Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > Émergence de l’enjeu de l’inceste

Émergence de l’enjeu de l’inceste

samedi 29 mai 2021, par siawi3

Source : https://tradfem.wordpress.com/2021/05/20/emergence-de-lenjeu-de-linceste/

Émergence de l’enjeu de l’inceste

par Louise Armstrong

traduction TRADFEM

Tiré de : The Sexual Liberals and the Attack on Feminism (à partir de la page 43 )
Directrices de publication : Dorchen Leidholdt et Janice G. Raymond. 1990

Allocution délivrée à New York en 1987, lors de la conférence-événement “The Sexual Liberals and the Attack on Feminism”, publiée sous ce titre par Dorchen Leidholdt and Janice G. Raymond. 1990.
Traduction : Yeun L-Y pour TRADFEM

Quand, il y a 10 ans, nous avons commencé à parler de l’inceste, des sévices subis dans l’enfance de la part de nos pères et beaux-pères, des viols par nos frères aînés, nos demi-frères, nos oncles étranges, nos grands-pères – il y avait, dans toute cette douleur, parfois un certain humour.

Et il y avait, même à travers l’angoisse, une disposition enthousiaste à l’exubérance, un espoir fantastique. Non seulement était-il stimulant d’accéder à une clairvoyance et à une clarté dans le chaos, mais à ce moment-là – à la fin des années 70 – il y avait ce sentiment d’autonomie grandissante, de possibilité de changement réel.

Au cours des dix dernières années, les choses se sont incroyablement détériorées – pour les enfants victimes, aujourd’hui, et pour les femmes, leurs mères, qui tentent de protéger ces enfants. Ce l’est également pour les survivantes, qui découvrent maintenant que le contenu même de leur traumatisme, de leur avilissement, de leur violation en tant qu’enfants, dégénère en talk-shows d’ « experts » et de « professionnels » invités ; elles découvrent que leur courageuse prise de parole ne devient rien de plus qu’une nouveau créneau d’intrigue pour des séries dramatiques au long cours.

Les gens me disent : « Oui mais, au moins, désormais on en parle... ».

Oui. Mais notre intention n’était pas simplement d’entamer une longue conversation.

En brisant le silence, nous espérions mettre le feu aux poudres. Au lieu de cela, nous avons vu basculer l’enjeu de l’inceste dans une certaine banalité. Nous espérions susciter une passion en faveur du changement. Au lieu de cela, nous avons engendré du discours – et toute une industrie de gestion du problème. En plus des éducateurs sur l’inceste, nous avons maintenant des chercheurs sur l’inceste, des experts de l’inceste, des thérapeutes de l’inceste, des programmes de sensibilisation sur l’inceste, des programmes de prévention de l’inceste...

Et, bien sûr, nous vivons un énorme retour de bâton de la part des groupes de “Droits du Père”, qui menace maintenant de refermer une chape de silence sur les enfants et les femmes – qui craignent à nouveau pour leur survie.

Notre société a maintenant mis au point des tourments systématiques pour les enfants qui divulguent ces violences. Nous appelons cela de l’ « aide ». Nous disons maintenant aux enfants dans les écoles de “parler”. Et lorsqu’ils parlent, soit nous ne les croyons pas, soit nous encourageons le système d’intervention à les retirer à leurs mères pour les envoyer en famille d’accueil. Nous appelons cela de l’ « aide ».

Une fois que l’enfant est pris en charge par l’État, nous nous retournons vers la mère et nous expliquons : « Nous avons agi ainsi car vous « n’arrivez pas à protéger » l’enfant. Nous avons agi ainsi car, même si vous n’étiez pas au courant des violences, même si vous venez de les découvrir, vous « auriez dû le savoir ».Cela s’appelle « le meilleur intérêt de l’enfant. »

Quand une mère tente désormais de protéger son enfant en divorçant de l’agresseur, ou quand elle découvre les violences après le divorce, pendant les gardes, il est quasi-certain qu’elle ne sera pas crue, mais perçue comme une femme « vengeresse » ??dans le cadre d’un conflit de divorce « rancunier ». Elle est le bouc-émissaire du système pour les violences ; des tribunaux pour son activité de diffamation ; des professionnels de santé mentale pour le poids de sa vindicte, de son instabilité, de sa « psychose délirants » ; et, bien sûr, du père et de ses avocats pour des accusations de mensonge pur et simple. Par ailleurs, elle fait face à un profond désaveu du public déjà endoctriné à accorder foi à ce nouveau pilier de la nouvelle mythologie de l’inceste : la « mère en situation d’inceste » ; cette créature faible, dans le besoin, dominatrice, lâche, passive, manipulatrice, frigide, et sexuellement insatiable qui : (a) dit toujours à son enfant de la fermer et de ne jamais plus en parler, et (b) choisit toujours son mari plutôt que l’enfant.

En un mot, la divulgation par un enfant d’un viol paternel trouvera grâce auprès des gens au pouvoir, et du public, tant que la mère ne croit pas l’enfant. Et elle sera punie pour cela. La divulgation par un enfant d’un viol paternel ne sera pas crue par les gens au pouvoir et par le public, tant que la mère croit l’enfant et agit pour le protéger. Et elle sera punie pour cela.

