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En Algérie, la vidéo d’une enseignante électrise le débat sur la place de l’arabe à l’école

samedi 29 mai 2021, par siawi3

Source : https://observers.france24.com/fr/20160909-algerie-video-d%E2%80%99une-enseignante-electrise-debat-place-l%E2%80%99arabe-l%E2%80%99ecole

En Algérie, la vidéo d’une enseignante électrise le débat sur la place de l’arabe à l’école

Publié le : 09/09/2016 - 19:06
Modifié le : 12/09/2016 - 10:10
Archives

Capture d’écran de la vidéo.

Texte par :
Marie Kostrz

vidéo ici

La vidéo en selfie d’une institutrice algérienne faisant l’éloge de la langue arabe dans sa classe a déclenché une vive polémique sur les réseaux sociaux. Accusée de prosélytisme par les uns, défendue par les autres, Sabah Boudras cristallise en Algérie les tensions entre réformistes et islamo-conservateurs, en plein débat houleux sur la place que de l’arabe classique à l’école.

Le jour de la rentrée, le 6 septembre, l’institutrice, voilée d’un hijab noir, s’est filmée en selfie au premier plan, en train de lancer des questions à ses élèves, derrière elle, qui lui répondent en cœur :

- « À qui revient la volonté ? »

- « C’est la volonté de Dieu »

- « Quelle est la langue la plus riche ? »

- « C’est l’arabe »

- « Cette année ma langue de travail sera… ? »

- « L’arabe ! »

- « Quelle est la langue aimée de Dieu ? »

- « C’est l’arabe »

- « Quelle est la langue des gens au paradis ? »

- « C’est l’arabe »

La jeune femme détaille après les valeurs que les enfants apprendront selon elle durant l’année scolaire : l’honnêteté, l’amour de son prochain, l’entraide, l’espoir, la persévérance.

La vidéo a été tournée, selon le quotidien algérien El Watan, dans la petite ville de Barika à 250 kilomètres au sud-est d’Alger.

La ministre algérienne de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit, a vivement critiqué le comportement de l’enseignante. « Nous venons de voir à travers Facebook, de jeunes enseignantes faisant des selfies et parler avec leurs élèves, en leur tournant le dos », a-t-elle indiquée, annonçant qu’il y aurait « une enquête et une commission de discipline ». Mais elle n’a pas pris position sur le discours que la jeune enseignante tient à ses élèves.

Attaques contre la ministre de l’Éducation

Sur Facebook et Twitter néanmoins, beaucoup d’internautes ont manifesté leur solidarité avec l’institutrice avec un hashtag « Nous sommes tous Sabah Boudras » :

« Que Dieu te bénisse, ce que tu as fait est pour le mieux, tu mérites le poste de ministre de l’Éducation, merci à toi, tu as tout mon respect et je te souhaite le meilleur dans ta carrière »

« ????? ??????? ??? ??? ????? »
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 ???? ?? ???? (@eesabinhesham) 8 septembre 2016

« La langue arabe est la langue des gens au paradis, c’est ce qui a contrarié [...] Nouria Benghebrit »

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 ??? ????? ???????? (@chemsou) 8 septembre 2016

« Benghebrit toi la Harki [...]. Nous allons remplacer le français, la langue des maîtres, par l’anglais la langue de notre époque »

Des messages ont même été postés depuis d’autres pays du monde arabe :

« Une grande campagne de solidarité dans les pays frères avec l’enseignante. »

À l’opposé, des messages de solidarité envers la ministre ont aussi été diffusés, notamment via la page Facebook « Soutenons Nouria Benghebrit » :

« Bravo à vous Madame, ne cédez pas aux menaces des intégristes, sauvez nos enfants nos petits enfants, nous comptons sur vous et sommes optimistes pour que l’école algérienne forme des enfants ouverts à la modernité et à l’éducation universelle pour en faire des futurs citoyens et non des zombis » :

« Le mouvement conservateur considère que l’unité nationale se résume à l’Islam et l’usage de l’arabe classique »
Pourquoi cette vidéo et la réaction de la ministre ont-elles déclenché un débat si houleux ? Car elle intervient en plein débat sur la réforme de l’éducation, explique notre Observateur Abdou Semmar, rédacteur en chef d’Algérie-Focus.

