Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > À contrecourant de ses voisins, la Belgique poursuit les expulsions de (...)

À contrecourant de ses voisins, la Belgique poursuit les expulsions de migrants afghans

samedi 14 août 2021, par siawi3

Source :https://www.marianne.net/monde/europe/a-contrecourant-de-ses-voisins-la-belgique-poursuit-les-expulsions-de-migrants-afghans?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210813&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

À contrecourant de ses voisins, la Belgique poursuit les expulsions de migrants afghans

Go zone

Par Robin Lemoine ,
correspondant à Bruxelles

Publié le 12/08/2021 à 20:00

À rebours des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la France, qui les ont gelées, la Belgique a décidé de poursuivre les expulsions vers l’Afghanistan de personnes en situation irrégulière, une position qui suscite l’incompréhension des associations, l’indifférence du gouvernement et les applaudissements de l’extrême droite flamande.

« Pour le moment, notre position ne bouge pas. » Cette phrase, depuis quelques jours, le cabinet du secrétaire d’État à l’Asile et l’Immigration, Sammy Mahdi, la répète en boucle. Alors que les talibans progressent en Afghanistan à mesure que les troupes américaines s’envolent, la Belgique reste braquée sur sa position. « Nous souhaitons que les expulsions de migrants n’ayant pas reçu de titre de séjour se poursuivent vers ce pays, déclare le porte-parole du cabinet. Et ce, malgré l’annonce récente des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la France de suspendre les éloignements vers l’Afghanistan en raison de la dégradation sécuritaire du pays. »

Pour se justifier, le porte-parole renvoie vers le Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA), l’équivalent de l’OFPRA français en Belgique. Celui-ci a pour rôle d’examiner au cas par cas les demandes d’asiles. Le commissaire général Dirk Van Den Bulck explique qu’« à ce stade nous jugeons que certaines personnes venant de territoires, encore sûrs pour le moment, peuvent être renvoyées. C’est par exemple le cas de migrants originaires de Kaboul. »

Quelques heures plus tôt, le gouvernement afghan reconnaissait que les talibans avaient pris la ville stratégique de Ghazni, à 150 kilomètres au sud-ouest de Kaboul. Selon les informations des services de renseignements américains, les insurgés pourraient même parvenir à isoler la capitale afghane Kaboul d’ici trente jours puis en prendre le contrôle d’ici 90 jours. « On ne peut pas juger sur ce qui se passera dans 30 ou 90 jours, déclare encore le commissaire général. Nous continuons d’évaluer la situation au jour le jour. »

Au gouvernement, silence radio

« Honnêtement, je ne comprends pas la position de Sammy Mahdi, regrette Jean-Louis De Brouwer, directeur du programme « Affaires européennes » de l’Institut Egmont pour les relations internationales. Selon moi, c’est d’abord et surtout une méconnaissance grave de ce que doit être une politique de rapatriement. Elle doit permettre un retour dans de bonnes conditions pour que la personne puisse continuer à vivre paisiblement dans son pays. Sur ce cas précis, on ne peut pas dire que les conditions soient franchement réunies. D’autant plus que la Commission européenne et les ambassadeurs de l’Union européenne en Afghanistan demandent une suspension temporaire des expulsions. »

Même remarque faite par de nombreuses associations dont Ciré, la Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers. Sa directrice générale, Sotieta Ngo, déclare au journal Le Soir : « J’entends que Sammy Mahdi évalue la situation. Or, il ne s’agit pas du futur, mais du présent. Comment peut-on accepter de renvoyer des gens en Afghanistan dans ces conditions ? » Du côté des autres membres du gouvernement, pour le moment, c’est silence radio. Pour le moment, seuls les partis Écolo et le Parti socialiste se sont positionnés en faveur d’un gel des expulsions.

L’extrême droite flamande applaudit

Dans le nord du pays, en Flandre, les deux partis majoritaires d’extrême droite, le Vlaams Belang et la NV-A, se réjouissent de la décision de Sammy Mahdi… mais s’inquiètent des possibles répercussions que ce conflit afghan pourrait avoir sur la Belgique. L’ offensive des talibans pourrait bien créer des centaines de milliers de réfugiés, notamment en Belgique, où l’Afghanistan est la première nationalité d’origine des demandeurs d’asile.

Pour le moment, selon le Haut-commissariat pour les réfugiés, 360 000 Afghans ont été contraints de se déplacer depuis le début de l’année, sans avoir encore quitté massivement leur pays. Pour les deux partis d’extrême droite, pas question d’en faire davantage. « Ouvrir grand nos portes aux demandeurs d’asile afghans n’est pas une option : nous avons déjà fait plus que notre part », martèle Dries Van Langenhove, député flamand du Vlaams Belang.

Pour eux comme pour Sammy Mahdi, l’Union européenne (UE) devra ouvrir de nouvelles négociations avec les pays voisins de l’Afghanistan, comme l’Iran, le Pakistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan ou encore la Chine. L’objectif ? Accueillir davantage de réfugiés et éviter qu’ils ne viennent en Europe. Pour faire bondir une fois de plus les ONG, Sammy Madhi a même suggéré d’étendre aux Afghans l’accord entre la Turquie et l’UE, qui s’applique aux réfugiés présents sur le sol turc. Très mauvaise idée, explique au MondeCatherine Woollard, directrice du Conseil européen sur les réfugiés et exilés, pour qui « avec de tels accords, on renforce la dépendance de l’Union européenne à la Turquie et on donne des leviers à Recep Tayyip Erdogan ».

À LIRE AUSSI  : La France a suspendu dès juillet les expulsions de migrants vers l’Afghanistan