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En Tunisie, l’état d’exception proclamé par le président respecte la Constitution »

vendredi 13 août 2021, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/ce-qui-se-passe-en-tunisie-n-est-pas-un-coup-d-etat-mais-un-sursaut-republicain-20210727

En Tunisie, l’état d’exception proclamé par le président respecte la Constitution »

Mohamed Karim JAMOUSSI

11/08/2021 à 17:04

TRIBUNE - L’ambassadeur de Tunisie en France défend le limogeage du chef du gouvernement, la suspension des travaux du Parlement et la levée de l’immunité parlementaire des députés annoncés le 25 juillet par le chef de l’État tunisien, Kaïs Saïed. Ces décisions ont suscité de vives protestations de la part des islamistes.

S’il y a bien une certitude, c’est que le vent de la liberté a toujours soufflé sur la Tunisie et accompagné les Tunisiens depuis des siècles. Pionnière dans sa région à faire le choix d’abolir l’esclavage, en 1846, la Tunisie est le premier pays arabo-musulman à se doter d’une Constitution en 1861. En août 1956, elle s’est également illustrée dans son environnement régional en promulguant un code du statut personnel avant-gardiste et interdisant la polygamie.

En janvier 2011, la Tunisie a, encore une fois, été au rendez-vous avec son histoire, lorsque les Tunisiens, et notamment les jeunes, se sont soulevés courageusement et spontanément pour revendiquer liberté, dignité et justice, déclenchant ainsi le printemps arabe. Durant la dernière décennie, cette jeunesse a certes connu des acquis importants en termes de libertés, mais elle a vu ses rêves se heurter à la dure réalité socio-économique, rendant très compliquée la vie des plus démunis.

En l’absence de vraies solutions de fond, cette situation a poussé un nombre important de nos jeunes diplômés, véritable vivier du pays, à quitter leur terre à la recherche de meilleures perspectives. Cette même jeunesse a été la première à saluer les mesures annoncées le 25 juillet 2021 par le président de la République Kaïs Saïed - notamment le gel du Parlement, le limogeage du chef du gouvernement et la levée de l’immunité des députés - en y voyant un grand pas vers le rétablissement d’une trajectoire qui leur a tourné le dos. Il est de notre devoir de capitaliser sur ce retour de confiance et d’espérance pour insuffler une nouvelle dynamique à notre jeunesse. À cela s’ajoute une situation des finances publiques préoccupante, compte tenu de choix inadéquats qui ont contribué à précipiter le pays sur la voie de la récession économique, d’un endettement extérieur record, et par voie de conséquence, cela aboutit à une dépendance vis-à-vis des créanciers.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, il fallait, donc, une autre épreuve qui n’est autre que la pandémie du Covid-19. Cette pandémie a mis à nu une réelle incapacité gouvernementale à la gérer, ce qui a généré un nombre de décès record. L’absence de planification et la mauvaise gestion de cette crise en Tunisie ont considérablement aggravé la situation au point de provoquer un mouvement de grande panique chez les Tunisiens. La persistance d’un tel statu quo risquait de menacer la paix sociale.

Lire aussi : Covid-19 : en Tunisie, la France déploie un soutien « inédit » et « massif » : https://www.lefigaro.fr/sciences/covid-19-en-tunisie-la-france-deploie-un-soutien-inedit-et-massif-20210723

Il aura fallu l’intervention du président de la République pour prendre les choses en main et apporter en urgence les solutions nécessaires, grâce à ses liens d’amitié avec les dirigeants de nombreux pays frères et amis, dont la France au premier plan. La Tunisie a pu finalement se procurer des quantités substantielles de vaccin et parer au manque énorme d’oxygène. En un temps court, la tendance a pu heureusement être inversée et les Tunisiens sont actuellement appelés à se vacciner massivement après la mise immédiate à leur disposition de 7 millions de doses, qui devraient atteindre 12 millions d’ici à septembre. Rien qu’en la seule journée nationale de vaccination organisée le 8 août 2021 à l’initiative du président, plus d’un demi-million de Tunisiens ont pu être vaccinés, ce qui constitue une prouesse spectaculaire.

Si les Tunisiens commencent à être sensiblement rassurés quant à leur santé, la crise politique revêt, en revanche, un caractère permanent et structurel devant la dérive qu’a connue l’Assemblée des représentants du peuple sur des mois. Cette dérive constitue une source d’inquiétude majeure pour les Tunisiens, devenus témoins de scènes de violence verbale et physique inacceptables au sein même de l’hémicycle. Le Parlement a connu un blocage inédit et devient incapable d’assurer son rôle premier de légiférer à un moment où les Tunisiens ont plus que jamais besoin d’institutions pleinement fonctionnelles à la hauteur de l’ampleur des défis. Une profonde crise de confiance s’est instaurée entre gouvernants et gouvernés. Craignant pour le parcours démocratique qu’ils ont eux-mêmes tracé, les Tunisiens ont multiplié, au cours des derniers mois, les appels insistants à leur président, en sa qualité de garant de la continuité de l’État et des institutions, pour faire usage de ses prérogatives constitutionnelles et mettre fin à cette situation très préoccupante.

La préservation de l’expérience démocratique reste une priorité indiscutable, d’où la nécessité absolue de proclamer l’état d’exception, devenu un choix inévitable. Les mesures du 25 juillet ont été prises dans le respect de la Constitution qui donne ce pouvoir au président de la République lorsque la sécurité des Tunisiens ou le bon fonctionnement des institutions sont en péril. À l’exact opposé d’un « coup de force », comme dénoncé par quelques-uns, cette réaction salutaire et parfaitement légitime était largement attendue par les Tunisiens, qui y voient une forme de délivrance et de soulagement. Le peuple tunisien s’identifie et adhère largement à ces mesures perçues comme un redressement de trajectoire inévitable et salvateur. Il va sans dire que ce processus d’exception, qui vise principalement à corriger les erreurs commises, reste limité dans le temps. Il permettra de rectifier le tir pour un retour au fonctionnement normal des institutions de l’État et pour préserver les acquis de la jeune démocratie tunisienne.

Lire aussi : Pierre Vermeren : « La Tunisie, maison témoin de la démocratie au Maghreb, peut-elle basculer ? » : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/la-tunisie-maison-temoin-de-la-democratie-au-maghreb-peut-elle-basculer-20210729

Comme la Tunisie se distingue par ses traditions de dialogue, le président Kaïs Saïed n’a pas dérogé à cette règle, qui avait d’ailleurs valu à la Tunisie le symbolique prix Nobel de la paix, obtenu en 2014 par le Quartet du dialogue national aux termes d’une grave crise politique. La Tunisie n’est pas donc à sa première mise à l’épreuve, et l’annonce des mesures du 25 juillet s’accompagne d’un large processus de concertation, mené sans précipitation et dans une logique participative. L’expérience tunisienne continuera inlassablement sa marche singulière dans le but de répondre aux aspirations de son peuple et pour représenter, plus largement, une terre témoin du choix irréversible vers une démocratie éclairée et apaisée. Ainsi, la Tunisie fera toujours honneur à sa réputation et à son histoire.