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Afghanistan : textes (2)

Comment ne pas s’en laver les mains

mercredi 18 août 2021, par siawi3

Source : https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/18/afghanistan-autres-textes-2/

Afghanistan : textes (2)

Publié le 18 août 2021

Sommaire :

Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions

Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies

Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher une catastrophe humanitaire

Abdulkader Sinno : L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul

En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans

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Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions

Les propos d’Emmanuel Macron appelant à « anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » après la chute de Kaboul entre les mains des Talibans sont indignes de la tradition française de l’accueil et de l’asile.

Indigne comme l’abandon des Afghanes et Afghans qui ont servi comme personnel civil de l’armée française de 2001 à 2014, accueillis au compte-gouttes par la France malgré les déclarations et promesses de François Hollande et d’Emmanuel Macron et à qui la France refusait encore il y a quelques semaines la délivrance de visas malgré leurs cris d’alerte. Indigne comme les atermoiements pendant des années pour accorder des visas aux milliers de membres de familles des Afghanes et Afghans à qui la France a accordé la protection. Indigne comme le harcèlement par la police dont sont victimes les exilé·es afghan·es dans les rues de nos villes. Indigne comme les campements de la honte régulièrement détruits par les forces de l’ordre. Indigne comme les renvois forcés de plus de 6 000 Afghans par la France entre 2004 et 2020.

Angela Merkel a annoncé le rapatriement de 10 000 Afghanes et Afghans, ne se limitant pas au personnel ayant travaillé pour les autorités allemandes en Afghanistan. Le Royaume-Uni a annoncé qu’il n’exigerait pas de passeport pour permettre aux demandeurs d’asile afghans de rejoindre le sol britannique. Deux avions militaires sont la seule mesure annoncée par la France. L’insuffisance des moyens que le gouvernement français entend déployer est insupportable, tout comme l’annonce de la fermeture des frontières européennes aux exilé·es afghan·es et la sous-traitance de l’asile aux pays limitrophes.

Nous, juristes, défenseurs des droits fondamentaux et des libertés, membres de la société civile, rappelons l’obligation du respect absolu et inconditionnel de la Convention de Genève sur l’asile et des textes de l’Union européenne de protection des populations persécutées. Le personnel civil ayant travaillé pour les autorités françaises et les magistrat·es et avocat·es afghan·es ne sont pas les seul·es que le France doit rapatrier. Contrairement à ce qui a été jugé il y a quelques mois par la Cour nationale du droit d’asile, il y a pour chaque Afghan ou Afghane un risque réel de menace grave contre sa vie et sa personne : il est impératif et urgent de renoncer aux décisions indignes aboutissant à l’expulsion de milliers d’Afghans.

Nous exigeons l’ouverture de voies légales afin que tou·tes les Afghanes et Afghans persécuté·es qui le sollicitent, ainsi que les familles de ceux qui sont déjà bénéficiaires de la protection internationale accordée par la France, puissent rejoindre rapidement le sol français directement depuis Kaboul. Nous exigeons l’arrêt des procédures issues du règlement Dublin, le retrait de toute mesure d’éloignement à l’encontre de demandeurs d’asile afghans et l’accord accéléré de la protection qu’ils doivent recevoir en France afin de leur permettre d’accéder à l’emploi et à un hébergement dignes. Le gouvernement d’Emmanuel Macron doit cesser de s’engager dans des politiques et discours empruntés à l’extrême droite. Sixième puissance économique mondiale, la France a les moyens d’accueillir les exilé·es d’Afghanistan. Surtout, nous en avons le devoir historique !

Paris, le 17 août 2021

Organisations signataires :

ADDE (Avocats pour la défense des étrangers)

la Cimade

Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré⋅es)

LDH (Ligue des droits de l’Homme)

SaF (Syndicat des avocats de France)

Syndicat de la Magistrature

https://blogs.mediapart.fr/la-cimade/blog/170821/pour-louverture-de-voies-legales-d-acces-pour-la-protection-des-afghan-e-s

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Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies

Alors que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, des milliers de personnes tentent de fuir le pays. Face à cette tragédie, la France doit apporter des réponses urgentes et dignes de ses engagements internationaux en protégeant la population civile.

