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Indonésie. Rien n’arrête la charia en Aceh, pas même le Covid-19

dimanche 9 mai 2021, par siawi3

Source : https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/indonesie-rien-narrete-la-charia-pas-meme-le-covid-19

Indonésie. Rien n’arrête la charia en Aceh, pas même le Covid-19

dimanche 7 février 2021,

par Courrier International

Le gouvernement indonésien de la ville de Banda Aceh, sur l’île de Sumatra, a publiquement flagellé deux jeunes hommes accusés de relations homosexuelles. Médias et activistes indonésiens dénoncent des pratiques inhumaines qui risquent de propager le Covid-19 en raison des attroupements qu’elles causent.

“Tandis que MU, 27 ans, est frappé 77 fois avec une canne de rotin, sa mère pleure puis s’effondre avant d’être évacuée par les policiers. Selon elle, son fils est victime d’une calomnie. Il est accusé d’avoir eu des relations homosexuelles avec AL, 29 ans, dans la chambre qu’il loue en ville, rapporte le quotidien Kompas. Ce sont les voisins qui ont dénoncé le couple à la police de la charia. Pour sa mère, MU est un garçon droit qui est parti travailler à Banda Aceh pour soutenir ses parents restés au village en leur envoyant tous les mois son salaire.”

Ce même jeudi 28 janvier, un homme et une femme, accusés de ikhtilat, c’est-à-dire de “fornication”, ont reçu respectivement 20 coups de canne de rotin ; et deux hommes, 40 coups chacun pour cause de khamar, “abus d’alcool jusqu’à l’ivresse”.

Aceh, dans le nord de l’île de Sumatra, est la seule province indonésienne qui applique depuis 2004 le Qanun Jinayat. Ce code criminel islamique punit de châtiment public l’homosexualité ainsi que les relations sexuelles hors mariage, la pratique du jeu et la consommation d’alcool.

“Pratiques cruelles”

“Personne ne mérite d’être brutalisé et humilié de cette manière”, a déclaré le samedi 30 janvier le directeur d’Amnesty International Indonésie, Usman Hamid, dans un communiqué cité par le Jakarta Post. “Cibler et criminaliser des personnes en raison de leur orientation sexuelle réelle ou imaginaire est inhumain.”

Amnesty a condamné cette séance de flagellation non seulement pour sa cruauté mais aussi parce qu’elle a été effectuée en public en pleine pandémie. L’organisation des droits humains a cité les rapports des médias selon lesquels la bastonnade aurait attiré une centaine de spectateurs. Usman Hamid ajoute :

“Cela montre à quel point les priorités des autorités d’Aceh sont totalement biaisées. Nous exhortons le gouvernement provincial et le gouvernement central à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à ces pratiques cruelles et à révoquer les statuts qui les autorisent.”

Non-respect des distances

“Mais quelle est donc l’urgence de la flagellation pour qu’elle soit exécutée au plein cœur de la pandémie ?” s’interroge Kompas. Réponse du chef de l’Ordre public de Banda Aceh et de la police de la charia, Heru Triwijanarko : “La bastonnade doit être appliquée conformément au verdict.” Il admet malgré tout que “de nombreuses personnes venues sur place n’ont pas respecté la distanciation physique”.

La Fédération des médecins indonésiens d’Aceh (IDI) craint que la foule qui a assisté à la bastonnade ne provoque la propagation du Covid-19. “Il y a une tendance à la hausse dans la province, même si le pic d’octobre-novembre n’est pas encore atteint”, a confié le président de la fédération à Kompas.

La veille de la bastonnade, les données officielles indiquaient qu’il y avait 9 163 cas positifs confirmés de Covid-19 à Aceh, dont 377 décès sur une population de 5,3 millions d’habitants.