Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > France : Le procès historique des attentats du 13-novembre 2015 a commencé à (...)

France : Le procès historique des attentats du 13-novembre 2015 a commencé à Paris.

jeudi 9 septembre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/13-novembre-qui-sont-les-complices-de-salah-abdeslam-dans-le-box-des-accuses?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210908&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Procès du 13-Novembre : Qui sont les complices d’Abdeslam dans le box des accusés ?

Par Paul Conge et Aurore Malval

Publié le 08/09/2021 à 7:03

Photo : Ils sont 20 à être jugés à partir de ce mercredi 8 septembre par une Cour d’assises spécialement composée. A.M.

Du commando djihadiste qui a semé la mort et la terreur durant la nuit du 13 novembre dans les rues de Paris, au Stade de France et au Bataclan, il ne reste qu’un seul membre encore en vie. Salah Abdeslam devrait être présent dans le box des accusés pour le procès-fleuve qui s’ouvre ce mercredi 8 septembre. À ses côtés, treize autres complices présumés. Qui sont-ils et qu’ont-ils fait ?

Des dix membres du commando terroriste qui a causé la mort de 130 personnes ce soir-là, neuf sont décédés. Salah Abdeslam est le seul à avoir survécu. Qui sont donc ces hommes dont le procès s’ouvre aujourd’hui mercredi 8 septembre ?

Loin de n’être que de simples seconds couteaux, ils ont aidé aux préparatifs des attaques - qui ont duré environ un an -, à l’exfiltration des terroristes, à la fabrication des explosifs : tous ou presque sont membres de la cellule terroriste belge. Certains comparaîtront d’ailleurs l’an prochain devant la justice belge pour leur participation aux attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.

Au total, 20 accusés sont jugés la cour d’assises spécialement composée, mais seulement quatorze seront présents dans le box. Six autres seront jugés par défaut : cinq sont réputés morts mais sans preuve de leur décès ; un autre est détenu en Turquie, pays qui refuse son extradition.

Qui sont les complices de Salah Abdeslam ? Si vous êtes sur notre application ou que le module ne s’affiche pas correctement, cliquez ici.

°°°

Source : https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/proces-du-13-novembre-jai-delaisse-ma-profession-pour-devenir-combattant-de-letat-islamique?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210908&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Procès du 13-novembre : « j’ai délaissé ma profession pour devenir combattant de l’État Islamique »

Récit
Par Laurent Valdiguié

Publié le 08/09/2021 à 16:24

Dans une ambiance lourde, le procès historique des attentats du 13-novembre a commencé à Paris. Dans le box des accusés, Salah Abdeslam a donné le ton de sa défense : celui du défi, en se présentant comme « combattant de l’État Islamique ».

Une ambiance lourde. Lourde comme l’air étouffant de ce 8 septembre à Paris. Lourde comme l’importance de ce dispositif exceptionnel. Lourde comme les charges qui pèsent sur les hommes du box. Lourde comme la douleur de tant de victimes qui s’avancent dans ce vieux palais de justice de Paris.

Une ambiance lourde et glaciale quand le premier des accusés se lève pour décliner son identité. Il est en noir de la tête aux pieds. Pantalon, polo, et même son masque chirurgical est noir. Comme ses cheveux, gras et tirés en arrière. Comme sa barbe, drue sur le menton, et en fine moustache. Comme ses yeux, mobiles et perçants, qui semblent chercher le regard du président. C’est bien lui. Il a ce même regard que sur celui de cette photo, qui a fait le tour du monde. Il est là, dans l’ordre alphabétique, le premier à s’emparer du micro des accusés, devant un parterre de policiers.

À LIRE AUSSI :13-Novembre : Qui sont les complices de Salah Abdeslam dans le box des accusés ?

Le président vient de lui demander de décliner son identité, une formalité par laquelle commence tout procès d’assises. Chaque accusé est prié de dire son nom complet, son âge, sa profession et doit préciser le prénom de ses parents ainsi qu’une adresse. Pas question, même face à lui, surtout face à lui, de déroger à cette règle ordinaire, même si tout le monde sait dans la salle, que depuis cinq ans, il est le détenu le plus surveillé de France à l’isolement d’un étage réservé de Fleury-Mérogis. Cette masse noire se lève et bascule vers le micro en inclinant la tête vers le président. Son visage apparaît en gros plan sur les écrans de la salle d‘audience.

