Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > « L’autre Amérique contre le “wokisme” »

« L’autre Amérique contre le “wokisme” »

lundi 5 juillet 2021, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/mathieu-bock-cote-l-autre-amerique-contre-le-wokisme-20210703 <https://www.lefigaro.fr/vox/monde/m...>

« L’autre Amérique contre le “wokisme” »

CHRONIQUE - Les adversaires du « wokisme » ne nient évidemment l’existence de la question raciale au cœur de l’histoire américaine et son caractère tragique mais refusent son instrumentalisation par un antiracisme révolutionnaire devenu fou devenant la caricature de ce qu’il prétend combattre.

Par Mathieu Bock-Côté

Publié hier 4 juillet 21 à 13:21, mis à jour il y a 9 heures

Photo : Mathieu Bock-Côté. Collection personnelle

Actuellement, dans de nombreux États américains, on assiste à une vaste mobilisation contre la Critical Race Theory (CRT). Pour ses adversaires, la CRT désigne une idéologie toxique cherchant à racialiser intégralement les rapports sociaux et condamnant les fondements de la nation américaine, qu’il faudrait déconstruire, et même supprimer, en plus d’essentialiser les Blancs à la manière d’une catégorie néfaste dans l’histoire humaine, qu’il serait nécessaire d’abolir symboliquement et de déconstruire culturellement pour que la diversité advienne. Les militants anti-CRT poussent les États à légiférer pour combattre sa propagation dans les écoles. Depuis plus de vingt États, pour l’instant, des propositions ont été faites en ce sens. Certaines ont déjà force de loi.

À LIRE AUSSI :La culture « woke » s’immisce pas à pas dans les entreprises

La mobilisation, d’abord et avant tout populaire, rappelle l’existence de cette Amérique tocquevillienne qui repose d’abord sur les communautés locales, où chacun s’engage pour sa patrie en participant à la vie de son milieu. Elle offre à ceux qui s’inquiètent de la révolution « woke » un cadre pour se rassembler et contre-attaquer. De « town hall meetings » en élections scolaires, en passant par l’inscription de cette question dans les sections locales du Parti républicain, les militants contre la CRT s’imposent dans l’espace public.

Ce soulèvement populaire suscite une réaction épidermique de la classe médiatique : les critiques de la CRT sont accusés de vouloir interdire l’enseignement de l’histoire de l’esclavage à l’école, ou encore, d’empêcher qu’on y aborde la question du racisme. On leur reproche aussi de verser dans une théorie conspirationniste animée par les médias conservateurs. Le progressisme offre toujours la même parade : pour lui, en fait, la CRT n’existe pas, tout comme en France, il y a quelques années, la théorie du genre avait été décrété inexistante par ses partisans dès lors qu’elle avait été critiquée publiquement. Ou du moins, il s’agirait d’une théorie académique particulièrement féconde exempte de biais idéologique.

La CRT croit nécessaire de maximiser la conscience raciale et de la rendre absolument hégémonique pour en arriver à une société, qui, plus tard, se délivrera du racisme

Selon Eugénie Bastié, « l’idéologie « woke » est plus difficile à contrer que le communisme »
Videoici

Les adversaires de la CRT, qui prétendent s’opposer à la racialisation des rapports sociaux, en auraient en fait contre la justice raciale. C’est ainsi qu’on les diabolise. L’antiracisme racialiste soutient que la lutte contre le racisme passerait d’abord par celle contre l’universalisme qui « invisibiliserait » les structures raciales au service de la suprématie blanche dans les sociétés occidentales. Tout comme hier, le marxisme voulait passer par la dictature du prolétariat pour en arriver à la société absolument libre et sans État, la CRT croit nécessaire de maximiser la conscience raciale et de la rendre absolument hégémonique pour en arriver à une société, qui, plus tard, se délivrera du racisme.

Les adversaires de la CRT ne nient évidemment l’existence de la question raciale au cœur de l’histoire américaine et son caractère tragique mais refusent son instrumentalisation par un antiracisme révolutionnaire devenu fou devenant la caricature de ce qu’il prétend combattre. Si la critique de la CRT n’est pas récente, c’est dans la dernière année qu’elle s’est transformée en cause politique après que Donald Trump, quoi qu’on pense du personnage, eut décidé d’interdire sa propagation dans les administrations fédérales. Mais il faut surtout souligner le rôle central de Christopher F. Rufo, un journaliste qui a entrepris de documenter l’emprise de cette théorie bien au-delà du seul milieu scolaire. Il est devenu la cible de la presse progressiste. Commencent à paraître contre lui des portraits à charge. En fait, Rufo a exposé sur la place publique les délires de cette théorie, en montrant le contenu des fameux ateliers de sensibilisation à la diversité imposés aux salariés dans les grandes entreprises américaines ainsi que dans de nombreuses écoles. Sur Twitter, il révèle sans cesse les nouvelles étapes de ce délire, qui touche même l’armée et l’industrie de l’armement. C’est ce qu’on ne lui pardonne pas.

À LIRE AUSSI :« Cancel culture », « woke » : quand la gauche américaine devient folle

À travers cela, c’est la guerre culturelle à l’américaine qui se poursuit. Au fil des ans, elle s’est radicalisée. Certains disent même que l’Amérique est désormais brisée en deux nations de plus en plus irréconciliables. À l’échelle du monde occidental, le « wokisme » est pourtant perçu, avec raison, comme une forme de colonisation idéologique américaine misant sur des élites locales prêtes à collaborer avec elle. Mais si la démocratie américaine ne manque pas de défauts, cette résistance populaire rappelle qu’il y a un terreau populaire fertile pour qui voudra se mobiliser contre le politiquement correct et ses variants et pour ceux qui refusent de capituler devant des idéologues convaincus que c’est en maudissant ce qu’ils appellent la blanchité et en convainquant nos sociétés de se détester qu’ils témoigneront vraiment de leur amour de l’humanité.

À voir aussi  : Pour Eugénie Bastié, « les libéraux sont les grands perdants de cette bataille des idées »
Video ici

La rédaction vous conseille
• Janice Rogers Brown : « Enseigner que l’Amérique est systémiquement raciste est un énorme mensonge »
• Mathieu Bock-Côté : « Rééducation à l’américaine »
• Face aux nouveaux racistes, Sonia Mabrouk et Mathieu Bock-Côté lancent l’alerte