Et donc, même si les numéros d’aide continuent d’être lancés sur les ondes de radio et de télévision à travers tout le territoire – protéger les enfants, témoigner des violences, de l’aide est disponible – les femmes continuent à être incarcérées pour avoir refusé d’envoyer l’enfant qui a divulgué les violences durant sa semaine de « garde ». Et le message évident tiré de la réalité empirique, plutôt que de la propagande, atteint un nombre croissant de femmes : prends l’enfant et barre-toi.

Les médias sont friands et avides de reportages selon lesquels les femmes ont créé un Underground Railroad, un chemin de fer souterrain. Où des femmes aident d’autres femmes à fuir ! Où elles offrent refuge à ces nombreuses, très nombreuses mères dont les enfants ont divulgué les violences sexuelles de leur père – et où ces femmes sont diffamées, mises au pilori, et emprisonnées par les tribunaux, parce qu’elles essayent de protéger ces enfants ; des femmes qui prennent, en fait, le risque de perdre non seulement la garde, mais aussi tout droit de visite.

Un Underground Railroad. Certes, il y a une résonnance évidente (bien que les reportages et documentaires télé semblent indifférents aux implications de cette référence). Indéniablement, l’élément esclavage y est introduit. Mais il nous dit seulement à quel point il était arrogant pour nous de parler ouvertement de viol paternel ; il nous apprend seulement la profondeur de notre défiance envers une présomption de prérogative masculine séculaire.

Un Underground Railroad. Hélas, malgré tout le clinquant de la comparaison, elle est inexacte d’une manière fondamentale : pour ces femmes et ces enfants, il n’y a pas de Nord où fuir. Il n’y a pas de pays, pas d’endroit où la sécurité peut être assurée ; aucune région du territoire qui promet protection. En effet, ironiquement, on me dit que des femmes du Canada cherchent refuge ici – au moment même où des mères et des enfants des USA se tournent vers le Canada avec espoir.

Pourtant, la triste réalité est que beaucoup, beaucoup de féministes ont jusqu’ici échoué à considérer comme une question « féministe » ce qui est fait à ces enfants et à ces femmes. Je n’ai pas non plus remarqué de nombreuses survivantes de l’inceste se passionner contre ce retour de bâton qui a tout d’une menace bien réelle de déclaration de guerre totale. Elles semblent ne pas encore comprendre. Notre prise de parole, en tant que survivantes adultes, concernant les attaques incestueuses subies dans l’enfance, n’a pas menacé le statu quo. Elle n’a rien contesté aujourd’hui ; elle n’a rien coûté à ceux actuellement au pouvoir – économiquement ou politiquement. En fait, notre prise de parole a simplement créé un nouveau champ de spécialisation thérapeutique.

Le véritable défi radical au patriarcat vient des femmes qui agissent aujourd’hui pour protéger les enfants-victimes – elles résistent là où toute femme est la plus vulnérable : face aux tribunaux. Et elles sont traquées et punies – y compris jusqu’à la mort.

Tel fut le sort de Dorrie Lynn Singley – morte, à 27 ans. Son histoire – qui pourrait faire l’objet d’une légende ou d’une ballade – peut aider à éclairer ce dont nous parlons ici.

Dorrie, une jeune femme du Sud, d’origine rurale traditionnelle, qui aimait cuisiner, coudre, laver, et élever ses enfants, a divorcé de son mari, Tim Foxworth, en février 1984. Selon la couverture de presse de cette affaire, elle jura plus tard, dans une déposition, qu’elle quittait Foxworth parce qu’elle l’avait trouvé en train de demander à sa fille, Chrissy, de caresser ses parties génitales.

Dorrie a pris l’enfant et est partie au Texas, éludant le droit de visite. En juillet 1986, quand elle est revenue dans le comté de Marion, au Mississippi, elle a été emprisonnée pendant dix jours pour refus du droit de visite, pour outrage au tribunal.

Le 26 novembre, une assistante du procureur du district, Margaret Alfonso, a interviewé Chrissy. Un an plus tard, Alfonso écrira au psychologue Franklin Jones, « Je n’avais aucun doute que cet enfant était victime de violence ».

Sur les entrefaites, en décembre 1986, Foxworth a réclamé la garde de Chrissy.

Pendant ce temps, aussi, une autre femme du Mississippi s’est retrouvée dans une situation similaire. Karen Newsom, décrit dans la presse comme enseignante, stable, intelligente, a obtenu des témoignages médicaux et psychologiques attestant que ses jeunes enfants, Katy et Adam, étaient agressés sexuellement par son ex-mari.

Les deux femmes partageaient une même avocate, Garnett Harrison, une militante féministe de longue date — fondatrice de l’accueil d’urgence pour les victimes de viol à Jackson (Mississippi) et autrice du décret de protection contre la violence familiale du Mississippi, adopté en 1984.

Et elles partageaient un même juge, le juge Sebe Dale, décrit comme un « juge rural sévère ». « Chasse Aux Sorcières ! » s’est exclamé le Juge Dale face aux allégations de Newsom. « Cela rappelle Salem ! » s’est-il écrié en retirant la garde à Newsom et en la condamnant à la prison pour une durée indéterminée quand elle a refusé de se conformer et qu’elle a mis ses enfants à l’abri.