« Je n’ai plus d’adresse »

« J’ai un préalable », prévient-il sans attendre de réponse. « Vous m’entendez ? », lance-t-il d’une voix aiguë, pour être bien sûr que son micro fonctionne. La salle, en signe d’approbation, a fait silence. « D’abord je tiens à dire qu’il n’y a point de divinité avant Allah et que Mohamed est son messager », lance-t-il crânement en guise de préambule. « Bien, bien, on verra », ne se désarme pas le président de la cour d’assises spéciale, Jean-Louis Périès, qui demande à l’accusé de décliner son identité et son âge. Il s’appelle Salah Abdeslam, et il est né le 15 septembre 1989 à Bruxelles.

« Quel est le nom et le prénom de vos parents ? » poursuit le président, les yeux campés dans ces yeux noirs en forme de défi. « Le nom de mon père et de ma mère n’ont rien à faire ici », lance Abdeslam. Jean-Louis Péries poursuit et décline à sa place l’identité complète de ses deux parents. « Votre profession ? » interroge le président. « J’ai délaissé ma profession pour devenir un combattant de l’État Islamique », assène le dixième homme du commando du 13 novembre. Le procès n’a commencé que depuis quelques secondes, et dans cette salle bondée, cet homme en noir a donné le ton de sa défense. « Je n’ai plus d’adresse », dit-il aussi, signe entendu qu’il ne remettra pas les pieds de sitôt dans son domicile de Molenbeek en Belgique qui était le sien dans sa vie d’avant… Une vie derrière lui.

Réponses dociles des autres accusés

Le président Péries poursuit l’appel des onze accusés du box. L’ordre alphabétique a placé Mohamed Abrini, l’homme au chapeau des attentats de Bruxelles de mars 2015, l’ami d’enfance d’Abdeslam, juste à côté de ce dernier. Chemise blanche, les mains croisées devant lui, la tête baissée, Abrini a passé la nuit du 12 au 13 novembre avec les membres du commando avant de quitter la région parisienne vers minuit pour rejoindre Bruxelles. En quelques phrases, il répond docilement au président. Pas de harangue de son côté. Pas de défi posé.

À LIRE AUSSI :21 h 17, le 13 novembre… Victimes ou témoins de l’horreur, ils racontent

Après Abrini, les autres se suivent. Ils ont tous la trentaine. Les voilà donc. Il y a Sofien Ayari, barbe longue, polaire noire, qui repousse l’interprète disant qu’il peut dire quelques mots en français. Avec Osama Krayem, cheveux longs et tee-shirt blanc, ils sont soupçonnés d’avoir été des combattants aguerris de l’État islamique et d’avoir projeté un attentat à l’aéroport d’Amsterdam, le soir du 13 novembre. Leur voix à tous les deux ne trahissent aucune émotion. Il y a aussi Yassine Atar, le petit frère d’Oussama Atar, un des cerveaux de l’État Islamique. Chemise neuve, cheveux en arrière, assez grand, lui non plus ne revendique aucune appartenance particulière et ne profite pas de ces minutes pour faire passer le moindre message. Il n’y a qu’Abdeslam…

« Nous commençons un procès historique et hors norme »

Après les onze détenus, le président appelle les trois accusés qui comparaissent libres sous contrôle judiciaire. Des comparses. À l’inverse des autres, leurs visages, qui apparaissent en gros plan sur les écrans de retransmission, ne sont pas marqués par la prison. Leurs mines sont plus hâlées. Le premier est en veste en jean, le deuxième en veste de costume sombre, le troisième en polo bleu nuit. Il donne une adresse en Belgique, « chez mon épouse », précise-t-il. Un détail qui dit aussi que pour ces trois-là le temps ne s’est pas totalement arrêté. Il est 14 heures, ce mercredi 8 septembre 2021, le procès hors norme des attentats du 13 novembre 2015 vient de commencer.

