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Vu du Liban

dimanche 9 mai 2021, par siawi3

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1260978/le-liban-pourrait-il-faire-les-frais-dun-rapprochement-possible-entre-damas-et-les-pays-du-golfe-.html?utm_source=olj&utm_medium=email&utm_campaign=alaune

Le Liban pourrait-il faire les frais d’un rapprochement possible entre Damas et les pays du Golfe ?

OLJ / Par Michael Young,

le 08 mai 2021 à 00h00

Le Liban pourrait-il faire les frais d’un rapprochement possible entre Damas et les pays du Golfe ?

Photo d’illustration : une entrevue au Liban entre le président syrien Bachar el-Assad et l’ancien roi Abdallah d’Arabie saoudite au palais présidentiel de Baabda, en juillet 2010. Archives AFP

Comment les pays du Golfe pourraient-ils restaurer une partie de leur influence perdue au Liban ? La question peut sembler saugrenue à l’heure où les tensions entre l’Arabie saoudite et le pays du Cèdre ont été ravivées par l’embargo prononcé par Riyad sur les fruits et légumes libanais, et, plus largement, où les Saoudiens semblent plus que jamais avoir abandonné le pays à l’Iran via le Hezbollah...

Il reste que, dans une perspective de limitation de l’influence iranienne dans la région, l’abandon pur et simple du Liban ne constitue pas une stratégie. On pourrait aussi imaginer que les Saoudiens et les Émiratis fassent le constat que partout où le soi-disant « axe de la résistance » est intervenu, cela s’est traduit par des échecs et des faillites. Ils pourraient donc être tentés de laisser le Liban se fissurer encore davantage afin de fragiliser le Hezbollah, dans un contexte où son contrôle du pays s’érode lentement et où les clivages politiques semblent être devenus irréconciliables. Les dispositions prises par le parti de Dieu pour tenter de protéger ses partisans de la catastrophe annoncée témoignent d’ailleurs de l’affaiblissement anticipé de sa capacité à reconstituer la façade de l’État à son avantage.

Cependant, deux arguments invalident cette hypothèse. D’une part, un tel pari ne leur offre aucune certitude quant à la capacité d’y façonner l’avenir. D’autre part, ce n’est pas ainsi que les Saoudiens et les Émiratis ont jusque là abordé leur confrontation, au Yémen ou en Syrie, avec un pays comme l’Iran dont ils sont sans doute conscients qu’il est mieux équipé qu’eux pour survivre dans le chaos.

Dès lors, les pays du Golfe pourraient être amenés à suivre une autre voie : s’ils partent du principe qu’éliminer l’Iran du Levant est une illusion, mais qu’ils cherchent quand même à ce que le Liban ne soit pas entièrement sous sa coupe et ne soit pas dirigé aussi ouvertement contre eux, l’une des clés de cette équation pourrait se trouver du côté de Damas. De fait, les positions de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis à l’égard de la Syrie ont sensiblement évolué ces derniers mois, et il n’est pas absurde de voir dans l’enchaînement des évènements autant de signaux d’un rapprochement en cours. Les Émiratis ont rouvert une ambassade à Damas en 2018, et de multiples signes récents témoignent d’une volonté arabe de ramener la Syrie au sein de la Ligue arabe. Les Saoudiens ont certes adopté une approche jusque-là plus prudente, mais la visite, cette semaine à Damas, d’une délégation conduite par le chef du renseignement saoudien, Khaled Humaidan, semble indiquer que le royaume devrait suivre le mouvement général. Dès lors, quelles seraient les implications potentielles d’un tel scénario, notamment pour le Liban ?

