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North Africa-Middle East : L’hiver à la porte des partis islamistes

mardi 14 septembre 2021, par siawi3

Source : https://lapresse.tn/108505/analyse-maghreb-arabe-lhiver-a-la-porte-des-partis-islamistes/

Maghreb Arabe : L’hiver à la porte des partis islamistes

vendredi 10 septembre 2021,

par Samir DRIDI

Au Maghreb arabe, les partis islamistes perdent du terrain en raison, notamment, de la complexité et la variation du rapport avec le pouvoir politique. Ils sont enracinés dans la tendance islamique des Frères musulmans. Un handicap de plus devant leur inclusion politique.

Avec la débâcle du parti islamiste en Tunisie, la déroute électorale marquée par la défaite du parti Justice et développement au Maroc et la victoire du FLN en Algérie aux dépens du Mouvement de la société pour la paix, c’est l’hiver qui frappe à la porte des partis islamistes.
Une décennie a suffi pour mettre à nu les limites des islamistes en matière de bonne gouvernance.
Le soft power islamiste qui a connu son printemps en 2011 s’est avéré un « miroir aux alouettes » dans le cadre du projet américain du Grand Moyen-Orient.

Au pouvoir depuis 2011, le Parti de la justice et du développement a subi un revers cuisant en passant de 125 à 12 sièges dans le parlement marocain à l’occasion des récentes élections.
A son tour, le parti Ennahdha n’a pas perdu que des sièges au fil des élections mais aussi des membres de gros calibres et des députés qui ont été poussés à la porte de sortie par le cheikh Rached Ghannouchi en personne. Les graves dissensions au sein dudit mouvement islamiste risquent d’accélérer la création d’une nouvelle formation politique. L’ancien ministre Imed Hammami, qui avait subi le courroux de l’éternel président du mouvement et dont les activités ont été gelées pour avoir dénoncé la dérive autoritaire du cheikh, n’a pas exclu cette thèse.

Dix ans de pouvoir, basta !

Les dernières contestations en dehors de la Tunisie du parti islamiste s’apparentent à la dernière danse du coq égorgé. En recommandant au membre du parti Qalb Tounès Oussama Khélifi de frapper à la porte de l’organisation mondiale des parlements nationaux (Union interparlementaire), sans tenir compte des risques d’ingérence étrangère et de nuisance à l’image de son pays, Rahed Ghannouchi, président du parlement gelé, n’a fait en réalité que s’isoler encore plus et accélérer sa chute. Il semble ne pas tenir compte des réelles raisons qui ont poussé les Tunisiens à accueillir favorablement le tournant du 25 juillet dernier.

Dix ans de pouvoir, basta ! Le glas a sonné pour les partis islamo-conservateurs sur lesquels misait l’administration américaine après la chute de l’Irak dans le cadre du projet du Grand Moyen-Orient. La persistance de la corruption, le marasme économique, la fronde sociale imposent au plus vite le changement de tout un système. Que des promesses brisées qui n’ont fait que miner la crédibilité des politiciens post-révolution.

Aussi bien le parti Ennahdha à Tunis que celui de la Justice et du développement au Maroc et le Mouvement de la société pour la paix en Algérie ont vu leur cote de popularité régresser au fil des ans.
Au Maghreb, les partis islamistes perdent du terrain en raison notamment de la complexité et la variation du rapport avec le pouvoir politique.
Lors de son 10e congrès en 2016, Rached Ghannouchi a été reconduit sans surprise à la tête du parti, Ennahdha.

La décision de séparer les activités politiques dudit parti n’a pas été prise au sérieux par les observateurs, d’autant plus que ce mouvement est bien enraciné dans la tendance islamique des Frères musulmans. Il en est de même pour les partis islamistes au Maghreb arabe.