Le président Périès, même si ce n’est pas l’usage, tient à faire une courte déclaration, « empreinte de la plus grande humilité ». « Nous commençons un procès historique et hors norme », commence-t-il, évoquant des événements de portée nationale. Le président admet que la durée de l’audience, le nombre d’intervenants sont hors normes, mais en appelle à « la norme » d’un procès d’assises. « Le respect des droits de chacun, des droits de la défense impose le respect de la norme », souligne le magistrat. Son but est « d’examiner les charges retenues pour chacun et d’en tirer toutes les conséquences sur le plan pénal ». Le président prévient aussi que cette cour d‘assises spéciale « se distingue de toute autre institution à vocation historique, politique ou sociologique… Nous devons tous garder à l’esprit cette finalité et conserver ce cap, dans le respect des droits des uns et des autres. Maintenir la justice dans sa dignité ». C’est tout l’enjeu d’une « œuvre de justice » normale même dans des conditions aussi anormales…

Un palais de justice plein à craquer

Dans ce vieux palais de justice transformé en camp judiciaire retranché, d’entrée, rien n’est plus vraiment normal. Les marches montées, le hall à l’arrière du bâtiment est transformé en hall d’aéroport. Une batterie de fouilles, opérées par des gendarmes, fait défiler avocats, presse et parties civiles avant de leur permettre l’accès au tribunal. Dans le long couloir de gauche, passé ces contrôles, des hôtesses attendent les participants comme dans un congrès de l’ONU. Les parties civiles sont priées de s’inscrire pour récupérer un badge. Ruban rouge pour ceux qui ne souhaitent pas parler à la presse et ruban vert pour ceux qui acceptent les interviews.

À LIRE AUSSI :Attentats du 13 novembre : pourquoi les autorités craignent des actes terroristes

Après le couloir, en accédant dans le hall qui mène à la salle d’assises spéciale, personne n’est sans ruban de couleur autour du cou. Tous les journalistes accrédités ont un badge orange fluo. Les avocats un noir. Les organisateurs sont en bleu. Les gendarmes en jaune. Jamais, probablement depuis les procès d’après-guerre (Pétain, et Laval ont été jugés ici), ce vieux palais de justice n’avait connu pareille affluence. Une affluence qui a des airs de manuels d’histoire, et comment ne pas penser à ces images du procès de Nuremberg aux audiences bondées ? Les parties civiles ont leur salle de retransmission, la première chambre civile. Celle où fut jugée Marie-Antoinette en 1793. En face, la salle de presse, salle des Criées, est pleine à craquer. Des journalistes du monde entier, devant les six écrans de retranscription, vont raconter ce qui va se jouer ici. Une audience pénale exceptionnelle chargée de juger ces quatorze hommes. De les dire ou non coupable et de les condamner ou pas en conséquence.

°°°

Source : https://www.marianne.net/societe/terrorisme/ce-13-novembre-a-21-h-17-victimes-ou-temoins-de-lhorreur-ils-racontent

LONG-FORMAT.

Attentats : 21 h 17, le 13 novembre… Victimes ou témoins de l’horreur, ils racontent

Par Laurent Valdiguié et Paul Conge

Publié le 06/09/2021 à 19:28

Il s’ouvre mercredi 8 septembre et va durer huit mois. Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’étirera jusqu’à l’élection présidentielle. Avec ses larmes, le deuil impossible des victimes et l’enquête sur le commando des premiers kamikazes frappant sur notre sol. Dans le box des accusés, quatorze complices et terroristes de l’État islamique ; dans la salle, 1 775 parties civiles.

Ce 13 novembre 2015, il est 21 heures, Salah Abdeslam vient de déposer aux abords du Stade de France trois terroristes équipés comme lui d’une ceinture explosive.

À 21 h 17, une première bombe est déclenchée aux abords du Stade de France. 30 minutes plus tard un commando terroriste de trois hommes revendiquant leur appartenance au groupe Etat islamique ouvre le feu au Bataclan. Les attentats du 13-Novembre ont fait 130 victimes.

Six ans après les faits, c’est une audience fleuve qui s’ouvre mercredi 8 septembre au palais de justice de Paris, où une salle de 550 places a été spécialement aménagée pour les quelque 1 775 parties civiles, 330 avocats et 20 accusés. Victimes, médecin urgentiste, avocat, procureur, policier et juge, ils racontent à Marianne ce qu’ils ont vécu ce soir-là.

Cliquez sur le module ci-dessous pour découvrir notre long format. S’il n’apparaît pas, ne s’affiche pas correctement ou si vous êtes sur notre application, cliquez ici.

Récit. Ce 13 novembre, à 21h17...