Le bilan des années au pouvoir des talibans en Afghanistan est connu et désastreux. Malgré les déclarations récentes de leurs chefs, on ne peut que craindre le pire pour les populations civiles, c’est-à-dire des violations très graves et systématiques des droits humains, notamment des châtiments cruels, inhumains et dégradants liés à l’application de la charia, et une épuration brutale de tous ceux et de toutes celles soupçonnés de ne pas adhérer à leur idéologie.

Il y a donc urgence absolue. Au-delà du plan d’évacuation des ressortissants français, nous attendons du président Macron qu’il annonce que la France et l’Europe vont tenter de sauver le plus de vies possible parmi toutes les personnes aujourd’hui directement menacées  : toutes celles qui seront immanquablement soupçonnées d’avoir « collaboré » avec l’Occident, comme les interprètes, mais aussi des défenseurs des droits humains, des journalistes, des universitaires, des femmes qui ont pris des responsabilités, des personnels du monde de la culture et des personnes LGBTI+. Il faut mettre en place un plan d’évacuation immédiat à la hauteur de la situation actuelle, dramatique et urgente pour ces personnes.

Nous saluons la décision de la France d’avoir cessé de renvoyer des ressortissants afghans dans leur pays depuis plusieurs semaines. Mais nous demandons aujourd’hui au président Macron et au gouvernement français de mettre en œuvre une politique d’accueil adaptée à la gravité de la situation, avec l’octroi de visas humanitaires, l’admission temporaire des demandeurs et demandeuses d’asile afghans et un réexamen des demandes précédemment rejetées. Les États doivent accélérer la réinstallation des Afghans en attente d’un asile sûr et durable. D’autres pays européens comme la Belgique, le Danemark ou l’Autriche continuaient à renvoyer des Afghans vers leur pays ces derniers jours, malgré l’aggravation rapide de la situation. La France doit peser de tout son poids pour qu’une position claire et commune à tous les États de l’Union européenne soit adoptée. Cette position doit inclure l’instauration d’un moratoire sur les renvois vers l’Afghanistan et vers des pays tiers comme la Turquie qui risqueraient de poursuivre ces renvois.

Plus que jamais, la politique d’accueil de la France et de l’Europe doit être digne de leurs engagements en matière de droits humains.

https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/afghanistan-la-france-doit-agir-rapidement-pour-sauver-des-vies ?

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Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher une catastrophe humanitaire

Paris – Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit aujourd’hui afin de discuter de la situation en Afghanistan, la FIDH exhorte la communauté internationale à veiller à ce que le gouvernement afghan de facto garantisse la protection des civils, dont les défenseur·es des droits humains, le respect des droits humains, y compris ceux des femmes et des enfants, et la définition d’un calendrier précis établissant des élections libres, équitables, ouvertes à tous et participatives qui reflètent la volonté du peuple afghan.

La communauté internationale est tenue de veiller à ce que les droits de tous les Afghans soient protégés, surtout ceux des plus vulnérables. Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies doivent veiller à ce que des mesures concrètes soient adoptées et mises en œuvre en vue de protéger la population civile et doivent apporter leur aide aux défenseur·es des droits humains – en défendant notamment le droit fondamental des Afghans au droit d’asile et au droit à ne pas être renvoyé dans leur pays – et enfin doivent financer les efforts déployés en matière d’aide humanitaire.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doit convoquer de toute urgence une session spéciale et adopter une résolution appelant à la protection des civils – notamment des défenseur·es des droits humains, des journalistes et des membres de la société civile – et au respect des droits humains en vertu des traités internationaux auxquels l’Afghanistan est partie.

La communauté internationale est également invitée à faire pression sur le gouvernement afghan de facto afin qu’il soutienne sans réserve l’enquête en cours menée par la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes de guerres et crimes contre l’humanité qui auraient été commis. Parallèlement, la sécurité des rescapés, des témoins, des défenseur·es des droits humains, et des membres de la société civile qui ont contribué aux efforts d’enquête et de sensibilisation de la CPI doit être garantie. Il est également essentiel de recueillir des éléments de preuve matériels et numériques de ces crimes et de les transmettre au Bureau du procureur de la CPI sans délai.