°°°

Source : https://www.realites.com.tn/wp-content/uploads/2021/09/Réalités-1862.pdf

Tunisie : L’ivresse du pouvoir semble avoir eu raison du parti Ennahdha, actuellement en pleine zizanie

jeudi 9 septembre 2021,

par Samy CHAMBEH

Gel de la candidature de Imed Hammami, montée des protestations, consolidation du clan anti-Ghannouchi au sein du parti et reconnaissance par nombre de dirigeants influents de l’échec dans la gestion du pays, autant de signaux qui attestent que le mouvement Ennahdha est en pleine zizanie. L’excès de confiance et l’ivresse du pouvoir semblent avoir eu raison du parti islamiste, de ses acolytes et de tous les partis politiques qui ont pactisé avec lui durant l’amère décennie qu’a connue notre pays.

Manifestement, le coup de tonnerre politique du 25 juillet dernier sur fond d’activation par le chef de l’Etat de l’article 80 de la Constitution tunisienne et de ce qui s’est ensuivi comme gel de l’ARP, de levée de l’immunité des députés et de limogeage du Chef du gouvernement, aura été fatal au parti Ennahdha qui est plus que jamais menacé d’implosion.
C’est certain que l’histoire nationale et la mémoire collective retiendront le jour de la célébration du 64e anniversaire de la proclamation de la République, où il a été mis fin au chaos et à l’instabilité, voire à la turbulence politique qui ont tant nui au pays.
Force est de reconnaître que la vision radicale du parti islamiste, ses dogmes occultés ou ensevelis par une civilité douteuse, ses abus et malversations et surtout sa totale déconnexion des préoccupations des citoyens ont précipité cette tournure des événements.

Plusieurs de ses dirigeants notoires commencent à saisir, enfin, qu’une page de l’histoire de la Tunisie contemporaine vient d’être tournée et qu’un point final semble avoir été mis au règne maléfique du parti islamiste qui aura laissé des séquelles profondes aux plans économique, sociétal (altération des repères identitaires), sécuritaire (terrorisme) et culturel.
Est-ce une forme de reconnaissance sincère de leur responsabilité dans le cuisant échec ou s’agit-il plutôt d’un artifice ou d’une manœuvre politicienne de la part de ce parti pour se refaire une virginité et sauver la face en se repositionnant de nouveau sur la scène pour récupérer son électorat qui ne cesse de se rétrécir comme une peau de chagrin et regagner en popularité ?

A vrai dire, la tâche de la conduite des affaires publiques de la part du mouvement Ennahdha a toujours été facilitée par une opposition en manque de confiance, dispersée, voire divisée.
Et à chaque fois que l’opinion tiquait ou à chaque scrutin, le parti islamiste usait de tous les subterfuges pour se maintenir au pouvoir, en faisant des promesses qui dépassaient, et de loin, les capacités de l’économie nationale ou en entretenant l’illusion que l’intérêt général primait dans tous les cas de gure sur celui partisan ou particulier.

Comment décrypter les causes de l’échec de ce parti qui reste l’acteur politique majeur tout au long de la dernière décennie ?

En fait, c’est là la rançon de l’impréparation : les structures du parti islamiste ne croyaient pas que ce jour pourrait arriver. D’ailleurs, c’est tout l’éco- système politique national qui est encore en plein désarroi.

En fait, même lors de la Révolution du 14 janvier 2011, les nahdhaouis sont arrivés au pouvoir dans un état d’impréparation manifeste. En témoigne les années du règne de la Troïka (mouvement Ennahdha, parti Ettakattol et le CPR) où les tergiversations et les bévues se sont multipliées à une large échelle jusqu’à ce que les acteurs politiques se ressaisissent et parviennent, avec l’aide de la société civile, à interrompre ledit règne.

Ils (les nahdhaouis) croyaient à tort, par ignorance ou par arrogance, que la conduite de la Tunisie était apparemment facile, surtout après la chute du régime dictatorial du défunt Zine El Abidine Ben Ali et donc, que le pays serait totalement apaisé. Ensuite, avec l’appui international, ils pensaient que l’économie nationale saurait s’en sortir sans aller jusqu’à la mise en œuvre de réformes structurelles censées être douloureuses, ce qui risquait d’entamer leur popularité.