À 21h17, une première bombe est déclenchée aux abords du stade de France. 30 minutes plus tard les terroristes entrent dans le Bataclan. Les attentats du 13-Novembre ont fait 130 morts. Six ans après les faits, une audience fleuve s’ouvre mercredi 8 septembre au palais de justice de Paris, où une salle de 550 places a été spécialement aménagée pour les quelque 1775 parties civiles, 330 avocats et 20 accusés.
Victimes, médecin urgentiste, avocats, procureur, policier ou juge, ils racontent à Marianne leur 13 novembre, à 21h17...
Texte : Paul Conge, Laurent Valdiguié. Production : Aurore Malval

Le récit :

Pierre Carli, le médecin de guerre
À 21h17, Pierre Carli, médecin chef du Samu de Paris, regarde le match France-Allemagne sur son téléviseur. Mais bientôt les images montrent que, sur place, quelque chose cloche.
« Quelques minutes après les fusillades, le médecin de garde m’appelle. Assez vite, aucun de nous n’a eu de doute sur le fait qu’il s’agissait d’attaques terroristes simultanées, multisites », raconte le professeur Carli, dont les équipes avaient participé le matin même, coïncidence, à une simulation d’attentat.
À bord d’un véhicule du Samu, le médecin fonce alors vers les lieux des fusillades : rue Bichat, rue de Charonne… puis le Bataclan.
« Nous étions préparés à des victimes de guerre, mais c’était d’une violence inouïe. Un bond dans l’horreur. »
Des jeunes gens gisent sans vie sur les trottoirs. Certains blessés font des infarctus, les terroristes canardent encore la rue, la situation est « extrêmement difficile ». De peur de nouvelles fusillades, le médecin déploie ses équipes de réanimation dans la capitale avec prudence. Jusqu’à l’aube, Pierre Carli répartit les blessés dans les ambulances et les restaurants transformés en hôpitaux de fortune. Ses rapports ont été versés à la procédure judiciaire.

Le commissaire X, le héros de la nuit
Ce 13 novembre à 21h17, le commissaire X (il a toujours refusé que son nom soit cité) est un des quatre commissaires de permanence à la BAC de nuit parisienne. À 21h47, trois terroristes entrent dans le Bataclan et commencent aussitôt à tirer. Neuf minutes plus tard, à 21h56, le commissaire X et son équipier arrivent sur place.
Juste avant d’entrer dans la salle, les deux policiers téléphonent brièvement chez eux, signe qu’ils ont parfaitement conscience du danger qui les attend. Ils ont sur le dos le petit gilet pare-balles bleu réglementaire, inutile face à des tirs de kalachnikov, et leur arme de poing, un pistolet Sig, réputé peu précis. Depuis le couloir du Bataclan, les deux policiers aperçoivent un des trois terroristes, sur l’estrade, mettant en joue un spectateur. Ils tirent à six reprises.
Samy Amimour s’effondre, déclenchant sa ceinture explosive. Ses deux complices, à l’étage, ripostent. Les balles des kalachnikov pleuvent. Les policiers reculent mais les deux terroristes, pensant que l’assaut a déjà commencé, vont se réfugier avec onze otages dans un réduit. Une chose est certaine : l’intervention des deux policiers a permis de sauver des centaines de vie. Sans eux, les terroristes auraient eu une heure pour tuer.
David Le Bars, patron du syndicat des commissaires de police, ne tarit pas d’éloges :
« Je pèse mes mots : ces deux collègues sont des héros. Ce qu’ils ont fait est exceptionnel. Et puis, ils sont humbles, ils ont toujours refusé de se mettre en avant. »
Flic de terrain, en poste avec la BAC de nuit dans des quartiers difficiles, le commissaire X a été discrètement décoré de la Légion d’honneur par François Hollande. Il viendra témoigner.

