Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : « Un concept original : le taliban inclusif ! »

France : « Un concept original : le taliban inclusif ! »

mardi 24 août 2021, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/un-concept-original-le-taliban-inclusif-20210819

« Un concept original : le taliban inclusif ! »

Par Anne-Sophie Chazaud

Publié le 19/08/2021 à 16:45, Mis à jour le 19/08/2021 à 19:10

Photo : Un taliban devant un salon de beauté dont les photos de femmes ont été taguées et badigeonnées, à Kaboul, le 18 août. WAKIL KOHSAR / AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - Quelques commentateurs ou personnalités manifestent une singulière complaisance envers les talibans, tandis que les diplomates occidentaux recourent à une rhétorique discutable.
L’indulgence scandaleuse des premiers et le vocabulaire éthéré des seconds suscitent l’ironie d’Anne-Sophie Chazaud.

Anne-Sophie Chazaud est chercheuse et essayiste, auteur de Liberté d’inexpression, des formes contemporaines de la censure (éd. L’Artilleur, 2020). Elle publiera en octobre, chez le même éditeur, La Nouvelle Révolution culturelle.

Pourtant annoncé depuis de longues années déjà, le retrait des dernières forces américaines présentes en Afghanistan et, dans son sillage, de la quasi-totalité des Occidentaux qui s’y trouvaient également, a pris des allures de débâcle pour ne pas dire d’humiliation cinglante. L’Histoire avec sa grande hache – selon la formule de Perec -, définitivement imprévisible, s’est emballée, la prise de pouvoir des talibans a été beaucoup plus rapide et fulgurante que prévue.

La prise de Kaboul eut des allures de chute de Saïgon, depuis les toits des ambassades et de l’aéroport pris d’assaut, une panique bien légitime s’étant emparée tant des Occidentaux ayant œuvré depuis des années sur le terrain que des Afghans les ayant épaulés ou encore de ceux qui, ayant bénéficié des quelques avancées (sociales, économiques) permises par cette présence, n’ont eu aucune envie de retomber sous la férule d’un islam ultra-rigoriste de triste mémoire.

Personne n’a oublié le dynamitage des Bouddhas ancestraux de Bâmiyân, les femmes grillagées dans de sinistres tchadris, privées d’école, privées de tout, la musique interdite, la danse interdite, les oiseaux interdits, les cerfs-volants interdits, les exécutions, tortures, pendaisons et autres supplices.
Anne-Sophie Chazaud

Personne n’a oublié le dynamitage des Bouddhas ancestraux de Bâmiyân, les femmes grillagées dans de sinistres tchadris, privées d’école, privées de tout, la musique interdite, la danse interdite, les oiseaux interdits, les cerfs-volants interdits, les exécutions, tortures, pendaisons et autres supplices dans le stade bondé de Kaboul, les mises à mort d’homosexuels écrasés sous des murs de briques…

C’est dans ce contexte de semi-chaos que des déclarations occidentales pour le moins surprenantes sont venues accueillir la prise de pouvoir talibane.

Certaines belles âmes souvent promptes à dénoncer quelque islamophobie imaginaire en Occident feignent de ne rien savoir des « intentions » des Talibans (dixit Mediapart). D’autres évoquent dans un bel élan munichois de la meilleure facture l’hypothèse d’un « changement » : les talibans auraient donc « changé » et voici des commentateurs occidentaux qui, souvent, n’ont eu de cesse d’approuver un interventionnisme aussi naïf que nocif (ce qui conduit par exemple Hubert Védrine à qualifier l’Afghanistan de « tombeau du droit d’ingérence ») désormais enclin à se soumettre au pragmatisme le plus dénué d’intelligence et de clairvoyance.

Il suffit pourtant d’observer la manière dont sont traitées les populations dans les régions déjà occupées par les talibans pour comprendre que ceux-ci n’ont strictement pas changé sur le fond, leur brutalité s’étant d’ailleurs probablement plutôt renforcée. Leur but est l’application d’une charia la plus rigoriste et obscurantiste possible. Des massacres ont eu lieu dans des écoles de filles, lesquelles sont du reste incitées, une fois atteint l’âge de sept ans, à rester chez elles à l’écart de lieux de scolarité transformés en écoles strictement coraniques. Des opposants sont abattus, les vêtements sont surveillés, la taille des barbes est inspectée etc. Alors en effet, on se demande bien quelles sont les intentions des talibans, le suspense est à son comble…

La confrontation sémantique entre le concept woke d’« inclusivité » et l’âpre réalité de l’islamisme ultra-rigoriste prêterait à sourire si la situation n’était si grave.
Anne-Sophie Chazaud

À VOIR AUSSI – Une augmentation « alarmante » de la menace terroriste après la prise de pouvoir des talibans, selon l’ONU ici 1:36

Reste le cas des diplomates. Le porte-parole du Département d’État américain Ned Price ou encore le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ont curieusement évoqué le souhait que les talibans se montrent « inclusifs », ce que la première photo prise dans le Palais présidentiel - cliché à fort capital pileux et testostéroné - ne laisse que peu entrevoir... On comprend l’idée d’un vœu pieux selon lequel les nouveaux maîtres de Kaboul sont invités poliment à ne pas se montrer trop répressifs envers les femmes, les intellectuels, les scientifiques, les opposants, les membres de tribus concurrentes etc., et à former, selon ce vœu, un gouvernement suffisamment représentatif. Mais il faut avouer que la confrontation sémantique entre le concept woke d’« inclusivité » et l’âpre réalité de l’islamisme ultra-rigoriste laisse pour le moins songeur et prêterait même à sourire si la situation n’était si grave.