Karen Newsom resta quarante-trois jours dans cette prison, en pleurs, avant de demander grâce et de révéler où se trouvaient ses enfants. Quarante-trois jours dans une prison du Mississippi, c’est très long, très très long.

Dorrie avait fait part de ses sentiments à propos de ces 10 jours passés en prison. Elle avait juré qu’elle n’y retournerait jamais (puis jura qu’elle le ferait si elle y était contrainte).

Le 4 août 1987, le juge Dale accordait la garde de Chrissy au père, Tim. A l’appui de sa décision, Dale a argué le fait que les fils de Dorrie de huit ans et de six mois étaient « nés hors mariage. » Il a parlé de ses intentions « nébuleuses » à propos de son mariage avec le père du bébé.

Le juge Dale a traité Dorrie de menteuse. Et en conclusion, il a dit que « la garde de Chrissie chez Tim était un environnement stable et sain et bien adapté aux besoins de Chrissy et conforme à ses intérêts ».

Contre l’avis de la cour, Dorrie n’a pas envoyé Chrissy à Foxworth. Contre l’avis de la cour, elle a fait examiner Chrissy à l’Hôpital pour enfants de la Nouvelle-Orléans par l’expert en violence sexuelle, la Dre Rebecca Russell. Russell a constaté une « hypervascularisation importante (l’augmentation du nombre et de la taille des vaisseaux sanguins) de l’hymen et du tissu péri-hyménal. » Elle a trouvé des déchirures et des cicatrices de l’hymen. En bref, il y avait, de l’avis du Dr Russell, des éléments génitaux qui « ne pouvaient être causés que par une agression sexuelle, et non par des infections vaginales ou une auto-stimulation de l’enfant ».

« Deux femmes refusent de laisser les enfants retourner à une situation de violence sexuelle présumée », a titré un article du Mobile Press Register (Alabama), le 16 août 1987.

Deux femmes disent qu’elles iront en prison plutôt que de remettre leurs enfants aux pères qu’elles accusent d’agresser sexuellement les petits.

« Je ne veux pas les remettre », a déclaré Newson, 30 ans, de Gulfport. (...)

« Je suis certaine que l’on va me reconnaître coupable d’outrage, que je suis dans l’outrage. Je vais rester en prison », a déclaré Newsom. (...)

« Et je vais suivre juste après elle », a déclaré Singley.

Karen comme Dorrie avait du soutien. Devant la tournure des événements, un groupe de femmes se sont mobilisées pour passer à l’action en tant que collectif Mothers Against Raping Children (MARC) [Les mères contre les viols d’enfants]. Les deux enfants de Karen Newsom ont été mis en sûreté. Et Dorrie et Chrissy sont également pris le maquis. Parfois ensemble, la plupart du temps séparément, elles devinrent des fugitives. Les femmes ont été étiquetées comme kidnappeuses et preneuses d’otages – et accusées d’utiliser des tactiques terroristes.

Voici ce que Dorrie, notre jeune kidnappeuse terroriste, a écrit dans son journal le 27 août, une semaine après l’incarcération de Karen.

Mon dieu, combien de temps ce gâchis va-t-il durer ? Le système entier est cinglé. Que peuvent-ils faire de plus à ces enfants ? D’abord, ces hommes malades les ont sexuellement utilisées, et Dale les livre aux pervers, Karen et moi les protégeons en les cachant (...) L’État refuse d’entendre les pleurs de ces enfants. ... Je n’arrive même pas à tenter d’exprimer ce que je ressens en ce moment. De la colère, de la peur, de la solitude et même de la haine. Je ne veux pas haïr. Ce n’est pas moi.

Le 28 août, lors de l’audience de Dorrie pour outrage au tribunal, l’avocate Garnett Harrison a essayé d’obtenir du juge Dale qu’il lise le rapport médical de la Dre Russell. Le juge a refusé. Ensuite, il condamné Dorrie pour outrage.

Dorrie, cependant, n’a pas assisté à l’audience. Au lieu de cela, elle a pris la fuite.

Et, plus tard ce même jour, après avoir appris la sentence, elle a écrit dans son journal :

Je suis contente de ne pas y être allée. Je pense qu’ils voulaient me lyncher....

C’est dommage que tant de gens sont si aveugles. D’autant plus quand c’est une ville toute entière. Et pour protéger un VIOLEUR, au lieu d’un enfant de 5 ans et demi. Lui qui a répété plusieurs fois que son PÈRE L’AVAIT VIOLÉ.

Le 2 septembre, Dorrie a développé ce qu’elle croyait être une sévère migraine.

Le 3 septembre, elle a été amenée à la maison de Judy Watts à la Nouvelle-Orléans, une avocate pour enfants. Watts dit que Dorrie « était malade et amorphe tout le temps qu’elle a passé avec moi. Mais, quand elle n’était pas souffrante, elle continuait à s’occuper dans la maison. Elle nettoyait, lavait la vaisselle, faisait la lessive. Elle cousait et cuisinait. Elle m’attendait pour diner quand je rentrais. Elle lisait des magazines et des livres. »

Le journal de Dorrie, cependant, témoigne de douleur chronique, d’isolement intense, et décrit la dislocation catastrophique vécue par une personne qui est soudainement jetée hors du monde tel qu’elle le connaissait et tel qu’elle le croyait être.