Jean Reinhart, l’avocat des larmes
« Le 13 novembre 2015, à 21h17, j’étais en voiture sur l’autoroute A6, en route pour Lyon. J’ai d’abord entendu aux infos qu’il se passait un truc au Stade de France, puis mon téléphone s’est mis à sonner. C’était un de mes fils. Il était inquiet parce qu’il savait que son cousin Valentin, un fils de ma sœur, était au Bataclan. Pour ma famille commence une nuit d’horreur. »
L’avocat Me Jean Reinhart n’ira pas à Lyon ce week-end-là. Il fait demi-tour sur l’A6. « On a d’abord appris qu’Eva, la petite amie de Valentin, était blessée, puis on a appelé la Terre entière, qui ne répondait pas, pour avoir des nouvelles de mon neveu. On a su le samedi matin qu’il était sur la liste des victimes. »
De fil en aiguille, de larmes en larmes, Jean Reinhart va devenir l’avocat d’une des principales associations de victimes des attentats de novembre 2015, 13onze15 Fraternité-Vérité. Il sera à leurs côtés pendant les huit mois du procès.
« Depuis six ans, chaque fois que je revois une famille, je la retrouve avec une douleur intacte. Ça ne passe pas. La douleur est toujours là, à fleur de peau »
Jean Reinhart espère en leur nom « une œuvre de justice ». Son neveu Valentin allait devenir avocat…

Thibault, le revenant des combles du Bataclan
« Ce 13 novembre, à 21h17, j’étais dans la fosse du Bataclan avec ma femme et j’avais la tête ailleurs avec des soucis de boulot. J’ai d’abord entendu des grésillements à l’extérieur et j’ai cru qu’il y avait un problème technique. Puis les lumières se sont éteintes. J’ai alors vu le visage d’un type, juste éclairé par les tirs de ses balles. Il tuait des gens à terre. On a compris qu’il fallait fuir. »
Avec son épouse, Thibault s’en va où il peut et se retrouve dans les combles du Bataclan. Un cul-de-sac. Quelqu’un d’autre avant lui a fait un trou dans le faux plafond.
« On s’est faufilés là-dedans. Je ne sais pas combien on était. Trente peut-être. On a passé trois heures recroquevillés dans la laine de verre et dans l’obscurité, à entendre des tirs, une explosion, puis les râles de gens agonisant en bas, et enfin l’assaut. Le Raid nous a libérés vers 1 heure. »
Au procès, Thibault viendra témoigner au début d’octobre de cette « vie d’après », toute retournée. « C’est comme une radioactivité. C’est là. Diffus. On en mesure les conséquences petit à petit. Et, surtout, on doit apprendre à vivre avec et pour toujours », dit-il évoquant une existence détraquée à jamais. Longtemps encore, l’image de la fosse sanglante du Bataclan le poursuivra.
Aujourd’hui bénévole dans une association de victimes, Thibault prévient : « Il faudra être costaud pour entendre leurs témoignages à l’audience… »

Xavier Nogueras, le vieux routier des procès djihadistes
La rumeur des attentats se répand à travers Paris. Xavier Nogueras est dans un bar le long de la Seine, buvant des godets avec des amis, quand un mouvement de foule précipite une partie de la clientèle au sous-sol. Resté dehors, Me Nogueras comprend ce qui se passe à la vue de la masse de policiers de la BRI, surarmés, qui sortent à toute hâte du 36, quai des Orfèvres.
« Ils me braquent en me hurlant de me casser. »
En alerte maximale, les hommes en noir se rendent au Bataclan, à moins de 3 km de là. Spectateur de ce monde à cran, Nogueras en deviendra quelques jours plus tard acteur, endossant la robe noire pour défendre d’abord Jawad Bendaoud, le médiatique logeur des terroristes.
« J’ai essayé, par le droit, les problématiques d’ordre juridique, de sortir de la sphère émotive dans laquelle ça nous a tous plongés », affirme celui qui a plaidé dans une centaine de dossiers du même acabit : l’attentat raté de Notre-Dame, les filières djihadistes de Strasbourg, Lunel, Orléans…
Faisant de lui l’un des meilleurs sondeurs de ces âmes fanatisées. C’est pour cette raison que sa consœur Negar Haeri l’a sollicité pour assurer, à ses côtés, la défense de Mohamed Amri, l’un des deux hommes qui a exfiltré Salah Abdeslam en Belgique. Mais notre homme a beau être un vieux routier des affaires djihadistes, « dans ce procès, reconnaît-il, la charge émotionnelle est beaucoup plus importante ».

