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Turquie. Erdogan détourne, malgré lui, les jeunes de l’islam

lundi 27 septembre 2021, par siawi3

Source :https://www.ouest-france.fr/monde/turquie/recep-tayyip-erdogan/turquie-erdogan-detourne-les-jeunes-de-l-islam-9c5b4e50-1c69-11ec-bd62-309aa6c6e6cb

Turquie. Erdogan détourne, malgré lui, les jeunes de l’islam

Au pouvoir depuis deux décennies, Recep Tayyip Erdogan et les islamo-nationalistes de l’AKP prétendaient façonner une « génération pieuse » à leur image. En dépit des moyens déployés, le bilan est plus que mitigé.

Photo : Une jeune Stanbuliote près de la mosquée Yeni-Cami. | OUEST-FRANCE, Zafer SIVRIKAYA. Publié le 23/09/2021 à 19h51

« Nous allons former une génération pieuse » déclarait, en 2012, Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre et bientôt Président d’une République laïque depuis 1923. Depuis, pour satisfaire le Reis, le pouvoir n’a pas lésiné sur les moyens, en particulier dans le secteur de l’éducation. Les Imam Hatip, établissements religieux censés à l’origine former les futurs imams, se sont multipliés. En dix ans, le nombre de lycées de cette filière a fortement augmenté et celui des collèges a triplé, au point que certains parents, bien que n’étant pas musulmans sunnites, se retrouvent contraints par la carte scolaire d’y inscrire leurs enfants. Ils comptent 1,5 million d’élèves.

Quant à l’enseignement général, ses programmes ont également été modifiés, la théorie de l’évolution expurgée des livres scolaires, et les cours de religion optionnels rendus quasi obligatoires. Mais ces changements en profondeur, tout comme la construction de mosquées géantes ou la production de séries télé à la gloire des héros musulmans, n’ont pas rencontré l’écho espéré dans la jeunesse.

Au contraire même, selon l’institut de sondages Konda, qui souligne les mutations de la pratique religieuse chez les jeunes se définissant comme croyants. Ils ne sont plus que 58 % à observer le jeûne du ramadan (74 % dix ans plus tôt) ; tandis que 50 % des filles portent le voile, au lieu de 57 %.

« L’accès massif aux nouvelles technologies, à une vie plus moderne, a joué un rôle important, mais la vraie raison de cette évolution est la mauvaise image que le pouvoir a donnée de la religion », » déplore Cemal, universitaire d’Istanbul, qui tient à l’anonymat pour ne pas perdre son emploi. « Ma femme et moi sommes très croyants, mais avons du mal à transmettre cette foi à nos enfants. L’AKP a transformé la religion en une idéologie officielle et ringarde qui ne passe pas chez les jeunes. Pour accéder et se maintenir au pouvoir, ils ont utilisé la religion d’une manière trop ostentatoire, et cela a fini par en salir l’image. »

Dans une société de plus en plus connectée et individualisée, la mauvaise image du pouvoir conservateur chez les jeunes rejaillit aussi sur la religion elle-même. Une situation dont se félicite Özcan Pali, 43 ans, entrepreneur et président de l’Association des déistes de Turquie qui, s’ils croient à l’existence de Dieu, dénoncent la religion comme un artifice inventé par l’homme. « En vingt ans au pouvoir, L’AKP a réussi à faire ce qu’aucun pouvoir laïc autoritaire n’aurait pu accomplir, souligne-t-il. Les affaires de corruption chez les tenants de l’islam politique et le rejet qu’ils suscitent dans la population ont conduit beaucoup de gens à interroger leurs croyances, l’athéisme a un peu augmenté, mais le déisme a explosé ». »

Baisse de la pratique religieuse, augmentation du déisme, la génération pieuse voulue par Erdogan tarde à se manifester, et les jeunes électeurs pourraient même lui coûter son poste lors des élections de 2023.