Le 14 septembre, elle a écrit :

Je suppose qu’elles ont manifesté hier devant la prison. Je l’espère. Je sais que ça touche Karen. Ça fait 26 jours. Elle doit se sentir totalement démunie.

Je sais que c’est comme ça que je me sens. Comme piégée et incapable de s’en sortir ou d’exprimer ma situation. Et (spécialement) quand vous avez finalement atteint un endroit où vous pourriez parler.

Et, pratiquement sans raison, il y avait les terribles maux de tête.

J’ai encore des migraines. J’aurais besoin d’un câlin. Même d’un câlin collant et de baisers.

Ma tête est pire aujourd’hui. Je ne peux vous dire combien je me sens seule. ... Oh, et Karen esttoujours en prison.

Le 15 septembre, la capacité à parler de Dorrie a diminué.

Elle avait fortement insisté dès son arrivée dans cette maison qu’elle n’irait pas à l’hôpital. Ils auraient découvert son identité et elle aurait été renvoyée en prison et y serait restée probablement le reste de sa vie parce qu’elle ne dirait jamais où Chrissy se trouvait.

Cependant, la gravité de l’attaque ne laissa pas vraiment le choix. Elle a été examinée au Charity Hospital où on lui a dit que sa condition physique était bonne et qu’elle souffrait simplement de fatigue nerveuse. Eh bien, ça paraissait bien sûr crédible.

Ce qui s’est passé – aussi incroyable que ça le soit, ou alors pour le moins étrange – c’est que Dorrie a souffert de cette perte temporaire de la parole le jour même où Karen Newsom a craqué et décidé de parler. Après plus de quarante jours en prison, elle a révélé la localisation de ses enfants. Elle a ensuite été maintenue en détention quelques jours de plus jusqu’à ce qu’elle révèle la localisation des « protectrices » des enfants.

Pour l’occasion, une trentaine de femmes se sont courageusement portées volontaires pour « avouer » leur participation à la protection des enfants de Karen.

Cependant, l’étau se resserrait.

L’avocat de Foxworth a ensuite commencé de menacer les membres du MARC d’une accusation de kidnapping. Les enregistrements téléphoniques de Garnett Harrison ont été cités pendant la comparution, et elle a été menacée de poursuites. Le FBI travaillait sur l’affaire. Un grand jury fédéral a été convoqué.

Dorrie a manqué presque toutes ces péripéties.

Le 13 octobre, elle a été frappée d’un grave anévrisme qui risquait de se rompre et de la tuer. Elle a été emmenée à l’hôpital, où elle est décédée le lendemain.

Le dernier passage dans son journal datait du 21 septembre :

J’ai décidé d’ajouter ceci à mon journal aujourd’hui. Ce ne sera sans doute jamais lu. Mais écrire m’aide.

Juge Dale, votre Honneur, n’est-ce pas ainsi ce qu’on vous nomme ? Votre Honneur, n’est-ce pas ce qui est censé vous définir ? J’ai du mal à le croire.

Un homme d’honneur protégerait les innocents plutôt que l’accusé. Du moins c’est ce que j’ai toujours cru. Je pensais que la justice était ce qui protégeait une victime. Combien j’ai été dans l’erreur depuis 27 ans.

Au cours des derniers mois, j’ai vu de quelle manière vous êtes honorable. J’ai vu de quelle façon vous avez choisi de protéger les innocents. A ce jour, mes enfants tout comme moi sommes victimes de votre justice.

Ça rend me malade de penser que vous avez un tel pouvoir. Le pouvoir de détruire la vie d’un être humain. De saccager sans sourciller la vie de quelqu’un. Pour détourner le regard d’un criminel qui pourrait détruire une autre vie. La détruire littéralement cette fois.

J’ai réussi à protéger la vie qui était destinée à être détruite. J’ai choisi de protéger cette vie par l’intermédiaire de votre soi-disant tribunal, et maintenant je dois le faire seule, sans votre soi-disant cour de justice.

Cette vie est celle d’une enfant de cinq ans. Une enfant dont la vie a à peine commencé. Elle est une victime de la société d’aujourd’hui ; victime d’un tribunal qui ne sert pas la justice. Victime d’un soi-disant père qui prend son plaisirs sexuel avec sa fille. N’est-ce pas révoltant ? C’est terrifiant pour une enfant de cinq ans.

Le jour le plus triste de ma vie a été de dire au revoir à mon enfant de 8 ans et mon fils de 9 mois. Puis l’au-revoir à ma fille de 5 ans, que j’ai essayé de protéger, ce que je vais continuer à faire. Ils savent que je les aime. J’espère que Dieu aide chacun à traverser cette terrible période qui est la nôtre.

Mon autre espoir est que la justice défende l’innocent. Aucune enfant ne mérite d’être violée. Et aucune enfant ne devrait être obligée de vivre avec son violeur. Et aucune mère ne devrait être punie d’aimer ce que Dieu lui a donné d’aimer et de protéger.