Prix à payer

Cela suppose d’abord de se demander quel prix les États arabes et la Syrie fixeront respectivement à ce rapprochement. Les pays du Golfe, estimant que la Syrie est exceptionnellement vulnérable – avec des coûts de reconstruction estimés en 2019 entre 200 et 400 milliards de dollars –, exigeront très probablement qu’elle revoie à la baisse ses relations avec l’Iran. Assad ne voudra pas le faire, mais ses options sont limitées : d’un côté, il ne peut faire la fine bouche en raison du manque de financements internationaux potentiels pour la reconstruction du pays ; de l’autre, il ne lui sera pas facile de réduire ses liens avec Téhéran, tant le pouvoir iranien est étendu jusqu’aux principales institutions de sécurité et de renseignements du régime. Il pourrait toutefois compter sur le soutien de la Russie, qui a également étendu son influence sur les appareils militaire et sécuritaire syriens, et semble plus désireux que Téhéran de stabiliser la Syrie au sein d’un consensus arabe. Le président syrien pourrait également tenter de s’appuyer sur la légitimité factice et l’élan que lui donnera sa victoire aux prochaines élections.

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Du coup, sans rompre avec l’Iran, Assad pourrait satisfaire en partie les prétentions arabes sur le sujet. Mais que demanderait-il en échange ? C’est là que les choses pourraient se compliquer pour les Libanais : il pourrait en effet demander le retour de son influence perdue au pays du Cèdre. Certes, les structures de cette influence seraient bien différentes par rapport à la période du déploiement de l’armée syrienne dans le pays, dans la mesure où cela se traduirait cette fois par une sorte de partage avec Téhéran.

Assad pourrait par exemple s’assurer de pouvoir nommer un certain nombre de députés au Parlement et que les différents États arabes obligent leurs alliés locaux à inclure des politiciens prosyriens dans leurs listes électorales. Il pourrait également aller plus loin, et demander à avoir son mot à dire sur le choix du président, du Premier ministre et du président du Parlement. Voire chercher, une fois son appétit aiguisé, à ancrer cette situation en renforçant la collaboration de ses services avec l’armée et les services de renseignements libanais.

Quels seraient les avantages d’un tel scenario pour les États du Golfe ? D’abord, ils pourraient considérer un contrôle syrien accru sur le Liban comme un moyen de réduire l’empreinte de l’Iran en Syrie et au Liban – a fortiori si cela permet de débloquer l’aide financière arabe pour Beyrouth. Ensuite, ils pourraient voir dans cette solution, comme en 1990, un moyen de stabiliser un pays chroniquement dysfonctionnel. Enfin, cette nouvelle situation pourrait potentiellement ouvrir la porte à des accords arabo-israéliens plus larges incluant le Levant. La culpabilité d’abandonner le Liban ne constituerait en aucun cas un obstacle : le pays est devenu un tel casse-tête pour le monde arabe que le cantonner sous la domination d’un État régional ne poserait aucun problème – tant qu’il s’agit d’un État arabe.

Craintes

La crainte d’un tel scenario pourrait donc expliquer en partie le refus du Hezbollah de faire pression sur Gebran Bassil dans le processus de formation du gouvernement : sachant que le principal rival de ce dernier à la prochaine élection présidentielle est Sleiman Frangié, un proche allié d’Assad, affaiblir Bassil renforcerait à son détriment la main des Syriens au Liban. Une perspective d’autant plus inquiétante pour lui que les États arabes et la Russie semblent être a priori sur la même longueur d’onde : reconstituer un semblant d’ordre arabe leur permettrait de ramener une certaine stabilité en Syrie et dans une région en proie depuis une décennie à la violence et aux conséquences des ambitions expansionnistes de l’Iran. Le Hezbollah et les Iraniens font ainsi face à des attaques israéliennes incessantes en Syrie, sans aucun soutien russe. Moscou élabore par ailleurs des accords sur la Syrie avec des puissances régionales situées aux antipodes : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, mais aussi le Qatar et la Turquie. Et le processus d’Astana, qui avait amené l’Iran à participer à un format de négociation tripartite avec la Russie et la Turquie pour aborder la situation syrienne, est tombé à l’eau.

