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En Afghanistan, les talibans travaillent leur com’ : quatre promesses passées au crible

mercredi 18 août 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/asie/en-afghanistan-les-talibans-travaillent-leur-com-quatre-promesses-passees-au-crible?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210818&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

En Afghanistan, les talibans travaillent leur com’ : quatre promesses passées au crible

Poudre aux yeux
Par Jean-Loup Adenor et Vincent Geny

Publié le 18/08/2021 à 6:00

Nouvelle ère, nouvelle com’ ? Après leur retour au pouvoir en Afghanistan, les talibans cherchent à se donner une image plus consensuelle à coups de vidéos ou de communiqués. Mais derrière l’affichage se cache un objectif clair : imposer un régime rigoriste sans s’aliéner l’opinion internationale.

Kaboul est tombée. Les Afghans qui n’ont pas réussi à quitter le pays s’apprêtent à connaître les mêmes heures sombres que lors de leur prise de pouvoir de 1996. Mais cette fois-ci, les talibans ont investi les réseaux sociaux pour diffuser les images de leur prise de pouvoir. L’objectif : donner un visage humain à la théocratie fondamentaliste qui s’apprête à s’étendre sur l’Afghanistan.

Qui s’attendait à voir, au moment de la prise de Kaboul et alors que des milliers d’Afghans cherchaient à fuir la ville, des talibans tout sourire, kalachnikov ou lance-roquette en bandoulière, faisant du sport ou conduisant des autotamponneuses ? Ce sont pourtant ces images qui ont été filmées par le journaliste de Reuters basé à Kaboul Hamid Shalizi et qui ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, donnant presque une image bon enfant aux rebelles islamistes.

Un régime moins rigoriste ?

Faut-il espérer, donc, une certaine libéralisation des mœurs, laissant davantage de place aux loisirs, au jeu, à la musique ? Les porte-paroles des talibans ont même fait savoir par communiqué qu’ils étaient « attachés aux droits des femmes dans le cadre des règles islamiques ». Le port de la burqa, un voile intégral, ne serait même pas obligatoire pour les femmes car « il existe différents types de voile », a annoncé mardi Suhail Shaheen, porte-parole du bureau politique du groupe à Doha, à la chaîne britannique Sky News.

« La peur est là », témoignait pourtant mardi 17 août à l’AFP le gérant d’une épicerie préférant rester anonyme. Dans la capitale afghane, si la vie reprend lentement ses droits, les habitants restent méfiants et les femmes sont rares dans les rues. Déjà, tous semblent avoir modifié leurs habitudes en anticipant, au moins par précaution, un retour au même type de régime fondamentaliste que celui qu’ils ont connu sous les talibans de 1996 à 2001. Les Afghans se souviennent que jeux, musique, photographies et télévision étaient interdits lors. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

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Depuis lundi, la télévision d’État ne diffuse plus que des programmes islamiques, préenregistrés et Maulvi Ishaq Nizami a repris à sa tête les fonctions qu’il occupait vingt ans auparavant. Tolo TV, première chaîne privée du pays qui a connu un grand succès au cours des deux dernières décennies avec ses jeux télévisés, ses feuilletons et ses concours de jeunes talents, a cessé d’émettre ses programmes habituels, laissant place à des rediffusions d’une série turque sur l’Empire ottoman.

D’ailleurs, les Talibans répètent que les filles pourront aller à l’école mais « suivant les préceptes de la charia et en respectant les traditions afghanes ». Concrètement, elles seront reléguées à la maison au sortir de l’enfance. Victoria Fontan, rectrice de l’Université américaine d’Afghanistan et spécialisée dans l’éducation dans des pays en crise, se confiait à Ouest-France, le 16 août. Selon elle, « des centaines d’écoles ferment dans les zones administrées par les talibans. Un grand changement se profile, ils vont s’orienter vers des écoles coraniques. (...) Les talibans n’ont pas changé de visage. Ils sont encore plus féroces. »

Afghanistan : terre d’accueil pour les étrangers ?

Ils l’assurent : les ressortissants étrangers, qu’ils soient diplomates ou ONG, ont toute latitude pour vivre en Afghanistan. C’est même Zabihullah Mujahid, porte-parole de l’émirat islamique d’Afghanistan, qui l’annonce sur Twitter. Les talibans seraient-ils entrés de plain-pied dans la modernité en se montrant accueillants envers les étrangers ?

En réalité, et contre toute attente, ces promesses sont peut-être les plus crédibles, tant les talibans sont en quête de reconnaissance et de respectabilité. À cette fin, la meilleure stratégie à adopter est encore de protéger les délégations étrangères qui ne sont pas en danger. À ce jour, la Russie et la Chine ont déjà choisi de faire le jeu des vainqueurs du conflit en maintenant leurs délégations sur place. Reste à savoir ce qu’il adviendra dans les prochaines semaines.

Les fonctionnaires de l’ancien régime protégés ?

Ce mardi 17 août, les talibans ont demandé aux fonctionnaires d’État de retourner au travail. Pour les rassurer, ils ont publié un communiqué annonçant qu’« une amnistie générale a été déclarée pour tous (...), donc vous devriez reprendre vos habitudes de vie en pleine confiance ». Problème : les travailleurs ont des raisons d’être terrorisés. Selon un rapport de l’Afghanistan Independent Human Rights Commission « après avoir pris le district de Spin Boldak [sud-est du pays ; N.D.L.R.], les talibans ont recherché et identifié les responsables gouvernementaux passés et présents, et ont tué ces gens n’ayant aucun rôle combattant ». On dénombre une quarantaine de victimes.

À présent que la guerre civile touche à sa fin, les talibans, comme toute nouvelle administration qui vient de prendre le pouvoir par la force, ont besoin de remettre l’État en marche et donc, son administration. Une bonne raison d’épargner une majorité de fonctionnaires qui n’auront d’autre choix que de se soumettre au régime.

Un gouvernement inclusif ?

Auprès de la BBC, Suhail Shaheen, un autre porte-parole, affirmait la création d’« un gouvernement islamique inclusif, ce qui signifie que l’ensemble des Afghans seront représentés dans ce gouvernement ». « Nous voulons ouvrir un nouveau chapitre de paix, de tolérance, avec une coexistence pacifique et une unité nationale pour le pays et le peuple afghan ». Un vœu pieux accueilli avec scepticisme par les observateurs.

« Les dirigeants des différentes ethnies sont prêts à négocier avec les talibans » explique à Marianne Karim Pakzad, chercheur à l’Iris. « D’ailleurs, contrairement à ce qui se faisait par le passé, nous n’avons pas vu d’exactions envers les minorités. Encore aujourd’hui, une femme interviewait un chef Taliban à Kaboul » poursuit ce spécialiste de l’Afghanistan. Une communication politique qui répond à un objectif : « Aujourd’hui, les talibans veulent gouverner et pour cela, ils ont un besoin de reconnaissance. » Une stratégie qui ne se fait pas « sans concessions ».