Contexte

La courte période pendant laquelle les Talibans sont restés au pouvoir de 1996 à 2001 était entachée de violations graves des droits humains, notamment envers les droits des femmes et des enfants. Outre la promulgation et l’application de décrets qui restreignent sérieusement presque tous les aspects de la vie des femmes, notamment leur liberté de mouvement, leur droit à l’éducation et leur droit au travail, les Talibans menacent et attaquent de longue date les membres de la société civile, dont ceux qui œuvrent pour la défense des droits humains, l’éducation et la démocratie, le milieu des médias, de l’université, et les membres de minorités ethniques, en particulier les Hazaras.

Au cours de ces dernières semaines, des informations concernant les violations des droits humains ont commencé à émerger dans les régions contrôlées par les Talibans, notamment des attaques contre les défenseur·es des droits humains et les journalistes, la fermeture des écoles, et des représailles à l’encontre des civils ayant travaillé pour le gouvernement afghan ou des gouvernement étrangers. L’offensive des Talibans ces derniers mois a également engendré une augmentation considérable des déplacements internes de population – près de 244 000 personnes depuis mai. [1]

Le Bureau du procureur de la CPI enquête sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui auraient été commis en Afghanistan depuis 2003. De nombreux Afghans ont contribué à rendre compte de ces crimes commis par l’ensemble des parties dans ce conflit, y compris par les forces du gouvernement, les Talibans, d’autres groupes armés et les forces dirigées par les États-Unis.

[1] UNHCR, Escalade des violences en Afghanistan : des réfugiés afghans arrivent en Iran, août 9, 2021 ;
https://www.unhcr.org/fr/news/press/2021/8/611256c2a/escalade-violences-afghanistan-refugies-afghans-arrivent-iran.html

https://www.fidh.org/fr/regions/asie/afghanistan/afghanistan-la-communite-internationale-doit-empecher-une-catastrophe

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L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul

Les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan fin 2001 dans le but de détruire Al-Qaida et les talibans qui les accueillaient et, soi-disant, pour établir un Etat afghan démocratique et aider les femmes et les enfants afghans.

Vingt ans plus tard, les Etats-Unis et leur coalition d’une quarantaine d’alliés ont fermé leurs bases et retiré, à quelques exceptions près, leurs dernières troupes. Les talibans ont repris la majeure partie du pays, y compris sa capitale, Kaboul.

Plus de 5000 soldats des Etats-Unis et prestataires privés ont été tués pendant cette période. Quelque 1200 autres soldats de la coalition sont également morts. Al-Qaida n’est pas vaincu ; elle est toujours en Afghanistan et compte globalement beaucoup plus de membres et opère dans beaucoup plus de territoires dans le monde qu’en 2001. Une lecture attentive de l’accord de paix de février 2020 entre l’administration Trump et les talibans, un accord auquel l’administration Biden semble adhérer, révèle que les talibans n’ont fait presque aucune concession en échange du retrait des Etats-Unis.

En tant que chercheur de longue date sur les conflits en Afghanistan, j’ai observé comment la vie et les conditions de vie des Afghans ont été affectées par l’occupation occidentale ratée de leur pays pendant 20 ans.

L’Etat que les Etats-Unis ont laissé derrière eux

Lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan à la fin de 2001, les talibans étaient sur le point de contrôler la majeure partie du pays, qui comptait alors 21 millions d’habitants. Leur régime était brutal, mais il est parvenu à mettre un frein à l’extrême anarchie et à stabiliser un pays qui, à l’époque, avait enduré 22 ans de guerre atroce contre l’occupant soviétique et entre factions afghanes rivales.

Jusqu’à sa disparition à la mi-août 2021, le gouvernement afghan de Kaboul était faible, corrompu, divisé et vulnérable. Il a tenté de régner sur une population de 38 millions d’habitants avec des institutions étatiques parmi les plus corrompues de la planète. Le régime mis en place par les Etats-Unis et leurs alliés était si dysfonctionnel que les tribunaux afghans étaient connus pour juger en faveur de la partie qui payait le plus. Les forces de police extorquaient régulièrement des civils appauvris et les fonctionnaires faisaient peu de choses sans pot-de-vin. De nombreux représentants de l’Etat étaient également des seigneurs de guerre prédateurs qui recrutaient leurs partisans dans la fonction publique dans l’espoir qu’ils s’enrichissent grâce aux pots-de-vin.

