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France : Grenoble : quand l’université subventionne le « mois décolonial »

dimanche 30 mai 2021, par siawi3

Source :https://www.marianne.net/societe/grenoble-la-ville-luniversite-et-sciences-po-ont-ils-contribue-au-mois-decolonial?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210528&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Grenoble : quand l’université subventionne le « mois décolonial »

Par Hadrien Brachet

Publié le 27/05/2021 à 18:43

Un « mois décolonial » suscite la controverse à Grenoble. D’abord annoncés comme partenaires, la ville, l’université et l’Institut d’études politiques (IEP) annoncent dans un communiqué ce 27 mai avoir demandé aux organisateurs « de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions. » Mais selon les organisateurs, l’université et l’IEP ont bien subventionné l’évènement.

Quelques semaines après la polémique sur les professeurs accusés d’islamophobie, voilà Grenoble qui s’invite à nouveau dans le débat sociétal. La controverse cette fois-ci : l’organisation d’un « mois décolonial » dont la ville, l’université de Grenoble Alpes (UGA) et Sciences Po Grenoble ont d’abord été présentés comme partenaires, notamment sur l’affiche de l’évènement. Avant que ces trois institutions demandent aux organisateurs de « retirer les marques de soutiens officiels ». Mais selon les organisateurs, l’université et Sciences Po Grenoble ont bien versé des subventions à une association pour organiser cet événement. L’université assure à Marianne avoir découvert la nature de la programmation dévoilée ces jours-ci après avoir versé le financement.

« Nous tenterons de déconstruire l’imaginaire post-colonial. » Voilà l’ambition du « mois décolonial » prévu du 2 au 15 juin à Grenoble. « Notre imaginaire est pétri des représentations construites durant l’époque coloniale » assure Nadia Kirat, conseillère départementale et membre de « Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS) Isère », l’une des structures à l’origine de l’événement. « Plus on intéresse à ce sujet, plus on s’aperçoit que les phénomènes de discriminations, de violences institutionnelles viennent de nos systèmes coloniaux, encore en place sous différentes manières, en Nouvelle-Calédonie par exemple » ajoute Fabien Givernaud, responsable de la programmation de l’association Mix’Arts, elle aussi organisatrice du projet. Des prises de position classiques de la mouvance dite « décoloniale » selon laquelle la colonisation continuerait, au moins en partie, de structurer les rapports sociaux.
Taha Bouhafs, Rokhaya Diallo, Fatima Ouassak

Quatre associations coorganisent le mois décolonial : Contre-Courant, association étudiante de Sciences Po Grenoble, PEPS Isère, mouvement politique qui défend une « écologie populaire et sociale », Mix’Arts, une association culturelle et Survie, structure qui lutte contre la « Françafrique », pour « l’assainissement des relations franco-africaines ». Au programme de l’événement : conférences, rencontres, concerts, projections de films, etc…

« On voulait un événement qui soit culturel et politique, explique Fabien Givernaud. Il y aura des conférences autour de l’écologie, du féminisme, du racisme. » Et les intervenants annoncés, qui s’inscrivent parfaitement dans les thèses décoloniales, laissent peu de doute sur la nature militante et orientée du projet : les journalistes Taha Bouhafs et Rokhaya Diallo, les sociologues Matthieu Rigouste et Nassira Hedjerassi ou encore la politologue Fatima Ouassak.
Gêne autour du terme « décolonial »

Une approche loin de faire l’unanimité. Dans Le Point en 2018, 80 intellectuels s’inquiétaient de la progression du décolonialisme : « Tout en se présentant comme progressistes (antiracistes, décolonisateurs, féministes…), ces mouvances se livrent depuis plusieurs années à un détournement des combats pour l’émancipation individuelle et la liberté, au profit d’objectifs qui leur sont opposés et qui attaquent frontalement l’universalisme républicain : racialisme, différentialisme, ségrégationnisme (selon la couleur de la peau, le sexe, la pratique religieuse). »

À Grenoble même, l’approche décoloniale en fait bondir certains : « on confond tout, on essaie d’expliquer aux gens que selon la couleur de peau vous êtes oppressé ou oppresseur. » tacle Stéphane Gemmani, conseiller régional, fondateur du Samu social grenoblois et par ailleurs porte-parole de la campagne régionale de Najat Vallaud-Belkacem. Au point de gêner y compris jusque chez les organisateurs ? « Le terme « décolonial » n’était pas consensuel parmi nous, reconnaît Nadia Kirat, je n’y étais pas particulièrement favorable, même si cela a le mérite de donner un caractère politique à notre propos. »
La ville de Grenoble plaide l’imbroglio

Interrogée sur la faible diversité idéologique des intervenants, l’association Contre Courant, elle, assume : « Nous sommes conscients que l’angle d’approche de notre évènement invite à analyser notre société par un prisme spécifique comme c’est souvent le cas dans des festivals dédiés à des thématiques précises. » Soit. Mais un autre point suscite la controverse. Les associations organisatrices de l’événement ont apposé les logos de la ville de Grenoble, l’université Grenoble Alpes et de Sciences Po Grenoble, comme partenaires de l’événement. Interrogeant ainsi sur l’éventuelle association de structures publiques à un événement aux contours politiques et militants vivement controversés.

Du côté des trois institutions, on plaide pour l’imbroglio. « Nous avons découvert par voie de presse de nombreuses évolutions de programmation, non partagées en amont par les organisateurs, ainsi que des niveaux d’engagements, tels que « partenariat », qui n’ont pas été validés, affirment les trois institutions dans un communiqué commun ce 27 mai. A la lecture de la communication du festival, nous avons aussitôt demandé aux organisateurs de revenir à la réalité des faits, et de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions dans l’ensemble de leur communication. »

Subventions

Fabien Givernaud et Nadia Kirat assurent que l’université et Sciences Po Grenoble ont bien apporté leur contribution financière à l’événement, via des subventions à l’association Contre Courant. « L’UGA a financé à hauteur de 10 000 euros et Sciences Po Grenoble 1 000 euros. » détaille Fabien Givernaud. « Nous pensons qu’il est souhaitable que les pouvoirs publics subventionnent et financent des initiatives étudiantes et universitaires, dans la mesure où elles ont vocation à défendre des valeurs telles que l’égalité et la justice sociale. » avance Contre Courant à Marianne.

Sans confirmer le montant de l’aide, l’université Grenoble Alpes explique que la programmation dévoilée n’était pas celle avancée au moment d’accorder la subvention. « C’est un financement que nous accordons à des associations en amont, explique la direction de la communication. Nous l’avons accordé sur la base d’une programmation plutôt artistique et sans contenus polémiques. Nous avons découvert le programme après. » « On était sur une relation de confiance, ça nous échaude » glisse un membre de l’établissement. « Le contenu est clair, tout cet embrasement médiatique engendre des frilosités » estime de son côté Nadia Kirat. De quoi, dans tous les cas, ouvrir un débat sur le contrôle des subventions accordées chaque année par les universités aux associations étudiantes.

Les organisateurs ont également déposé une demande de subvention à la ville. « Elle a été reçue mais pas instruite » répond la municipalité à Marianne. Tout en indiquant qu’il y aura bien des évènements du « mois décolonial » qui se tiendront dans des salles de la ville : « L’équipement public qui accueille des conférences fait des gratuités toute l’année pour de nombreux évènements. Il ne s’agit ni d’un avantage, ni d’une sanction, mais du droit commun. »

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