Bien qu’alliés au niveau régional, le Hezbollah et la Syrie deviendraient ainsi concurrents au Liban, le parti de Dieu risquant de perdre une partie des gains réalisés après le retrait syrien en 2005. Ce contexte explique la ligne de fracture qui a commencé à émerger entre les alliés de la Syrie et de l’Iran au Liban à travers plusieurs polémiques ayant agité la classe politique ces dernières semaines – de la charge récente contre Gebran Bassil d’Élie Ferzli, vice-président de la Chambre des députés et proche de Damas ; aux divergences croissantes apparaissant entre Amal et le Hezbollah sur la présidence Aoun et les relations avec le CPL. Si un tel scenario est bien sur la table des États du Golfe, ils doivent cependant rester réalistes : le régime d’Assad cherchera presque certainement à empocher tout avantage qu’il pourra obtenir au Liban sans pour autant céder beaucoup sur l’Iran avec lequel il ne rompra jamais au final. Les Syriens préfèrent se positionner à mi-chemin entre les États arabes, la Russie et l’Iran pour jouer toutes les parties les unes contre les autres à leur propre avantage. Ce pari fonctionnera-t-il ?

Ce texte est une traduction synthétique d’un article publié en anglais sur Diwan.

Rédacteur en chef de « Diwan », le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie MEC. Dernier ouvrage : « The Ghosts of Martyrs Square : an Eyewitness Account of Lebanon’s Life Struggle » (Simon & Schuster, 2010, non traduit).

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Source : https://www.lorientlejour.com/article/1261012/la-classe-politique-libanaise-occupee-a-evaluer-le-nouveau-discours-francais.html?utm_source=olj&utm_medium=email&utm_campaign=alaune

La classe politique libanaise occupée à évaluer le nouveau discours français

Jean-Yves Le Drian a dénoncé une irresponsabilité officielle et plaidé pour une « transition politique »

OLJ / Par La rédaction avec Philippe ABI-AKL et Yara ABI AKL,

le 08 mai 2021 à 00h00

La classe politique libanaise occupée à évaluer le nouveau discours français

Le chef de l’État accueillant le ministre français des Affaires étrangères, jeudi, au palais de Baabda. Photo Dalati et Nohra

Il aura pratiquement fallu sept mois à la France pour réaliser qu’elle ne pouvait plus donner une deuxième chance à la classe politique libanaise qui bloque la formation d’un nouveau gouvernement à cause des intérêts particuliers liés à cette échéance pourtant fondamentale pour un Liban à l’agonie.

La visite de 24 heures du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, est ainsi venue consacrer ce constat en même temps qu’une nouvelle approche française du dossier libanais. Celle-ci s’est reflétée aussi bien dans le ton que le ministre français a adopté avec ses interlocuteurs, les présidents de la République, Michel Aoun et de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, que dans la teneur de son discours devant les forces dites de changement, issues de la société civile ou parmi l’opposition politique. Au cœur de ce discours, « la transition politique » est le pivot de la nouvelle approche française, dans la perspective des législatives de 2022, considérées comme étant « une étape majeure », par M. Le Drian au cours de la conférence de presse qu’il a tenue hier matin à la Résidence des Pins, avant de reprendre l’avion pour Paris. Le ministre français était arrivé mercredi soir à Beyrouth et avait concentré ses entretiens avec les trois pôles du pouvoir ainsi qu’avec les forces actives politiques et de la société civile, en une journée, jeudi.

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Ses discussions avec les officiels n’étaient ni positives ni rassurantes, selon des sources concordantes. Le chef de la diplomatie française qui a de toute évidence eu à subir la langue de bois habituelle et les litanies qu’on connaît sur les causes et les responsabilités du blocage, espère encore un sursaut de conscience des autorités, sans trop y croire.

