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France : « Mais qui ? » : « Cette pancarte c’est le b.a.-ba, de l’antisémitisme » : Cassandre Fristot jugée en son absence

vendredi 10 septembre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/cette-pancarte-cest-le-ba-ba-de-lantisemitisme-cassandre-fristot-jugee-en-son-absence?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210909&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

« Cette pancarte c’est le b.a.-ba, de l’antisémitisme » : Cassandre Fristot jugée en son absence

Cassandre Fristot, 33 ans, enseignante et conseillère municipale.
PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/

« Cette pancarte c’est le b.a.-ba, de l’antisémitisme » : Cassandre Fristot jugée en son absence
« Mais qui ? »

Par Clara Hesse

Publié le 09/09/2021 à 15:12

Jugée ce 7 septembre à Metz, pour provocation à la haine raciale à cause d’une pancarte brandie lors d’une manifestation contre le passe sanitaire, la jeune enseignante de 33 ans ne s’est pas présentée à son procès. Le parquet a requis trois mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité contre Cassandre Fristot. Le jugement a été mis en délibéré au 20 octobre. Récit.

Son nom est apparu sur les réseaux sociaux et dans tous les médias français après qu’elle a brandi, le 7 août dernier, à Metz, au milieu de 3 800 manifestants rassemblés contre le passe sanitaire, une pancarte considérée comme antisémite. Si le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, n’avait pas promis que « de tels propos ne resteraient pas impunis », personne n’aurait jamais entendu parler de Cassandre Fristot, 33 ans, enseignante et éphémère conseillère municipale d’Hombourg-Haut (Moselle) entre 2014 et 2020, avant de se présenter aux élections sous les couleurs du Parti de la France, une formation d’extrême droite fondée, en 2009, par l’ex-FN Carl Lang.

Ce mercredi 7 septembre, au tribunal correctionnel de Metz qui doit la juger pour provocation à la haine raciale, la militante engagée à l’extrême droite ne s’est pas présentée à son procès. « Manque de courage », « mépris », « façon de se positionner en victime », ont analysé les avocats des treize associations qui se sont portées parties civiles. « Victime de menaces, elle n’allait pas venir s’exposer », expliquent du côté de la défense, ses avocats, maîtres François Wagner et Paul Yon.

Référence dans la fachosphère

Si personne ne conteste les faits, c’est le caractère antisémite au regard de la loi pénale de ce « Mais qui ? » écrit en rouge avec les cornes d’un diable entouré des noms de treize personnalités – dont la majorité appartiennent à la communauté juive – que devra juger le tribunal. Les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels, dont la plupart sont juifs, y étaient ciblés, qu’il s’agisse de Patrick Drahi, propriétaire de plusieurs médias français, du financier George Soros, du président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius ou du philosophe Bernard-Henri Lévy.

À la barre, les avocats des parties civiles sont tous revenus sur l’origine du slogan « Mais qui ? » dont le sens caché depuis l’interview sur la chaîne CNews de Dominique Delawarde, général à la retraite, ne fait aucun doute, en juin dernier. À la question : « Qui contrôle la meute médiatique ? », et après plusieurs relances, l’homme avait répondu « la communauté que vous connaissez bien », avant d’être coupé par l’animateur Jean-Marc Morandini. À ce sujet, en garde à vue, l’intéressée avait déclaré : « Je n’ai rien vu de répréhensible sur cette pancarte je voulais seulement dénoncer les puissants. Je reproche à ces gens leurs positions. Pas leur appartenance religieuse. J’ignore d’ailleurs leur religion pour la plupart. »

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Une position que les avocats des diverses associations représentées démontent, un à un : « Cette pancarte c’est le b.a.-ba, de l’antisémitisme ». Les cornes de diables sur le Q du « qui ? », le mot « traîtres », le nom de la famille Rothschild en tête de gondole : « C’est un signe de ralliement, c’est voulu, codé et c’est compris comme un code », résume le conseil de la Ligue des Droits de l’Homme qui compare le « Mais qui ? » à la fameuse quenelle de Dieudonné. Même si dans le cas Fristot, « on est confronté à une approche beaucoup plus structurée », estime l’avocat du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). « On n’est plus dans les injures mais dans un protocole raffiné de l’insinuation », analyse son confrère pour le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). Aux juges du tribunal, un autre exhorte : « Ne soyez pas naïfs, ne soyez pas dupes, sachez qui vous jugez, la France vous regarde ! »

« Mort sociale »

Or, dans cette affaire, être une « femme de culture », « inconnue des services de police et de la justice », « fonctionnaire de l’Éducation nationale », semblent autant de circonstances aggravantes pour Cassandre Fristot. « Instruite, elle sait que les mots ont un sens et des conséquences », tempête l’avocat du Consistoire israélite. « Diplômée en langue allemande, elle connaît parfaitement les codes et les couleurs de l’Allemagne nazie. Rien n’est donc choisi au hasard », poursuit sa consœur de l’Organisation juive européenne (OJE) allant jusqu’à réclamer comme peine accessoire une interdiction d’exercer son métier d’enseignante. « Nous ne pouvons prendre le risque de la laisser gangrener l’esprit de nos enfants », conclut-elle.

Convaincu de la culpabilité de Cassandre Fristot, le ministère public est bref dans ses réquisitions. Souhaitant éviter un « procès politique », il rappelle que « l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit » avant de requérir à son encontre trois mois d’emprisonnement assortis du sursis simple ainsi que trois ans d’inéligibilité.

Pour maître Paul Yon, avocat de la prévenue : « C’est la mort sociale de Cassandre Fristot que l’on veut. » Soutenant la ligne de défense de sa cliente, celui qui avait défendu en son temps le négationniste Robert Faurisson, assène : « Il n’y a aucune trace d’antisémitisme dans ce dossier. » Pour preuve, l’avocat s’arrête sur chacun des treize noms inscrits sur la pancarte tentant de démontrer que le seul « lien qui rattache toutes ces personnes, c’est la politique sanitaire ou le gouvernement actuel ». Plaidant la relaxe, il conclut : « Quand Cassandre Fristot reprend le « Mais qui ? », c’est pour se demander « qui est la manœuvre dans cette gestion de la crise du Covid-19 ? », quand elle écrit « traîtres », c’est pour dénoncer le fait que, ces gens-là, n’agissent pas dans l’intérêt des Français. Et c’est son droit. » Le jugement a été mis en délibéré au 20 octobre.

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