Bel Abbès, du nom d’Abderrazak Bachir Bouiadjra, ont déposé plainte, contre le chercheur en islamologie Saïd Djabelkhir pour « offense aux préceptes de l’islam et aux rites musulmans ».

Ce que nous craignons est arrivé : Djabelkhir a été jugé sur des énoncés où la justice n’est pas supposée interférer tant ils dépassent ses compétences, car il ne s’agit pas là offense par un citoyen lambda mais d’une réflexion d’un penseur dont le but n’est pas d’offenser ni de nuire à l’islam ou aux musulmans mais, au contraire, de les servir, éclairer, promouvoir et faire évoluer. Nul ne peut mettre en doute que la mission première d’un islamologue, musulman croyant et pratiquant de surcroit, comme l’est Saïd Djabelkheir est de servir l’islam, par l’ijtihad : c’est sur cette seule base de sa sincérité que la justice aurait dû trancher. Tout le reste, tout ce qu’il a dit ou écrit, la dépasse et dépasse n’importe quel autre théologien de la planète de quelque école islamique qu’il soit. Non pas parce que Saïd Djabelkhir soit un génie mais parce que ses énoncés sont nouveaux et lui appartiennent en propre. Comme l’idée de l’héliocentrisme appartient à Galilée bien que le tribunal l’ait malheureusement condamné pour hérésie en 1633. Nous croyions que l’Algérie de 2021 n’est pas l’Italie du 17e siècle comme certains ont tendance à la caricaturer.

Ce qui est reproché à Djabelkhir relève de la compétence de spécialistes en fikh et en théologie. Et là encore, les écoles s’opposent d’un courant religieux à un autre, que l’on soit chiite ou sunnite, ou encore malékite, hanbalite, hanafite, chafiite… Nous pensions que la justice — ou plutôt le juge qui a parlé en son nom — était conscient de ces évidences, d’autant qu’il s’agit d’une personne qui le dépasse de loin dans le domaine où il lui est reproché d’avoir non pas éclairé mais offensé. Mettre une personne en prison pour ce supposé délit ne devrait pas être pensable même en cas de ce qu’on appelle apostasie, car la constitution nationale est supposée garantir la liberté de culte et la liberté de pensée. Djabelkhir connait parfaitement son domaine d’étude, l’islam, et c’est en tant que chercheur qu’il veut le faire avancer. L’Etat a payé ses études pour qu’il produise et non pas pour qu’il ressasse le connu. La théologie est une discipline où les musulmans ont excellé : or aujourd’hui, on condamne un chercheur dont le but unique est de faire avancer l’islam, comme si on voulait que l’islam reste une religion sans pensée novatrice, donc figée et stagnante en Algérie. Condamner Djabelkhir c’est condamner l’ijtihad : c’est indigne du pays pour lequel des millions sont morts en luttant contre le colonialisme et plus de 200 000 lors de la décennie noire dans la lutte contre l’hydre wahhabite.

Djabelkhir lit le Coran avec les lunettes de son temps. Il a une compréhension non dogmatique de l’islam, et l’interprète avec des arguments de l’esprit tel que le Coran l’exige du savant. Le verdict qui le condamne à 3 années de prison restera une tache indélébile dans notre histoire, et ses conséquences politiques ne font que commencer, vue l’ampleur que cela prend à l’échelle internationale. Notre pays a suffisamment de problèmes pour lui ajouter une affaire d’inquisition digne du Moyen-âge occidental, d’autant que certains attribuent au procès un caractère idéologique manifeste.

Ce procès a entraîné la justice dans un terrain qui n’est pas le sien dans la mesure où un tribunal n’a pas vocation de juger les idées philosophiques, scientifiques, artistiques ou autres. Nous espérons que la liberté de culte, la liberté de pensée, la promotion du savoir et de la recherche dans tous les domaines sont encore des fondements de l’État algérien, et nul ne peut les remettre en question. La lutte contre la pensée irrationnelle, contre l’obscurantisme, le fanatisme, l’extrémisme et le wahhabisme dont vous faites un objectif dans votre programme novembriste, passent par une justice sereine, à la hauteur des enjeux nationaux et des aspirations du peuple. Un seul verdict injuste peut enterrer toute la lutte de la justice algérienne contre la corruption et pour le rétablissement du droit.

L’ijtihad est un devoir pour le savant musulman. Il est sacré en islam. L’ijtihad est un pilier de toute civilisation, qui stagne et régresse si elle ne cherche pas, en se trompant parfois. Le juge ne peut pas interférer dans le domaine des sciences et des idées et c’est pour cela, Monsieur le Président, que nous ne pouvons vous demander d’agir pour la libération de Djabelkhir sans vous rappeler que l’article 144 bis 2 dans le code pénal algérien (la loi 06-23 du 20 décembre 2006) a induit une interprétation attentatoire aux droits humains les plus fondamentaux, à savoir la liberté de conviction dans notre pays. Ce problème touche aujourd’hui un chercheur, mettant ainsi à nu les contradictions de cet article et les poursuites pénales observées avec la liberté de culte et de conscience, pourtant garantie par l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie, et reconnu par l’article 42 de la Constitution.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre profond respect.