Ce passage est signé, « Une mère aimante, Dorrie Singley. »

Début décembre, Chrissy a refait surface à San Francisco et y a été remise aux autorités de la Protection de l’enfance. A un moment, il y avait l’espoir qu’ils allaient la protéger et de ne pas la renvoyer chez son père. Mais, ça n’a pas été le cas, bien que les autorités du Mississippi ait fait la promesse d’engager une enquête digne de ce nom à la protection de l’enfant. Tout d’abord, elle a été placée dans la maison du procureur du district. Puis, elle a été confiée à la garde des parents de Foxworth. Et pour le Nouvel An, elle a été retournée à la garde du père, Foxworth.

Comment en sommes-nous arrivées là ? Comment en sommes-nous passées d’un « tabou du soupçon » au stade où une autre mère épuisée, abattue, vaincue, dit, « Le tribunal vient de donner mon bébé à un violeur. » Comment sommes-nous passés de la croyance émergeante en la parole des enfants au retour de bâton qui rend toute enfant suspecte dans toute situation particulière, qui identifie n’importe quel délinquant ?

Rétrospectivement, c’était terriblement facile. Notre compréhension de l’inceste en tant que prérogative masculine ancestrale, un comportement banal traditionnellement permis aux hommes, se basait sur l’histoire, sur la théorie, et, bien sûr, était complètement corroborée par le témoignage des femmes. Pendant des siècles, les hommes ont agressé leurs enfants, car le faire faisait partie de leur privilège. Que l’inceste fût ouvertement permis – comme il le fut – ou que la perpétuation de la permission fut assurée par le déni, comme sous le règne de Freud, une certaine proportion de la population masculine exploitaient sexuellement leurs propres enfants pour une raison simple : ils choisissaient de le faire, et ils le pouvaient.

Et notre analyse sommaire de la situation à propos de la prérogative patriarcale ordinaire et quotidienne était tout à fait conforme avec la compréhension des agresseurs eux-mêmes. Un père, sur une chaine nationale, a dit, « Vous devez comprendre. A l’époque je pensais que je lui faisais une faveur. » Un autre a dit, « Je suis un homme bon. Je ne suis pas un coureur de jupon. Je subviens aux besoins de ma famille. Et je n’ai jamais couché avec quiconque en dehors de ma femme et mes filles. »

Nous avons correctement caractérisé l’autorisation des hommes à violenter leurs enfants en tant que méthode par laquelle les filles ont appris, à un âge très tendre, leur vulnérabilité sexuelle, leur statut d’objets sexuels pour la satisfaction des hommes ; et par laquelle les garçon, agressés par les pères et les beaux-pères à un âge très précoce, ont appris quelles pourraient être leurs possibilités et prérogatives futures à l’égard de leurs propres enfants.

Nous avons caractérisé l’inceste comme étant effectivement légal, et nous avons exigé l’abrogation de cette permission accordée aux hommes. Nous avons contesté le système pour que ça devienne un crime – comme ça l’est de brutaliser les enfants de voisins.

Cependant, ce que nous avons vu, et ce que les agresseurs ont vu, une permission à exploiter, les garants-du-pouvoir l’ont vu comme une menace potentielle du statu quo. Et les professionnels de la santé mentale l’ont vu comme un business.

Nous l’appelions coutumier, ils l’ont nommé déviant. Nous l’appelions criminel, ils l’ont nommé pathologique. Et les agresseurs – les mis en cause – quand ils ont finalement repris leur souffle – l’ont nommé un gros mensonge. Notre compréhension politique a été presque complètement supprimée.

Le terme « pathologique » s’est si bien enraciné comme étant la bonne façon de « comprendre » l’inceste que même lors de l’apparition, en 1980, d’un groupe de médecins et de professeurs totalement respectables réunis sous la bannière du « lobby pro-inceste » n’a pu déraciner le besoin du public de nier l’évidence. Ces hommes ont fait passionnément la promotion des bienfaits de « l’inceste positif » : ils cherchaient à obtenir une autorisation explicite des rapports sexuels avec leurs enfants. Ils ont dit que l’inceste était parfois bénéfique (prenez deux enfants toutes les quatre heures et appelez-moi demain matin). Et les médias et la population ont regardé ces hommes parfaitement normaux et ont crié d’une seule voix, « Malade ! C’est malade !"

Ce que nous avons échoué à envisager, dans notre exubérance, c’était la passion et l’intensité qui se cachaient derrière cette approbation et cette licence : la puissance d’un retour de bâton prêt à enfoncer ses pouces dans les globes oculaires de quiconque essayerait de mettre fin à cette licence.

Nous avons échoué à envisager, aussi, ce qui se passerait lorsque l’État prendrait conscience de l’ampleur du problème et aurait une révélation : Si l’on devait traiter la molestation pédophile paternelle comme un crime, il y avait la possibilité qu’un dixième de l’activité de citoyens de sexe masculin productifs, économiquement utiles et prospères, ne devienne la fabrication de plaques d’immatriculation en prison.

Et donc taxer de maladie ces crimes contre les enfants était, en fait, issu d’une nécessité. Le problème était qu’ils ne pouvaient pas caractériser le seul agresseur de malade. D’une part, dans l’esprit du public, être si malade au point de violer oralement un nouveau-né de deux ans, c’est être en effet très malade. En fait, les pères arguant qu’ils ne voyaient pas le tort de ce qu’ils faisaient équivalait à plaider la démence.