Les talibans ont parfaitement compris que l’Occident se trouvait, à travers ce type d’obsessions sociétales, en pleine déroute et perte de puissance. Ils se sont intelligemment amusés à reprendre cette sémantique en assurant que, bien sûr, ils sauraient se montrer « inclusifs ». On imagine que cela correspond pour eux au même divertissement que celui produit par ces images insolites et lunaires qui ont fait le tour des réseaux sociaux, de leur découverte d’un parc d’attractions ou d’une salle de sport : entre le choc des civilisations et le burlesque pervers, les talibans chevauchaient des biches et des poneys arc-en-ciel, peut-être pour s’amuser, peut-être aussi pour se rire d’un Occident en totale déréliction civilisationnelle, tout en rappelant à chacun la célèbre réflexion de Marx au sujet du 18 Brumaire selon laquelle l’Histoire se répète toujours deux fois, la première comme tragédie et la deuxième comme farce.

On entend bien peu ces ligues de vertu néoféministes, intersectionnelles, postcoloniales, indigénistes, racialistes et autres acteurs du Wokistan délirant prendre la défense des femmes, intellectuels, artistes qui fuient des traditions obscurantistes
Anne-Sophie Chazaud

Le triste paradoxe de cette double débâcle de l’Occident, militaire mais aussi morale, se trouve incarné dans le fait que ce concept woke d’« inclusivité » sert précisément à promouvoir, chez nous, les formes souvent les plus perverses d’entrisme islamique.

Le maire écologiste de Grenoble Éric Piolle, bien connu pour sa complaisance légendaire envers les associations promouvant la burqa de bain dans ses piscines municipales ; a beau jeu désormais de jouer les belles âmes et d’appeler à l’accueil massif de demandeurs d’asile afghans fuyant le régime taliban. Pourtant, affirment des commentateurs, il faut se garder de caricaturer les talibans cuvée 2021. Reste qu’ils sont assez effrayants pour que des Afghans aillent jusqu’à s’accrocher à des avions quittant le tarmac de Kaboul au risque de chuter du ciel comme autrefois les tragiques jumpers du World Trade Center.

On doute que les Afghans fuyant l’islam rigoriste et obscurantiste taliban, qui ont goûté à l’émancipation universaliste qui leur a été proposée dans leur pays pendant quelques années telle une bouffée d’oxygène, aient envie, en arrivant en Europe, de tomber dans les bras des promoteurs occidentaux de cette même régression qu’ils fuient de tour leur être.

On entend du reste bien peu ces mêmes ligues de vertu néoféministes, intersectionnelles, postcoloniales, indigénistes, racialistes et autres acteurs du Wokistan délirant prendre la défense des femmes, intellectuels, artistes qui fuient des traditions obscurantistes dont ces mêmes ligues de vertu font volontiers la promotion en Occident. Oui, on ne les entend guère ces jours-ci, hormis pour prendre par principe la défense de la figure du migrant par opposition aux annonces (pourtant raisonnables sur ce sujet) d’Emmanuel Macron visant à éviter une nouvelle crise migratoire.

En passant : des hommes accusés de vol depuis l’entrée des talibans dans Kaboul ont par exemple été traînés avec des cordes après que leurs visages eurent été peinturlurés en noir : entendra-t-on des plaintes contre cette pratique objective de blackface dégradante, de la part de ceux qui pourfendent les méfaits supposés de l’Occident réputé chrétien, patriarcal, hétérosexuel et naturellement raciste ?

Tout ce que démontrent les promesses d’« inclusivité » des talibans, c’est qu’en vingt ans, en effet, ils ont changé dans le sens où les intéressés ont acquis une bien meilleure maîtrise de la communication, de l’image, et qu’ils sauront s’en servir avec perversité pour servir leurs propres desseins, se jouant comiquement de ce que l’Occident dans son déclin civilisationnel, n’a eu de cesse de promouvoir. Ce que l’on ne saurait leur reprocher : après tout, ils ont été à bonne école. La charia littérale mais inclusive, l’Occident woke l’a rêvée, les talibans la réaliseront.

À VOIR AUSSI – Des élèves afghanes de retour à l’école en hijab après la prise du pays par les talibans ici