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Des “amis” qui n’en sont pas

Wednesday 5 October 2011, by siawi3

Source : Centre Communautaire laïc juif - CCLJ

par Nicolas Zomersztajn

publié le 03/10/2011

Pour contrer la demande d’adhésion de la Palestine àl’ONU, le gouvernement israélien a décidé de mener une campagne de propagande musclée pour convaincre les communautés juives de diaspora que cette initiative constitue une menace existentielle pour Israël.

Dans le monde juif, certains ont accueilli le message des autorités israéliennes comme un discours de Churchill les exhortant àse battre sur terre, sur mer et dans les airs. Des responsables communautaires, des blogueurs et des hyperactifs des forums internet se font les champions de la cause d’Israël en s’assignant une mission vitale : démasquer et discréditer les voix juives discordantes. La rhétorique qu’ils utilisent est tellement catastrophiste que les Juifs favorables àl’initiative de Mahmoud Abbas ne peuvent qu’être considérés comme des ennemis d’Israël. Certains comparent la demande palestinienne à« une volonté de destruction d’Israël », d’autres évoquent « les risques mortels » qu’on ferait courir àIsraël en soutenant cette demande qu’ils assimilent à« une tentative de pogrom diplomatique ». Des expressions aussi outrancières avaient été prononcées il y a quelques mois contre J Call, un appel de Juifs européens soutenu par le CCLJ et dénonçant l’impasse dans laquelle s’est engagé le gouvernement israélien depuis plusieurs années : « J Call alimente la menace d’un politicide ». Ou encore, « J Call pointe une arme de destruction massive sur les dirigeants israéliens ». En dehors du peloton d’exécution, on voit mal quel est le sort que ces soutiens inconditionnels d’Israël réservent àun Juif ayant àla fois signé l’appel de J Callet soutenu l’admission de la Palestine àl’ONU.

Ce qui est encore plus grave dans cet acharnement, c’est l’aveuglement et l’incohérence de ces champions de la défense d’Israël. Aujourd’hui, nombre d’entre eux se réjouissent du soutien que les protestants fondamentalistes américains apportent àIsraël. Ces derniers croient fermement que le rassemblement des Juifs en Terre sainte est l’étape préalable au retour du Christ. Cet appui àIsraël, aussi curieux qu’inattendu, s’explique par la lecture littéraliste qu’ils font de la Bible dans une perspective messianique et apocalyptique. Les événements historiques sont àlire suivant un scénario qui mène nécessairement àla fin des temps et au retour de Jésus sur terre. Ne négligeons pas un détail important : la rédemption finale se fera une fois les Juifs convertis au christianisme !

Ces fondamentalistes chrétiens pourraient nous faire sourire s’ils ne donnaient pas un contenu politique inquiétant àleur délire apocalyptique. Ce rassemblement des Juifs doit intervenir sur l’ensemble de la Palestine historique, c’est-à-dire Israël, la Cisjordanie et Gaza. Cela explique pourquoi ils défendent avec tant de fougue l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Et comme les colons israéliens, ils s’opposent àla création d’un Etat palestinien.

Si le soutien àIsraël passe par des alliances avec des fondamentalistes illuminés, créationnistes, homophobes et souvent racistes, comme le révérend Hagee, président des Chrétiens unis pour Israël, et par des attaques infondées contre les milieux juifs favorables àla création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, on peut s’interroger sérieusement sur l’évolution politique au sein du monde juif.

Avant de se prononcer catégoriquement contre l’adhésion de la Palestine àl’ONU, il n’est pas inutile de se plonger un instant dans l’histoire d’Israël. Le 14 mai 1948, Ben Gourion n’a sollicité l’opinion d’aucune puissance pour proclamer la création de l’Etat d’Israël. Il est passé outre les réserves émises par certains pays amis, parmi lesquels figuraient les Etats-Unis ! A aucun moment, l’idée d’aller demander préalablement la reconnaissance de l’Etat d’Israël àl’ONU n’a effleuré Ben Gourion. Ce petit retour en arrière a le mérite de montrer àquel point Mahmoud Abbas est bien modéré dans sa démarche. Quoi qu’en disent ses détracteurs, le président de l’Autorité palestinienne ne recherche pas la destruction d’Israël. Il s’efforce même d’œuvrer pour que la solution des « Deux peuples, deux Etats » ne devienne pas obsolète. C’est la raison pour laquelle des Israéliens et des Juifs de diaspora auraient souhaité qu’Israël soit le premier àreconnaître la Palestine.