D’autre part, caractériser les seuls agresseurs de malades engendrait l’idée d’une erreur, et amènerait tout le monde à se demander pourquoi vous essayez de garder ce salaud à domicile. Il n’y avait aucune raison à cela, si ce n’est la volonté d’y voir comme une « pathologie familiale », un « symptôme de dysfonctionnement familial. »

Entrée en scène de la « mère en situation d’inceste » – cette femme affreuse, « complice », qui « a toujours plus ou moins su ce qui se passait » ; qui a expressément promu sa fille comme substitut sexuelle ; qui a invariablement préféré son homme à son enfant ; qui a été à la fois sexuellement rapace et frigide ; qui a nié les faits et qui a menti. La « mère en situation d’inceste. »

Jamais dans l’histoire la mère dépravée n’a rendu autant service à son pays.

Cette « mère en situation d’’inceste » a été le terreau dans lequel les experts ont construit leur « configuration de la pathologie », leurs programmes d’intervention, leur plaidoyer pro-décriminalisation. Ce fut autour d’elle que l’intervention s’est structurée, vers elle que les conseils se sont orientés. C’était elle qui justifiait la prolifération de programmes de traitement destinés à « garder la famille intacte. » Le fait est que cette femme existait à peine. Mais à ce stade, les faits n’avaient plus grande incidence pour préoccuper quiconque. L’État tenait sa nouvelle mythologie. Les « experts » avaient leur fabrique de gestion des problèmes. Les pères violeurs d’enfants étaient à nouveau hors de danger aux États-Unis.

Cependant, les enfants et leurs mères ne l’étaient pas – et ne le sont toujours pas. En se situant hors du « profil » typique de la « mère en situation d’inceste », en tentant de protéger les enfants, en choisissant les enfants plutôt que les criminels, les femmes se sont dangereusement placées d’elles-mêmes hors de la bienséance de la politique publique, et hors des recours légaux disponibles.

Ces femmes n’avaient pas non plus la moindre crédibilité auprès d’un public déjà complètement manipulé quant à quelle personnalité devait avoir une femme qui se retrouvait mère d’un enfant victime.

Les délinquants ont de suite sauté sur l’aubaine. Cela leur donna du cœur, cela leur donna de l’espoir. Et cela leur donna une voix exacerbée face à une injustice si outrageante que nos propres voix apparurent comme le modèle même de la dignité féminine, de la raison la plus distinguée.

Un des dépliants d’un groupe masculiniste nous apprend aujourd’hui qu’il « existe un nouvel espoir » pour les personnes accusées d’abus sexuels. « Nous avons », disent-ils, « développé une équipe spécialisée capable d’intervenir partout au pays (...) L’équipe est composée des meilleurs experts disponibles aux États-Unis (...) Nous la surnommons « l’équipe d’éradication », parce que notre but est d’éradiquer les fausses allégations. Pour faire court, vous pouvez nous appeler «  Les Éradicateurs ». Nous ne plaisantons pas. » Ce dépliant est signé «  Le Vengeur  ».

Je n’ai pas d’avis sur l’impact de la télévision sur les jeunes enfants. Cependant, elle a clairement un impact sur les fantasmes de certains hommes adultes.

De plus, la « mère en situation d’inceste » s’est avérée être du pain béni pour ces groupes réactionnaires.

Le Dr Lee Coleman, un psychiatre de Berkeley, en Californie – fondateur et directeur du Center for the Study of Psychiatric Testimony [Centre d’étude des témoignages psychiatriques] –, a déclaré avant un congrès du lobby Victims of Child Abuse Laws (VOCAL) [Victimes des lois sur les abus sexuels infantiles] qu’une allégation d’abus sexuel sur enfants ne pourrait être vraie que sous certaines conditions : lorsque vous êtes en présence d’une mère disant à l’enfant, « Comment peux-tu penser une chose aussi horrible ? » ; lorsque vous êtes en présence d’une mère disant : « Ne me redis jamais une chose pareille ! » Les incesteurs pourraient exister, seulement là où la famille est intacte, et que vous avez ce bon vieux prototype de la « mère en situation d’inceste ».

Coleman a déclaré :

Maintenant, dans une situation classique où la figure masculine est l’auteur présumé, ce sont le genre de déclaration que vous pourriez entendre d’une mère qui est toujours mariée au père, ou qui vit encore avec, et veut continuer à le faire. Et en effet, c’est le genre de chose que vous pourriez entendre. Telle est la situation de la famille classique, intacte.

Cela a du sens quand une mère apprenant que son mari a agressé une fille peut, en fait, avoir plus de loyauté envers lui qu’envers sa fille, pour des raisons émotionnelles, pour des raisons financières, et il peut y avoir beaucoup d’autres raisons (…) Et c’est très certainement une violence dont toute personne qui en a connaissance devrait essayer de protéger l’enfant (...) Jusqu’ici, tout va bien.

