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France : Marie-Jo Bonnet : « Ce que provoque la peur d’être traité de “transphobe” »

samedi 29 mai 2021, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/marie-jo-bonnet-ce-que-provoque-la-peur-d-etre-traite-de-transphobe-20210525

Marie-Jo Bonnet : « Ce que provoque la peur d’être traité de “transphobe” »

TRIBUNE - Les controverses sur l’étendue des droits des transsexuels occupent une grande place dans les pays anglo-saxons et se développent en France. La Fédération française de rugby vient d’autoriser les athlètes transgenres biologiquement masculins à participer aux compétitions sportives féminines. L’ancienne militante du MLF critique cette décision.

Par Marie-Jo Bonnet

Publié hier à 20:01, mis à jour il y a 9 heures

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Cofondatrice des Gouines rouges en 1971, Marie-Jo Bonnet est historienne de l’art. Dernier ouvrage paru : « La Maternité symbolique. Être mère autrement », Albin Michel.

En acceptant d’ouvrir les compétitions féminines aux personnes trans féminines (nées hommes et de genre féminin), la Fédération française de rugby vient de prendre une décision très inquiétante pour l’avenir du sport féminin français.

Pourquoi aller à l’encontre de la World Rugby qui recommande aux athlètes hommes trans devenus femmes de ne pas disputer les compétitions internationales féminines ?

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Pour des raisons évidentes, une personne trans, surtout en cours de « transition », comme les inclut la nouvelle réglementation, garde les caractéristiques physiques de force, de masse musculaire et d’agressivité provenant de sa naissance. Cette décision ne risque-t-elle pas de freiner en France le développement de la pratique féminine de ce sport réputé viril, dont la conquête est récente, et qui a gagné fort glorieusement ses galons ?

Dans ce domaine, l’histoire du siècle dernier nous a amplement montré comment les dirigeants sportifs ont pu rivaliser de misogynie pour écarter les femmes de sports jugés trop violents et de compétitions sportives formatrices d’une élite féminine dont la France prétendait se passer. La danse rythmique, oui, le football non. C’est ainsi que, dans les années 1930, les compétitions de foot féminin furent interdites parce qu’elles détournaient les femmes de la maternité. Elles ne reprendront que cinquante ans plus tard.

Alors pourquoi la Fédération française de rugby a pris fait et cause pour une poignée de trans ?

Prise de pouvoir

On nous parle de « lutte contre les discriminations », argument miraculeux qui a déjà fait son chemin auprès des élus puisqu’en avril dernier le député Raphaël Gérard a fait adopter un sous-amendement dans le cadre de la proposition de loi « visant à démocratiser le sport en France », qui substitue « à la notion de “genre” la notion d’identité de genre, conformément au cadre défini par le droit de la non-discrimination en France », est-il écrit dans l’exposé des motifs. Manipulation de mots bientôt garantie par la loi qui introduit une discrimination envers le sexe féminin là où on veut la faire disparaître envers les trans.

L’activisme trans prend le pouvoir dans des champs réputés féminins. Marie-Jo Bonnet

Car, dans le domaine de l’identité dite de genre, tout semble possible. Depuis quelques années, l’activisme trans prend le pouvoir dans des champs réputés féminins, comme dans les associations de lesbiennes féministes, qui ont subi des attaques de ces activistes en quête de légitimation de leur féminité auprès des lesbiennes.

À Nantes, l’association Les filles a fini par éclater sous la violence des conflits suscités par des revendications inouïes de militants trans, comme de promouvoir la prostitution ou de coucher avec une lesbienne. « N’importe quel homme biologique peut se déclarer femme et, à ce titre, vouloir avoir des relations sexuelles avec des lesbiennes, témoigne une femme de Nantes. Si celles-ci refusent, elles sont traitées de transphobes. » Ce qui veut dire harcelées.

Les lesbiennes féministes de Nantes ont dû fonder une nouvelle association, 44 Vilaines filles, ouverte uniquement aux lesbiennes et « femmes nées femmes ». À Marseille, l’association du Centre évolutif Lilith, qui existe depuis plus de trente ans, a dû également changer ses statuts à la suite de tentatives de prise de pouvoir du même acabit, et subit aujourd’hui les attaques des nouveaux commissaires politiques de l’identité qui se croient tout permis.

Une guerre culturelle

Il est clair que nous avons affaire à une confusion volontairement entretenue autour de l’identité féminine qui n’en finit pas d’être « déconstruite » depuis que Simone de Beauvoir est partie en guerre contre le naturalisme en écrivant « On ne naît pas femme, on le devient. » Cela donne aujourd’hui la disparition du mot femme dans les textes officiels et dans de nombreux travaux universitaires au profit du mot genre, et maintenant « identité de genre ». Ou comment cette déconstruction infinie fait le lit de la domination masculine.

Car, enfin, l’identité sexuée est une composante qui synthétise trois domaines distincts : le sexe biologique, les normes sociales, ce qu’on appelle le genre, et l’histoire singulière de chacun, sa psyché. Or, que ce soit dans le sport ou dans le monde associatif LGBT, l’activisme trans impose une définition de l’identité (de genre) qui ne respecte pas celle des lesbiennes ou des sportives. De plus, il se fait passer pour une pratique révolutionnaire d’avenir.

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On ne peut plus changer la société dans le cadre de la mondialisation néolibérale. Mais on peut changer de sexe, et, dans l’élan, reprendre le pouvoir sur ce sexe féminin devenu de plus en plus embarrassant. Dans les années 1990, on appela cela le « backlash ». Aujourd’hui, c’est une guerre culturelle engagée contre les femmes qui consiste à saper les concepts avec lesquels elles se pensent dans leur identité sexuée et leur rapport au monde.

Il va sans dire que si cette puissante transphilie arrive à faire la loi, c’est avec le soutien d’un puissant lobby pharmaceutique qui a tout à gagner à ce que de plus en plus d’adolescents « transitionnent » et prennent des hormones jusqu’à leur mort.

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