Il existe en Algérie une division entre les partisans des réformes qui se veulent modernistes entreprises par la ministre de l’Éducation, et le courant islamo-conservateur, qui y est opposé.

En poste depuis 2014, Nouria Benghebrit essaye de réformer le système éducatif algérien. Elle a pris pour cela plusieurs décisions. Tout d’abord elle a comme projet de renforcer l’enseignement des langues étrangères comme le français et l’anglais. Cette proposition a été faite car il existe une vraie schizophrénie linguistique en Algérie. Jusqu’au baccalauréat, l’enseignement est délivré en arabe classique, mais à l’université les matières scientifiques sont dispensées en français, ce qui met les élèves en difficulté.

La ministre a aussi voulu suivre les recommandations de l’Unesco qui conseille aux pays d’utiliser la langue maternelle à l’école. Le derija, la langue algérienne, est un mélange d’arabe, de français et de berbère. Ce n’est pas l’arabe classique qui est enseigné et utilisé dès l’école primaire. Le derija commence maintenant à être utilisé à l’école, mais cela ne plaît pas du tout au mouvement conservateur qui considère que l’arabe classique est la seule langue à devoir être utilisée puisqu’il s’agit de la langue du Coran. Ils sont attachés à l’unité nationale qui, selon moi, se résume dans leur vision uniquement par l’Islam et l’utilisation de l’arabe. Ils sont contre la langue française, qui représente le joug colonisateur. Ils souhaitent que l’école garde une connotation arabe et islamiste.

« Avant, seules les écoles coraniques prenaient en charge les moins de six ans »

La ministre elle aussi voulu renforcer le préscolaire, c’est l’avant l’école primaire. Avant son arrivée, seules les écoles coraniques prenaient en charge les petits de moins de six ans. Beaucoup d’enfants y allaient donc, ce qui a commencé à changer avec l’apparition du préscolaire. Cela n’a pas plu aux islamo-conservateurs qui ne souhaitent pas être mis en concurrence.

Enfin, Nouria Benghebrit a aussi entrepris la réforme des manuels scolaire. En Algérie, ces derniers sont jusqu’à présent influencés par l’idéologie baasiste, c’est-à-dire panarabe. Cette année, de nouveaux livres ont été introduits, comprenant des pans de l’histoire algérienne jusqu’alors mis de côté, par exemple relatifs à la culture berbère. Cela ne plaît pas du tout aux islamo-conservateurs, qui, selon moi, veulent faire table rase de tout ce qui n’est pas arabe ou musulman.

La ministre a aussi rendu obligatoire le recrutement sur concours des enseignants, ce qui faisait défaut jusqu’alors :

En Algérie on a un problème de qualification des enseignants : sur 495 000, seuls 4 878 sont diplômés de l’École normale supérieure. Tous n’ont donc pas la formation requise pour ce métier. On trouve ainsi beaucoup de professeurs qui dispensent une éducation religieuse radicale aux élèves. Il y a déjà eu des scandales comme un professeur qui avait décidé de séparer les élèves garçons et filles à Oran.

Ce n’est pas la première fois que Nouria Benghebrit est attaquée en Algérie. Petite-fille du fondateur de la Grande Mosquée de Paris, cette ancienne directrice du Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), francophone, a fait l’objet en 2014 d’une campagne antisémite en raison de ses origines juives supposées.

L’enseignante ne regrette rien

Forte du soutien qui lui est apporté, Sabah Boudras, l’enseignante, est elle restée campée sur sa position, dans une interview donnée à la télévision Ennahar :

« Je suis surprise d’entendre l’ouverture d’une enquête par la ministre de l’Éducation après que certains médias ont mal interprété mon message. La seule erreur que j’ai peut-être commise c’est de me filmer en classe », a-t-elle dit, affirmant aussi : « Mon message est noble, loin de toutes les interprétations qui ont été faites ».

La démarche de la jeune femme, au regard délicatement maquillé et à la voix posée, est surprenante pour une simple institutrice. À qui s’adresse en réalité cette vidéo, dans laquelle elle prend soin de se filmer au premier plan ? L’enseignante n’en est pas à sa première apparition en public. En plus des nombreuses photos qu’elle publie sur Facebook, elle est aussi familière de l’univers télévisé. En 2012, elle a remporté le prix de l’institut de journalisme où elle étudiait :
video ici