Après, nous avons une situation où la mère et le père ont divorcé. Ils se détestent mutuellement. Et ils se disputent pour la garde de l’enfant. Pensez-vous que vous allez entendre la mère dire à l’enfant : « Comment peux-tu penser une chose si horrible ? », « Ne me redis jamais une chose pareille ! »

« Eh bien », conclut-il, s’adressant à ce groupe composé de membres qui prétendent avoir été faussement accusés, « je n’ai pas besoin de dire ici combien c’est totalement ridicule. »

Il en est ainsi de la bien-nommée idéologie libérale – parlant en termes de maladie et de traitement, plutôt que de criminalité et de reddition de comptes – une idéologie relayée par l’État dans son propre intérêt, et accueillie avec enthousiasme par les professionnel-le-s. Elle fournit un nouveau bouclier de protection aux criminels. La « compréhension » de la santé mentale leur a généreusement offert un nouvel espace de déni, un nouveau prétexte de représailles et de vengeance à l’égard des enfants victimes et des femmes qui brisent le silence.

La littérature réactionnaire exprime une sorte de préoccupation fébrile pour celles qu’ils considèrent comme des « féministes radicales misandres » (ce qui semble inclure toute personne qui perçoit le viol d’enfant comme une question lié au genre, plutôt que neutre à cet égard). Mais l’opinion qu’ils expriment n’est pas très sérieuse. Mais hélas, jusqu’à présent tout au moins, nous ne leur avons pas donné de raisons de croire qu’ils ont tort. L’inceste n’est pas encore devenu une question politique prioritaire pour les féministes.

Il ne fallut pas longtemps après notre prise de parole pour qu’il devienne clair que de nombreuses féministes avaient également succombé au modèle médical. Un nombre conséquent de survivantes durent subir la litanie de la honte et de la culpabilité. Elles furent victimes de la litanie sur les abus sexuels infantiles en tant que problème émotionnel individuel et – avec l’aide d’un grand nombre de nouveaux « experts » en thérapie – elles ont perdu de vue la question du pouvoir et du politique. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’il n’y a pas de place pour l’accompagnement individuel, l’aide individuelle, le soutien individuel. Il s’agit juste de dire que lorsque vous faites face à un abus de pouvoir systématique et systémique, les solutions individualisées – des solutions exclusivement individualisées – sont l’antithèse du changement.

Il a été également désespérant de voir d’anciennes thérapeutes féministes être séduites par les nouvelles configurations. Mais, à dire vrai, le seul moyen pour faire partie de l’Inceste Club consistait à laisser vos convictions politiques à l’entrée, à intégrer le « modèle de maladie » et à parler de dynamique, d’étiologie, de dyades, de triades ; et à bricoler des méthodes-toujours-plus-fantastiques de « modification du comportement » pour une « maladie » d’hommes parfaitement normaux.

En rédigeant une nouvelle préface à mon livre Kiss Daddy Goodnight, 10 ans plus tard (Kiss Daddy Goodnight : Ten Years Later, Louise Armstrong, 1987), j’eus l’occasion de reprendre contact avec certaines de mes amies qui m’ont les premières incitée à écrire. Comment se sentaient-elle depuis ces dix années ?

Voici ce qu’une femme, Maggie, m’a écrit :

Chère Louise,

Dix ans ! Mon Dieu ! Je me souviens combien je me sentais courageuse de m’exprimer, de déposer mon histoire là-bas. Tous ces valeureuses pensées et comment ça allait changer le monde, aider des milliers de personnes, les sortir du placard, secouer les fondations. À bien des égards le résultat a été quelque peu surprenant, un peu comme, « Elle a travaillé encore et encore et a accouché d’une souris ! » Rien n’a vraiment changé.

On nous a bien dupées, en particulier le personnel de la santé mentale et des tribunaux. Le message global est que ces enfants devront juste grandir vite et apprendre à comprendre papa et lui donner une autre chance et que papa a en quelque sorte pris un mauvais départ et nous allons tous nous asseoir et discuter rationnellement, de sorte que :

1. Papa verra l’erreur de ses agissements et sera bon.

2. Maman comprendra que si elle avait juste été plus compréhensive et disponible pour papa et plus intime, elle aurait empêché que ça arrive.

3. Nous dépasserons notre honte et nous comprendrons que nous n’étions pas à blâmer. Et nous vivrons heureuses pour toujours.

Foutaises.

Récemment, je suis allé à un énième séminaire sur l’inceste et la maltraitance des enfants qui, tu dois le savoir, est une affaire lucrative pour les professions d’ « aide ». Ils ont discouru toute la journée sur le dépistage précoce, la participation et l’intervention immédiates, etc., etc. Nous avons passé toute la journée à apprendre ce que nous, en tant que clinicien-nes, pourrions faire pour sauver les enfants.

Ensuite, les bureaucrates de l’Etat ont pris la parole et la première chose qu’ils ont dite était qu’èa moins de posséder une preuve tangible – c’est-à-dire un flagrant délit – il n’y avait pas vraiment grand-chose de plus à faire. De la masturbation intellectuelle.

Tous ces financements, tous ces programmes sur l’inceste sont un total abus de pouvoir. Si les enfants sont enlevés à leur mère, en quoi cela leur fait-il du bien ? Et où emmènent-ils ces enfants ? Nous ne cessons d’entendre qu’ils sont parfois à nouveau agressé-es en famille d’accueil. Pensez-vous que ces enfants vont se présenter et parler encore une fois ? Et traverser une fois de plus toutes ces épreuves ?

