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Algérie : l’agression d’enseignantes dans l’extrême sud provoque choc et indignations

samedi 22 mai 2021, par siawi3

Source : https://www.middleeasteye.net/fr/actu-et-enquetes/algerie-agression-enseignantes-bordj-badji-mokhtar-choc-education

Algérie : l’agression d’enseignantes dans l’extrême sud provoque choc et indignations

Cette affaire a relancé le débat autour des conditions d’exercice des enseignants et, surtout, de la protection des employées du secteur éducatif dans les régions isolées

Photo : Stylos et feutres éparpillés, tâches de sang : image de l’intérieur du dortoir des enseignantes agressées à Bordj Badji Mokhtar (Facebook)

Par MEE

Published date : Jeudi 20 mai 2021 - 09:37 | Last update : 2 days 5 hours ago

Dans la nuit du 17 au 18 mai, vers deux heures du matin, dix enseignantes d’une école primaire dans l’extrême sud algérien, à Bordj Badji Mokhtar (2 100 km d’Alger), ont subi une très violente agression dans l’enceinte de leur résidence.

Selon le Syndicat algérien des travailleurs de l’éducation (SATE), « elles auraient été attaquées vers deux heures du matin par un groupe d’individus munis d’armes blanches ».

« Le supplice de ces dix enseignantes a duré deux heures, durant lesquelles des objets leur appartenant leur ont été subtilisés dont des PC portables, des téléphones et de l’argent en liquide. Le plus dramatique dans cette affaire est que les agresseurs n’ont pas eu une once de compassion pour un nourrisson d’une des enseignantes », ajoute la SATE.

D’après Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNAPEST), ces enseignantes ont été « agressées et violées dans leurs logements de fonction » et « deux d’entre elles ont été poignardées et se trouvent à l’hôpital ».

Le syndicaliste a exhorté les autorités à « protéger les jeunes enseignantes qui se sont déplacées au fin fond de l’Algérie pour enseigner et accomplir ce travail si noble ».

Elles ont été, depuis, rapatriées vers leur lieu de résidence à Adrar, à quelque 750 km au nord de Bordj Badji Mokhtar.

Selon d’autres syndicalistes, il ne s’agit pas d’un fait inédit. Sur les colonnes du journal Liberté, Boualem Amoura, secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation professionnelle (SATEF), affirme que « ce qui s’est passé à Bordj Badji Mokhtar n’est pas un cas isolé ».

« Il existe des cas similaires dans d’autres wilayas [départements], où les enseignantes souffrent en silence et subissent des harcèlements quotidiens », poursuit-il, énumérant plusieurs cas de violences contre le corps féminin de l’enseignement.

« À Bir El Djir, dans la wilaya d’Oran, une enseignante a été obligée de démissionner en 2017. Elle se faisait agresser quotidiennement sans que personne ne levât le petit doigt. Cinquante enseignantes vivent toujours dans des conditions lamentables et dégueulasses dans un dortoir à Djelfa, avec un seul sanitaire, et le chef de l’établissement leur coupe l’eau le week-end », indique Boualem Amoura.

Traduction : « #bordj-badji-mokhtar »

« C’est le cas aussi à Laghouat, où des enseignantes vivent dans un semblant de logement, insalubre et non sécurisé [des photos ont été remises à l’actuel ministre]. Les enseignantes et les enseignants qui travaillent hors chef-lieu de wilaya vivent dans des conditions extrêmement difficiles », dénonce le syndicaliste.

Les autorités ont réagi à cette agression. Sur les ondes de la radio publique, le ministre de l’Éducation Mohamed Ouadjaout a assuré, le mercredi 20 mai, que « la justice suivra[it] son cours », qualifiant l’agression d’« infâme », tout en avertissant que l’enseignant était « une ligne rouge ».

Ce même mercredi, le parquet général de la cour d’Adrar a indiqué que deux individus suspectés d’être impliqués dans cette affaire avaient été arrêtés.

Des enseignants à Adrar ont tenu à dénoncer ces agressions, organisant une manifestation mercredi.

Photo : Sit-in de protestation des enseignants dans plusieurs villes et campagnes sur les réseaux sociaux se sont également multipliés en solidarité avec les enseignantes de Bordj Badji Mokhtar.

Photo : Sur la pancarte : « Nous sommes tous les enseignantes de Bordj Badji Mokhtar »

Cette affaire a relancé le débat autour de la situation des établissements scolaires dans les régions les plus enclavées, notamment dans le grand désert algérien, qui, selon les syndicats, manque d’encadrement sécuritaire et d’un minimum de confort.