Des factions politiques afghanes soutenues par des étrangers, comme le groupe Hazara Fatemiyoun organisé par l’Iran, avaient infiltré tous les niveaux du gouvernement. Et dans une tentative désespérée de limiter les gains des talibans, le gouvernement afghan a commencé à payer directement les seigneurs de guerre indépendants pour obtenir leur soutien, même si beaucoup d’entre eux étaient impliqués dans le trafic de drogue et maltraitaient des civils.

Les conditions de vie des Afghans

Au moins 100 000 civils afghans ont été tués ou blessés dans le conflit entre la coalition dirigée par les Etats-Unis et les Afghans qui résistaient à l’occupation de leur pays. Ce chiffre doit être considéré comme sous-estimé, car de nombreuses victimes afghanes ont été enterrées rapidement selon les coutumes islamiques, et aucun registre n’a été tenu. Un nombre probablement aussi important de combattants afghans ont également perdu la vie, et beaucoup d’autres ont été estropiés ou gravement blessés. L’espérance de vie en Afghanistan est aujourd’hui d’à peine 48 ans.

L’Afghanistan reste l’un des pays les plus pauvres du monde, avec 6 Afghans sur 10 vivant dans la pauvreté et un PIB par habitant de quelque 500 dollars par an, soit moins de 1% de celui des Etats-Unis. De nombreux biens ont été détruits et l’économie de guerre a plongé de nombreux Afghans dans une pauvreté encore plus grande, tout en enrichissant les barons de la drogue et les seigneurs de guerre liés au régime. L’abus d’opium et d’héroïne est monté en flèche en Afghanistan au cours des 20 années d’occupation, des millions d’Afghans se tournant vers la drogue pour échapper à leur dure réalité.

On compte 2,5 millions de réfugiés afghans enregistrés au Pakistan, en Iran et ailleurs. Trois millions d’autres Afghans sont déplacés à l’intérieur du pays. Ces chiffres risquent fort de monter en flèche à la suite des victoires spectaculaires des talibans à la mi-août 2021.

De nombreux Afghans déplacés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Afghanistan, ne disposent pas des biens de base nécessaires à une survie minimale et sont vulnérables aux maladies et à l’exploitation. Parmi tous les réfugiés dans le monde, seuls ceux de Palestine et de Syrie sont plus nombreux que ceux d’Afghanistan, et les Afghans font partie des plus grands groupes de nationalités qui cherchent refuge en Europe [1].

Les Pachtounes ruraux, le groupe ethnique qui fournit aux talibans la majeure partie de ses troupes, ont été parmi ceux qui ont le plus souffert pendant la guerre, car la plupart des combats ont eu lieu dans leurs régions.

Certains Pachtounes urbains et membres de minorités, en particulier le groupe ethnique Hazara, historiquement défavorisé, ont profité des opportunités économiques et éducatives offertes par les agences d’aide occidentales et ont travaillé pour des armées et des organisations étrangères. Ces bénéficiaires de la présence étrangère font désormais partie des personnes les plus vulnérables en Afghanistan, car les talibans peuvent les considérer comme des traîtres.

Des dizaines de milliers d’Afghans ayant travaillé pour l’armée américaine, par exemple, plaident auprès de Washington pour être autorisés à venir aux Etats-Unis avec leur famille. L’administration Biden en a admis certains, mais beaucoup d’autres attendent toujours d’être admis aux Etats-Unis.

La situation des femmes et des enfants en Afghanistan ne s’est guère améliorée. Le taux de mortalité maternelle, avec 1,6 femme mourant pour 100 naissances, n’a pratiquement pas bougé depuis le règne des talibans à la fin des années 1990. En outre, davantage de femmes ont rejoint la population active et davantage d’enfants, en particulier les filles, ont eu accès à l’enseignement primaire au cours des 20 dernières années. Pourtant, seul un enfant afghan sur dix termine ses études secondaires.

Dans de nombreuses zones rurales, la situation des femmes et des filles a empiré : non seulement elles n’ont pas reçu une aide ou une éducation de qualité, mais elles ont dû faire face à l’extrême pauvreté, aux menaces de violence et à l’insécurité de la guerre.

Que réserve l’avenir ?

