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Algérie : Le compromis anti-démocratique

lundi 26 avril 2021, par siawi3

Source : https://www.liberte-algerie.com/contrechamp/le-compromis-anti-democratique-5449

Le compromis anti-démocratique

Mustapha HAMMOUCHE

le 25-04-2021 10:30

Plus grave que la peine de trois ans de prison prononcée à l’encontre de Djabelkhir, il y a le principe même d’un procès fait à une pensée. C’est cela qui n’aurait pas dû se banaliser : le procès d’une interprétation d’une tradition ou d’un texte religieux. Sinon, un verdict peut être sévère ou clément.

Ce sont les propres termes des juristes et chroniqueurs judiciaires, attestant que la justice a droit à des humeurs. Il y a probablement un fondement légal à cette fonction remplie par la justice depuis un certain temps de sévir contre la non-application ou la remise en cause du dogme établi.

Or, le dogme établi est toujours le dogme politiquement dominant, le dogme du plus fort. Cet état des choses fait que ni la Constitution, dans ses prescriptions en faveur des libertés de conscience et de pensée, ni l’autorité intellectuelle et morale du chercheur en islamologie n’ont pu lui épargner le procès et le châtiment voulus par d’autres interprètes de la religion que lui !

Djabelkhir n’est, cependant, pas la première victime de cette pression pour l’uniformisation, à soubassement religieux, de la pensée et des consciences. Il est juste le premier d’entre eux à en pâtir, malgré un statut d’homme d’expression, de science et de religion.

De nombreux citoyens sont régulièrement accusés de différentes formes d’atteinte à la religion et subissent la rigueur rédemptrice d’un État théocratique de fait. D’ailleurs, pas seulement “de fait”, puisque la Constitution dispose que l’islam est religion d’État.

Djabelkhir, tout homme de culte qu’il est, n’a pas suscité beaucoup de solidarité parmi ses pairs. Ils n’ont pas été nombreux à s’élever contre sa condamnation pour être sorti des sentiers balisés de l’exégèse officielle.

Depuis trois décennies que l’islamiste belliqueux fait la démonstration de son irrépressible potentiel de violence, il a acquis un pouvoir dissuasif décisif qui paralyse la société, le pouvoir et les élites. Y compris quand celles-ci ont la caution de leur science ou engagement religieux.

Il devra se contenter du soutien de démocrates impénitents, de rationalistes laïques résiduels et autres libres penseurs ayant survécu au génocide et qui ont oublié de s’exiler. La violence islamiste a ensanglanté le pays durant plus de dix ans. L’épreuve a eu pour effet d’imposer la référence religieuse comme élément structurant de la vie politique et sociale et du fonctionnement institutionnel.

Dans ce mode de production de la norme, un religieux, aussi tatillon soit-il, trouve toujours plus radical que lui qui se donnera le pouvoir de le corriger, sinon le devoir de le neutraliser. Cette prérogative, il la tire de ce qu’il est du côté potentiellement le plus violent.

Quand, au lendemain du soulèvement populaire pacifique, Gaïd Salah a annoncé, à travers la formule “Novembria-Badissia”, le projet de compromis militaro-islamiste, il n’a fait que proposer l’entérinement d’un état de fait.

Cette alliance, toujours en promotion dans le discours et les actes du pouvoir, préconise un ordre politico-religieux où la tyrannie islamiste paralysante viendrait au secours de l’autoritarisme du système bravé par la révolte populaire pacifique.