« Ce n’est qu’un début »

« À ce jour, je constate que les acteurs politiques n’ont pas encore assumé leurs responsabilités et ne se sont pas mis à travailler sérieusement au redressement du pays. Je suis venu précisément pour éviter cet espèce de suicide collectif organisé par certains », a-t-il dit dans sa conférence de presse, en précisant toutefois que « la période du test de responsabilité est caduque ». « Si les responsables n’agissent pas dès aujourd’hui, ils devront assumer les conséquences de cet échec. Nous avons commencé à mettre en œuvre des mesures restrictives. Ce n’est qu’un début », a prévenu le patron du Quai d’Orsay, en allusion à la décision de la France d’interdire l’accès de son territoire à ceux qui bloquent la formation d’un gouvernement. Ni le type exact des restrictions, ni le nombre et les identités des personnes concernées n’ont été jusque-là communiqués, une façon pour la France de laisser planer la menace sur l’ensemble de la classe politique locale.

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« Si le blocage persiste, ces mesures pourront être durcies ou étendues, ou complétées par les instruments de pression dont dispose l’Union européenne et sur lesquels une réflexion a déjà commencé avec nos partenaires européens », a annoncé M. Le Drian.

Le message français, notamment la volonté de Paris de soutenir une étape transitoire en faveur de forces de changement, a été capté dix sur dix par les autorités concernées. À Baabda, à Aïn el-Tiné, comme à la Maison du Centre, l’heure est au décryptage des 24 heures françaises à Beyrouth. De sources proches de Baabda, on confie à L’OLJ que « le discours du ministre et les échanges qu’il a eus font l’objet d’une évaluation ». Idem à la Maison du Centre, où même si Saad Hariri a en principe renoncé à jeter l’éponge, on continue de peser le pour et le contre d’une récusation à l’aune du nouveau discours français et de tout le contexte politique qui entoure la mise en place d’une nouvelle équipe ministérielle. Selon des sources proches de Saad Hariri, les Français sont conscients que le principal problème à ce niveau est lié à la personne de ce dernier dont le président de la République et son gendre, le chef du CPL, Gebran Bassil, ne veulent plus. Pour Paris, il est primordial que ce problème soit réglé. Chose difficile compte tenu de l’inimitié qui s’est installée entre Baabda et la Maison du Centre où les points de vue divergent quant à l’opportunité d’une récusation de Saad Hariri.

Le camp rapproché du Premier ministre désigné souhaite qu’il rende le tablier, surtout que le Liban « est sur le point d’entrer dans une phase excessivement difficile aux plans social et économique, avec les mesures impopulaires qui devraient être prises, et pour éviter surtout qu’il ne soit tenu pour responsable du blocage alors que son souci premier, dit-on, est de mettre en application l’initiative française de redressement », qui commence par la formation d’un cabinet de mission, composé d’experts capables de tirer le Liban de l’ornière et de lancer des réformes sérieuses.

En face, le groupe des anciens chefs de gouvernement (Fouad Siniora, Tammam Salam et Nagib Mikati) reste farouchement opposé à une récusation dans laquelle il voit « une décision irresponsable qui livrerait le pays au tandem CPL-Hezbollah, ce qui donnerait l’impression que Saad Hariri était l’obstacle à la formation d’un cabinet et se répercuterait négativement sur le leader sunnite, au double plan interne et externe ».

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Dans les prochains jours, les réunions devraient se multiplier à la Maison de Centre, avant que Saad Hariri ne se prononce sur la démarche qu’il compte suivre, probablement après la fête du Fitr. Et pour cause : d’ici là, les contours d’un éventuel règlement international envisagé pour la région pourraient se préciser et plus important encore, le prince héritier saoudien, Mohammad ben Selman, aura discuté avec le président français, Emmanuel Macron, du dossier libanais en marge du congrès sur le Soudan que Paris accueillera le 17 mai.

Une éventuelle récusation sera donc d’ici là gelée, d’autant que, selon des sources proches de Nabih Berry, les tractations pourraient reprendre au sujet du dossier gouvernemental. Bkerké et Aïn el-Tiné seraient le pivot de cette nouvelle tentative de déblocage. Un proche de M. Berry souligne ainsi que Jean-Yves Le Drian aurait assuré devant le président de la Chambre que l’initiative française était toujours sur la table, ce qui aurait encouragé ce dernier à remettre sur le tapis, de nouveau, la formule d’un gouvernement de 24 ministres.