Initiateurs de la pétition :

Louiza Ighilahriz (moudjahida), Mohamed Ifticene (réalisateur), Mohamed Bouhamidi (philosophe), Hocine Ziani (artiste peintre), Mnawwar Slim(Slim) (artiste), Abdeltif Rebah (économiste), Hamid Ould Hocine (architecte), Hafid Boualem (artiste), Lotfi Maherzi (journaliste), Mustapha Benfodil (écrivain), Ali El Hadj Tahar (écrivain), Atmane Tazaghart (essayiste), Nadia Sebkhi (écrivain), Mustapha Chelfi (journaliste), Rachid Malik (journaliste), Said Boubekri (écrivain), Youcef Ait mouloud (acteur), Abdelkader Ferhi (écrivain), Benfares Ahmed (pharmacien), Sid Ahmed Hamdad (écrivain), Abbas Mouats (journaliste), Mahdia Benbella, Hakim Benamar, Karima Ferhat, Warda Rimel, Atika Hariti-Amour, Nacira Mecheri, Hadji Ameur Fatma Zohra, Mustapha Kaouah, Hocine Ouali, Sahmoune Djamel, Ali Kechid.

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Source : https://www.algeriepartplus.com/liberte-de-pensee-amnesty-international-scandalisee-par-la-condamnation-de-said-djabelkheir/?fbclid=IwAR0Mv6JTU06lCVEcTvG7UtTBCA6L5mAOymV43awOs0rwNTFVfpXuN6FBog8

Liberté de pensée : Amnesty International scandalisée par la condamnation de Said Djabelkheir

Algeriepart Plus

22 avril 2021

Amnesty International a dénoncé vigoureusement ce jeudi la condamnation sévère par la justice algérienne de Said Djabelkheir, un islamologue reconnu, à trois ans de prison pour avoir « offensé » l’islam dans des publications qu’il a publiées sur Facebook. Dans un communiqué rendu public ce jeudi après-midi, la prestigieuse ONG a jugé que cette condamnation est « une régression effrayante pour la liberté d’expression en Algérie ».

Dans trois publications en ligne sur Facebook en janvier 2020, Said Djabelkhir a établi des comparaisons entre l’Aïd al-Adha et les célébrations du Nouvel An berbère ; il a qualifié certaines histoires du Coran de « mythes » et il a dit qu’il considérait certains hadiths comme « apocryphes ». Le tribunal de première instance de Sidi Mhamed l’a condamné aujourd’hui pour « offense contre le Prophète » et pour « dénigrement des préceptes de l’islam » en vertu de l’article 144bis du Code pénal algérien.

« Il est scandaleux que Said Djabelkhir soit condamné à trois ans de prison simplement pour avoir exprimé son opinion sur des textes religieux », a fait savoir à ce propos Amna Guellali, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Il est scandaleux que Said Djabelkhir soit condamné à trois ans de prison simplement pour avoir exprimé son opinion sur des textes religieux. Punir quelqu’un pour son analyse des doctrines religieuses est une violation flagrante des droits à la liberté d’expression et à la liberté de religion – même si les commentaires sont jugés offensants par d’autres », a-t-elle encore expliqué.

« Les tribunaux algériens n’ont pas à juger les croyances et les opinions religieuses des individus. La condamnation de Djabelkheir doit être annulée immédiatement. Toute disposition du code pénal algérien qui criminalise le droit à la liberté d’expression, d’opinion ou de croyance doit être abrogée de toute urgence », souligne encore Amna Guellali.

Le tribunal a condamné Said Djabelkhir à une peine d’emprisonnement de trois ans sans mandat de dépôt, en attendant une décision finale en appel. Il a également été condamné à payer une amende de 50 000 dinars algériens. Les avocats vont faire appel de cette décision.

Les accusations ont été portées après qu’un enseignant de l’Université de Sidi Bel Abbès, qui considérait que les écrits de Said Djabelkhir sur Facebook violaient les préceptes religieux, a porté plainte contre lui devant le juge d’instruction du tribunal de première instance de Sidi Mhamed.

Said Djabelkhir a déclaré à Amnesty International qu’il n’avait pas été informé de ses poursuites et qu’il en avait été informé pour la première fois par des amis en janvier 2020. Said Djabelkhir a déclaré qu’au cours de l’enquête sur son affaire par le juge du tribunal de première instance de Sidi Mhamed, il n’a jamais été convoqué pour un interrogatoire. Il n’a pas été informé de la date de son procès, et a encore une fois seulement appris par des messages Facebook partagés par les avocats de l’enseignant de l’université. Son procès a eu lieu au tribunal de Sidi Mhamed le 1er avril.

« Said Djabelkhir est la victime d’un harcèlement continu en ligne et hors ligne pour ses opinions. Il a déclaré à Amnesty International avoir reçu de nombreuses menaces de mort sur Facebook depuis qu’il a rejoint le réseau social en 2007 », a estimé encore Amnesty International d’après laquelle « les autorités algériennes ont utilisé l’article 144bis du code pénal algérien dans le passé pour réprimer la dissidence et poursuivre les militants et les voix critiques ».

Le 8 octobre 2020, le tribunal de première instance de Khenchla, dans l’est de l’Algérie, a prononcé une peine de prison de 10 ans et une lourde amende à l’encontre de l’activiste amazighe et du Hirak Yacine Mebarki pour « offense au Prophète ». Le verdict a ensuite été réduit en appel à un an de prison.

En septembre 2016, la Cour d’appel de Sétif a condamné Slimane Bouhafs, un chrétien, à trois ans de prison en vertu du même article, pour des publications sur Facebook critiquant le dogme religieux.

L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Algérie est partie, garantit le droit à la liberté d’expression et d’opinion. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a souligné en 2011 que « les manifestations de manque de respect à l’égard d’une religion ou d’un autre système de croyances, y compris les lois sur le blasphème, sont incompatibles avec le Pacte ». L’article 18 du Pacte garantit la liberté de religion ou de croyance, a rappelé enfin Amnesty International.