Or, rien ne s’est déroulé comme prévu et le passage de relais n’a pas été effectué en douce, loin de là. Tous les gouvernements et les parlements qui se sont succédé depuis et dans lesquels le mouvement islamiste a tenu à être toujours représenté, n’ont jamais réussi à redresser une situation de plus en plus compromise qui s’est aggravée de jour en jour.

Du coup, la méthode de gouvernance maladroite a plongé le pays dans le blocage et le chaos, faute de réformes nécessaires, ceci sans parler
. des manipulations électorales (révélées par la Cour des comptes),
. du sort encore méconnu des sommes colossales sous forme d’aides et de dons internationaux reçus par notre pays lors de la Révolution du 14 janvier 2011,
. de la submersion de la fonction publique de sureffectifs,
. de la responsabilité dans les meurtres politiques des défunts Belaïd, Brahmi et Naguedh
. dans le fait que notre pays était devenu une terre d’accueil pour les terroristes,
. de la mainmise sur l’appareil judiciaire et de l’infiltration des ministères régaliens,
. ainsi que du pseudo-relookage du parti en le rendant civil, tout en faisant croire à une adhésion à la laïcité de l’Etat.
Autant de couacs ou de fausses notes qui ont entaché l’image du mouvement Ennahdha et sa popularité.

La fin de l’islamisme politique ?

Mais les menaces d’implosion du mouvement Ennahdha et de ses partis ou formations satellites peuvent-elles annoncer la fin de l’islamisme politique dans nos contrées ? Rien n’est moins sûr.

Car cette faction ne s’avouera pas vaincue pour autant, à l’image des tentatives (vaines) de se disculper aux yeux de l’opinion publique, de la montée de voix discordantes de membres influents prônant un changement profond dans les structures du parti, ce qui a d’ailleurs suscité l’ire du gourou de la direction du parti sur fond de prises de mesures disciplinaires.

Mais, observateurs et analystes restent convaincus que la reconnaissance des erreurs reste sans valeur si elle n’est pas suivie d’une prise de responsabilité courageuse qui permettra de lever le voile sur les zones d’ombre dans nombre de dossiers et de rendre compte des méfaits reprochés.

Autre manifestation de cette farouche résistance : la poursuite de l’activité de la branche de l’association de l’Union internationale des oulémas musulmans (classée par nombre de pays en tant qu’organisation terroriste) contre vents et marées et contre toutes les voix de bon sens des représentants de la société civile (dont notamment l’Observatoire national pour la défense du caractère civil de l’Etat et le Parti destourien libre) pour lesquels cette institution représente une sérieuse menace de radicalisation de la société tunisienne et matérialise la mainmise du parti islamiste sur les rouages de l’Etat et sur ses institutions.
Ce n’est un secret pour personne que cette branche a été instituée en Tunisie du temps du règne de Hamadi Jebali et a toujours bénéficié du soutien du mouvement islamiste.
D’après nombre d’observateurs qui défendent la laïcité de l’Etat, il faudrait faire en sorte d’interdire l’activité de toutes les associations douteuses qui propagent la pensée obscurantiste et encouragent le fondamentalisme et le terrorisme.

En fait, le mouvement Ennahdha n’a jamais abandonné son statut dépendant de la pensée des Frères musulmans, ce qui a d’ailleurs impacté sa stratégie politique et culturelle. Et du coup, il n’a jamais envisagé une volte-face géostratégique mondiale qui emporterait à jamais ce mouvement international qui a subi tant de revers depuis l’échec de la révolution égyptienne.

Pour l’heure, le mouvement islamiste cherche par tous les moyens à éviter la confrontation,
. que ce soit avec les autres acteurs politiques, essentiellement celui qui a désormais les cartes en main, à savoir Kaïs Saïed (sur lequel pourtant a parié le parti islamiste lors des dernières élections présidentielles),
. ou des vis-à-vis d’une opinion publique qui reste à reconquérir en attendant que les choses se tassent.

« Pour être efficace, il faut cacher ses intentions », disait Machiavel. Le chef de l’Etat semble pour le moment appliquer ce précepte, mais encore faut-il que l’attente de l’opinion ne soit pas, cette fois-ci, déçue