L’occupation américaine a fait vivre aux Afghans 20 années supplémentaires de guerre et de souffrance. Ironiquement, les Etats-Unis laissent l’Afghanistan dans un état très similaire à celui dans lequel il était lorsqu’ils l’ont envahi.

Les talibans ont repris le contrôle d’une grande partie de l’Afghanistan, y compris de Kaboul. Leur ancienne opposition, les milices et les seigneurs de guerre de l’Alliance du Nord, aujourd’hui disparue, sont plus faibles qu’en 2001, juste avant l’invasion des Etats-Unis.

Certains membres de groupes minoritaires, notamment les Hazara et ceux qui ont coopéré avec l’occupation étrangère, risquent de souffrir. Les Afghans vivant en milieu urbain devront également faire face aux sévères restrictions sociales imposées par les talibans, qui touchent particulièrement les femmes et les filles. La migration hors d’Afghanistan augmentera, les citadins et les minorités fuyant pour sauver leur vie. Les talibans sont susceptibles d’imposer leur stricte application de leur loi et d’établir des tribunaux qui ne sont pas dirigés par des fonctionnaires corrompus, ce qui devrait dissuader la criminalité.

Pour l’instant, les talibans ont exprimé le souhait d’accorder une amnistie aux fonctionnaires, aux soldats et aux autres travailleurs [2]. Si cela se produit, et si cela est maintenu, il est probable que cela renforcera le soutien aux talibans au sein de la population.

Si les Etats-Unis, comme ils le font souvent par réflexe face à leurs adversaires dans le système international, choisissent d’imposer des sanctions sévères à l’Afghanistan, comme ces derniers et l’ONU l’ont fait dans les années 1990, cela contribuera à accroître encore les souffrances.

Il est également possible que la résistance au régime taliban se développe au cours des prochains mois et des prochaines années dans le nord et le centre du pays. Si la guerre civile reprend, je pense que les Afghans connaîtront encore plus d’exploitation, de pauvreté déchirante, de mort et de souffrance.

Abdulkader Sinno

Abdulkader Sinno est enseignant en sciences politiques et études du Moyen-Orient à l’Université de l’Indiana

Article publié sur le site The Conversation, le 16 août 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

[1] Suite à l’intervention d’Emmanuel Macron le 16 août au soir – qui annonçait « une initiative européenne » pour le « protéger » contre des flux migratoires « irréguliers » en provenance d’Afghanistan –, François Gemenne, enseignant à Sciences Po Paris et directeur de l’observatoire Hugo à l’Université de Liège en Belgique, déclarait sur France Info : « L’idée que notre première préoccupation au regard de la situation terrible dans ce pays soit de nous « protéger », nous, contre des flux qu’il estime « irréguliers » alors que ce sont des gens qui vont chercher à sauver leur vie, me paraît complètement indigne, en dessous de tout et complètement irrespectueuse des principes élémentaires du droit international et humanitaire. Les membres de l’extrême droite, le Rassemblement national estimaient depuis ce matin sur les réseaux sociaux qu’il fallait nous protéger contre ce qu’ils appelaient un « tsunami migratoire », et voilà que le soir même le président de la République reprend leurs mots à son compte. C’est particulièrement choquant. » (Réd. A l’Encontre)

[2] Selon le site Al Jazeera – chaîne bien en vue à Kaboul car le Qatar est l’hôte des dites négociations et ses liens avec les Frères musulmans ne la rendent pas trop « étrangère » pour les talibans –, « à l’amnistie » promise, des dirigeants talibans auraient « exhorté les femmes à rejoindre le gouvernement », précisant qu’il se trouverait sous « une direction entièrement islamique » . Dans ces initiatives de communication, les talibans proclament leur « ouverture » envers des minorités ethniques. La chaîne Al Jazeera précise le 17 août : « les talibans ont déclaré que la guerre en Afghanistan était terminée et un haut dirigeant a déclaré que la force talibane attendrait le départ des forces étrangères avant de créer une nouvelle structure de gouvernance ». (Réd. A l’Encontre)

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/lafghanistan-apres-vingt-ans-doccupation-sous-la-houlette-des-etats-unis-et-suite-a-la-presence-des-talibans-a-kaboul.html

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En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans

https://information.tv5monde.com/terriennes/en-afghanistan-la-detresse-des-femmes-premieres-cibles-des-talibans-420837 ?