Snejana, la douleur ancrée dans le corps
À 21h17, Snejana dîne à la terrasse du McDonald’s, à quelques encablures du Stade de France. « J’étais là pour vendre des gadgets sportifs pendant le match avec mon ex-conjoint », raconte la jeune femme, qui est alors âgée de 25 ans.
« On a entendu une déflagration, et une autre. Puis beaucoup de sirènes, des policiers, des gens qui couraient… »
Ils décampent. Snejana reste bloquée au feu rouge. C’est ce moment que choisit le kamikaze Bilal Hadfi pour se faire sauter dans son dos.
« Je me souviens juste de la fumée blanche, de l’odeur de brûlé, et d’un bruit sourd, un bip… »
Ensanglantée, une artère tranchée par la bombe, elle passe une année à l’hôpital, subit deux opérations, dont une pour ôter les boulons de la bombe qui se sont fichés dans sa chair. Aujourd’hui, sa jambe, elle ne la sent presque plus. Elle boîte encore. Devenue dépendante au Tramadol, un puissant antidouleur, Snejana a pris du poids – jusqu’à peser 96 kg – avant d’en reperdre.
« Je n’accepte plus mon corps », dit la jeune maman, désormais handicapée. Vis-à-vis du terroriste qui l’a blessée à vie, elle n’éprouve pas tant de haine. Mais son trauma est durable. « J’ai peur de la foule. La foule attire des gens comme ça… » Partie civile à ce procès, elle angoisse à son approche. « J’ai pas envie de les voir [les accusés]. Ils vont peut-être adorer nous voir aller si mal. »

Camille Hennetier, la proc d’expérience face au box
Camille Hennetier, vice-procureure de Paris, est devant BFMTV lorsque son téléphone se met à faire de petits bonds. « Le premier coup de fil était du magistrat de permanence. Il venait d’être informé des explosions au Stade de France. Et, juste après, des coups de feu », rembobine la magistrate.
Très vite, celle qui est alors cheffe de la section antiterroriste du parquet (la section C1) retrouve le procureur François Molins devant Le Carillon, un bar du XIe arrondissement qui vient d’être arrosé par des tirs de kalachnikov. Au sol, des corps sans vie, et partout des impacts d’armes automatiques. « Ensuite, on se dirige vers le Bataclan, où la prise d’otages est toujours en cours », se souvient Camille Hennetier, qui passe la nuit au milieu des sirènes et des flaques de sang.
« C’était sidérant, chaotique, vertigineux. »
Six ans plus tard, à ce procès hors norme, elle portera la voix de l’accusation au nom « du peuple français », meurtri par les attaques. « Il y a une part de saut dans l’inconnu », concède Camille Hennetier, qui sera avocate générale aux côtés de Nicolas Le Bris et de Nicolas Braconnay.
« Après une si longue période de travail, nous n’avons jamais participé à une audience aussi longue. Nous avons hâte que les choses se concrétisent, qu’on entre dans le vif du sujet », dit-elle. Sans faire abstraction de l’émotion de cette nuit-là, la magistrate promet de respecter une « obligation d’objectivité ».

Le président Périès, le patron de l’audience
Il a 65 ans, dont quarante ans de magistrature… et même soixante-cinq en comptant son passé familial, puisque son père était juge d’instruction et son grand-père greffier en Ariège ! Jean-Louis Périès aura la charge de présider ce procès exceptionnel. Il s’y prépare à temps plein depuis le printemps 2020, ingurgitant les milliers de pages du dossier et assimilant un ensemble de « codes », étape nécessaire pour juger des terroristes de Daech.
Ancien juge d’instruction à Évry, Jean-Louis Périès a déjà participé à deux reprises à des formations d’assises spéciales pour islamistes. Un préalable indispensable s’il veut lever certaines zones d’ombre.
« Ce sera évidemment un procès tendu, admet l’avocat Jean Reinhart, et le président sait bien qu’il y aura des aléas. »
« Quand je faisais une formation sur la gestion des procès difficiles, confie Dominique Coujard, ancien président d’assises et habitué des affaires médiatiques, je commençais toujours par dire à mes collègues : abordez ces audiences particulières comme n’importe quelle autre. Gardez toujours à l’esprit que le but d’un procès, c’est de condamner ou d’acquitter ! Et, surtout, essayez de rester libres sur le prononcé de la peine ! »
Dans la construction de la salle d’audience, il a été prévu un espace limité pour les parties civiles afin qu’elles ne « pèsent pas trop » sur les débats. « C’est toujours le piège, dans ces procès trop longs… », glisse Coujard. Périès va devoir veiller à ce que la douleur des victimes n’envahisse pas tout. Un travail d’équilibriste.