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Immigration : « Il n’est pas certain que les élites afghanes choisissent la France »

mardi 17 août 2021, par siawi3

Source :https://www.marianne.net/societe/didier-leschi-il-nest-pas-certain-que-les-elites-afghanes-choisissent-la-france?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210817&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Immigration : « Il n’est pas certain que les élites afghanes choisissent la France »

Entretien avec Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii).

Par Hadrien Brachet

Publié le 17/08/2021 à 6:00

Les prises de position de personnalités politiques françaises sur les enjeux migratoires liés à la situation afghane ont fusé dès la chute de Kaboul, prise par les talibans ce 15 août. « Marianne » tente de prendre du recul avec Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii).

À peine Kaboul tombée aux mains des talibans, la classe politique française s’est divisée sur les enjeux migratoires de la crise afghane. Le Rassemblement national (RN) n’a pas attendu pour s’inquiéter de « nouvelles vagues d’immigration » pendant que de nombreuses personnalités de gauche plaidaient pour accorder l’asile aux Afghans menacés.

Devoir d’accueil, coordination européenne, possible comparaison avec la crise syrienne, etc. Marianne s’entretient avec Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), auteur chez Gallimard d’un tract intitulé Ce grand dérangement : l’immigration en face.

À peine Kaboul tombée, des responsables politiques français, notamment du côté du RN, se sont déjà lancés dans des alertes contre les flux migratoires à venir. N’est-il pas un peu tôt pour tirer des conclusions ? Et la priorité, dans l’immédiat, n’est-elle pas la protection des Afghans menacés ?

La situation est complexe, il est en réalité difficile d’évaluer quel sera l’impact de ce qui vient de se passer. On a du mal à mesurer quelle est la part de la population qui soutient les talibans.

Indépendamment de ce qui vient de se passer en Afghanistan, la France est un des pays qui traite le mieux la demande d’asile afghane. Elle reçoit notamment les demandes d’Afghans déboutés d’autres pays d’Europe. Cela pose l’enjeu d’une juste répartition de l’accueil en Europe qui suppose qu’il y ait une convergence dans les taux de protection. Et il ne faut pas réfléchir seulement à ceux qui sont susceptibles de venir mais aussi à comment doivent être traités ceux qui ont été déboutés.

Précisément, le ministère de l’Intérieur a indiqué que la France avait suspendu dès début juillet l’expulsion de déboutés du droit d’asile vers l’Afghanistan. La situation inquiétante doit-elle pousser la France à revoir sa façon d’examiner les demandes d’asile des Afghans pour mieux protéger les personnalités menacées par les talibans ?

Un certain nombre de pays ont annoncé la suspension des retours forcés. La particularité de la France est qu’elle faisait surtout des retours volontaires. La question qui se pose est de savoir si la nouvelle situation va conduire à un arrêt total des retours volontaires ou s’il y aura des personnes qui voudront tout de même retourner en Afghanistan, comme nous avons des personnes qui souhaitent retourner en Syrie ou en Irak.

« À mon sens, la situation n’est pas comparable avec la crise migratoire de 2015 car la guerre civile en Syrie a éclaté d’un coup. »

Puis, on peut se demander si du fait de ces évènements, l’immigration afghane en France va évoluer. La caractéristique de la demande afghane en France ces dernières années est qu’elle ne compte quasiment pas de femmes. Avec la situation actuelle, va-t-il y avoir une donnée nouvelle ? De plus, les Afghans qui sont venus n’étaient pas en général les mieux formés, beaucoup n’écrivent et ne lisent pas leur langue. Il faut voir vers quel pays veulent s’orienter les classes moyennes et supérieures, par exemple les femmes formées et qui en général parlent anglais. Ainsi, une immigration de nature plus idéologique, et un peu moins économique, composée d’une élite sociale opposée aux talibans va-t-elle plus se développer en France ou va-t-elle plutôt espérer aller vers des pays anglophones ?

De par ses valeurs, son positionnement contre l’islamisme et son engagement passé en Afghanistan, la France n’a-t-elle pas un devoir moral d’accueil ?

Il y a naturellement un devoir moral mais il faut tenir compte du souhait des gens. C’est du reste en fonction de ce souhait que peu de Syriens en 2015 se sont tournés vers la France. Il n’est pas sûr que les personnalités les plus formées estiment que ce soit dans notre pays qu’il y a le plus de possibilités de s’insérer. La langue constitue une réelle difficulté pour l’insertion. Or, les élites afghanes sont très souvent anglophones. Il n’est pas certain qu’elles choisissent la France mais plutôt des pays où l’anglais est facilement une langue de travail.

Malgré cela, l’Europe pourrait-elle faire face à une situation semblable à celle de 2015 avec la crise syrienne ?

À mon sens, ce n’est pas comparable car la guerre civile en Syrie a éclaté d’un coup. La guerre en Afghanistan dure depuis plusieurs décennies et il y a déjà des diasporas au Pakistan, en Iran en Turquie présentes depuis longtemps. Encore une fois se pose plutôt la question de quelle attitude vont adopter ceux qui ont le plus à perdre, notamment les classes moyennes et supérieures, les femmes qui ont bénéficié des programmes d’éducation et qui sont médecins magistrats, journalistes etc.

Vers quel pays vont-elles se tourner ? Mon sentiment est que, de la même manière que les élites sociales syriennes se sont tournées vers les pays qui leur paraissaient les plus favorables d’un point de vue de leur insertion socio-économique, nous aurons sans doute le même phénomène. La difficulté pour la France est de ne pas se retrouver dans la situation d’être le pays où ne se rendraient que ceux qui n’ont pu aller ailleurs du fait de leur faible qualification. Aujourd’hui, 90 % de nos demandeurs d’asile afghans sont de jeunes hommes très majoritairement peu qualifiés. Les qualifiés ne nous ont pas choisis.