La mère ne peut pas gagner. Elle a tort, quoi qu’il arrive. Si elle part, elle n’a pas soutenu son mari et travaillé pour garder la famille intacte. Si elle reste, elle cautionne ce qui se passe. Habituellement, elle est tellement usée par sa première tentative, à essayer de quitter ou d’essayer d’obtenir de l’aide pour protéger l’enfant, qu’elle ne veut plus jamais s’y confronter une nouvelle fois. Elle est usée.

Dix ans. Je suis mariée à un homme merveilleux. C’est mon meilleur ami. Mon cœur s’affole encore quand je le vois. Je le trouve toujours beau. Nous sommes bien ensemble. Nos vies fonctionnent. Nous voyageons. Nous sommes allé-es en Afrique pour voir les gorilles, nous avons chevauché des éléphants en Thaïlande. Nous adorons passer du temps ensemble. Et encore aujourd’hui, au fond de moi, je ne lui fais pas confiance.

J’ai réussi, je suis appréciée, j’ai de la personnalité, de l’humour, de la joie, mais à un certain niveau je me déteste toujours.

Ça remonte aux blessures de l’enfance, et ça me fait chier. J’en ai ras-le-bol de « mon histoire », et je suis furieuse qu’elle puisse toujours influer. Toutes ces craintes névrotiques ne me ressemblent en rien, ne ressemblent ni à mon mari, ni à nous, ni à notre réalité. Je suis sur le qui-vive depuis que nous nous sommes mariés, par crainte du genre d’intimité merveilleuse que nous avons. Je perds à nouveau du poids. C’est fatigant, ennuyeux et redondant. Mais quand je regarde autour moi – je suis plus vivante que la plupart des gens. J’éprouve dans ma vie plus de joie, plus de variété, plus de piquant, et une part de moi aime qui je suis. Je pense juste que l’enfer aurait été beaucoup plus facile si mes parents avaient été Ozzie et Harriet. (Peut-être juste Harriet ?) Toute cette énergie gaspillée et tous ces moments de haine de soi (...)

Il y a des conseillers en inceste, des programmes sur l’inceste, des groupes de sensibilisation sur l’inceste, des groupes de survivant-es de l’inceste, de l’enseignement sur l’inceste pour les mères et les enfants (...) Et les agressions se poursuivent. Et elles sont encore légales. Et les agresseurs s’en sortent donc toujours. Il y a tout un business autour de ça, une structure pour les protéger.

Et nous nous y habituons. « Tiens, tu as entendu parler d’une telle ? Elle a été agressée par son père. ». « Sans blague. J’imagine qu’elle a obtenu quelques conseils. On va déjeuner où ? »

Mon Dieu, quand je repense à l’espoir que nous avions, les idées que nous avions, le sens que nous mettions dans tout ce que nous faisions notre conviction que nous allions changer les choses pour les enfants désormais – et puis maintenant quand je regarde comment les choses sont vraiment pour les enfants (...)

Je déteste le dire mais nous n’avons fait qu’empirer les choses. J’aimerais que ce ne soit pas à cause de nous, mais je pense que les choses sont pires, et peut-être quelqu’un doit le dire à haute voix avant que rien ne change.

Je voudrais voir les survivantes se réveiller contre l’abus de pouvoir, et contre l’abus des professionnels, qui parlent d’elles comme des victimes dépersonnalisées, des objets d’étude pour être quantifiées et décrites en un ensemble de termes de personnalités particulières préfabriquées.

Dix ans plus tard. Merde. Je suis écœurée. Je pense qu’une révolte de survivantes est d’actualité. Plus de « pauvre petite », ou de « comme ça doit être dur pour vous. » Agissons pour arrêter tout ça.

Oui. Je suis d’accord. Dix ans après, il est temps de commencer à poser des actes propices à changer la donne. Pour qu’il y ait des changements.

Combien de temps allons-nous regarder les femmes protectrices, telles que nous aurions aimé que nos mères soient, être traquées sans relâche, légalement crucifiées – et ne rien faire ? Combien de temps allons-nous regarder le « Chrissies » d’aujourd’hui devenir – si elles ont de la chance, par le hasard d’un très bon jour – les survivantes, les « Maggies », de demain ?

Références :

Armstrong, Louise. (1987). Kiss Daddy Goodnight : Ten Years Later. New York : Pocket Books. Eberle, Paul, et Eberle, Shirley. (1986). The politics of child abuse. New Jersey : Lyle Stuart.

Deux femmes refusent de laisser les enfants à retourner chez l’abuseur sexuel présumé. (1987, le 16 Août). Mobile (Alabama) Press Register.

Louise Armstrong (1937-2008) a signé les livres suivants :

Of ’Sluts’ and ’Bastards’ : A Feminist Decodes the Child Welfare Debate (Common Courage Press, 1996)
Rocking the Cradle of Sexual Politics, What Happened When Women Said Incest (Addison-Wesley, 1994 ; The Women’s Press, 1996)
And They Call It Help, The Psychiatric Policing of America’s Children (Addison-Wesley, 1993)
Solomon Says, A Speakout on Foster Care (Pocket Books, 1989)
Kiss Daddy Goodnight : Ten Years Later (Pocket Books, 1987)
The Home Front, Notes from the Family War Zone (McGraw-Hill, 1983)
Kiss Daddy Goodnight, A Speakout on Incest (Pocket Books, 1978).
Saving the Big Deal Baby (E.P. Dutton, 1980)