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France : Djihadisme et suprémacisme noir : quelles sont les associations dissoutes par l’Intérieur ?

vendredi 1er octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/djihadisme-et-supremacisme-noir-quelles-sont-les-associations-dissoutes-par-linterieur?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20210930&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D


Djihadisme et suprémacisme noir : quelles sont les associations dissoutes par l’Intérieur ?

Séparatisme

Par Jean-Loup Adenor

Publié le 29/09/2021 à 19:00

La maison d’édition islamiste, Nawa, et la Ligue de défense noire africaine ont été dissoutes ce mercredi. D’autres associations et lieux de culte, visés par des procédures, devraient suivre. C’est ce qu’a annoncé Gérald Darmanin dans Le Figaro ce mercredi matin. Focus sur ces organisations accusés d’alimenter le séparatisme.

À quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement veut frapper fort contre l’islamisme radical et le séparatisme...et le fait savoir. Dans Le Figaro ce mercredi 29 septembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé avoir lancé des procédures pour fermer six lieux de culte et plusieurs associations soupçonnés de faire la propagande de l’islamisme radical. Soulignant qu’un tiers des 89 lieux de culte « soupçonnés d’être radicaux et répertoriés par les services de renseignement » ont été contrôlés depuis novembre 2020, Darmanin a indiqué que « des procédures [étaient] enclenchées pour en fermer six autres » dans la Sarthe, en Meurthe-et-Moselle, en Côte-d’Or, dans le Rhône ou le Gard. Zoom sur deux cibles de la Place Beauvau.

Nawa, une maison d’édition « pro djihadisme »

Fondée en 2008, la maison d’édition Nawa est dirigée par Abû Soleiman Al-Kaabi et Aïssam Aït Yahya, un Français d’origine marocaine. Les livres de ce dernier constituent l’essentiel du catalogue de la maison. Aïssam Aït Yahya, qui est également connu pour sa critique de la laïcité et de la République, a rédigé un ouvrage sur l’un des plus importants théoriciens des Frères musulmans, Sayyib Qutb, qui a écrit Notre combat contre les Juifs dans les années 1950.

Selon le décret de dissolution rendu public par Gérald Darmanin sur Twitter, le gouvernement reproche à Nawa « sa ligne éditoriale [qui] promeut en réalité un islam extrémiste par la diffusion d’ouvrages et l’appui d’internet ». Le texte précise que « le président de l’association évolue dans un environnement pro djihadiste dont il partage les valeurs, que son beau-père est l’un des fondateurs de la communauté islamiste d’Artigat (Ariège) d’où sont issus notamment les frères Merah, les frères Clain [impliqués dans les attentats du 13-novembre], Sabri Essid [demi-frère de Mohamed Merah] et Thomas Barnoin [djihadiste, proche de Mohamed Merah, arrêté en Syrie] ».

À LIRE AUSSI : Dissoudre des associations islamistes ? Pourquoi ce n’est pas si simple

Pour Gilles Clavreul, cofondateur du Printemps Républicain et préfet en disponibilité, Nawa joue les ponts entre deux galaxies islamistes : d’un côté, les associations « vitrines » comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et de l’autre, la frange dure du djihadisme toulousain et de la prédication salafiste. « Nawa est le pivot entre l’islamopshère « légale » qui développe une pensée frérosalafiste acceptable et la frange proprement djihadiste dont faisaient partie les frères Clain, qui ont eux-mêmes prêché sur les marchés toulousains », décrypte Gilles Clavreul.

Aïssam Aït Yahya, co-fondateur de la maison d’édition, est une figure discrète mais importante de l’islamisme en France. « Son nom a été mentionné dans le mensuel de Daech comme un intellectuel djihadiste », précise Gilles Clavreul. La décision du gouvernement pointe à ce titre particulièrement « plusieurs textes » dans lesquels « le président et vice-président de l’association Nawa exaltent le djihad, présenté comme un devoir pour les musulmans, louent la valeur supérieure des combattants musulmans, légitiment la mort en martyr et la création d’un État islamique, tout en minimisant les actions à caractère terroriste ».

Qu’attendre de cette dissolution ? « La dissolution administrative permet de désorganiser ces groupuscules. Sans existence légale, ils ne peuvent pas avoir de raison sociale, de compte en banque… C’est très contraignant », explique Gilles Clavreul. À ce titre, l’exemple de la dissolution, fin 2020, du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) est édifiant : « Ils se sont reconstitués à l’étranger mais ils n’ont plus du tout le même rayonnement qu’avant », estime le haut fonctionnaire.

Autre effet : la prise de distance d’associations islamiques qui aspirent à la respectabilité. « C’est ça qui est important. Pour les groupes islamiques qui cherchent une forme de respectabilité, ils sentent bien aujourd’hui que ce n’est pas bon de s’acoquiner avec les plus radicaux », se félicite Gilles Clavreul. Sur Twitter, Nawa a d’ailleurs dénoncé une décision « politique » et appelé le monde de l’édition à la soutenir. Ses responsables ont critiqué « la dérive du modèle français » qui « s’exprime par ces dissolutions arbitraires ». « Nos ouvrages et traductions sont en accusation. Ces accusations, nous, vous et nos milliers de lecteurs savent pertinemment qu’elles sont nulles et non avenues », ont-ils assuré.

La LDNA, association suprémaciste noire

Autre organisation visée par une procédure : la Ligue de défense noire africaine, qui s’est fait connaître par une manifestation organisée contre les violences policières en juin 2020 devant l’ambassade des États-Unis à Paris, le ministère de l’Intérieur a estimé qu’elle appelait « à la haine et à la discrimination ». Le 13 septembre dernier, le ministre de l’Intérieur avait déjà fait part de son intention de dissoudre la LDNA, après un rassemblement non autorisé lié à des tensions entre les communautés kurdes et africaines, devant la mairie de Val-de-Reuil (Eure).

Cet événement est d’ailleurs visé directement par le décret de dissolution, lui aussi rendu public par Gérald Darmanin : « Le dirigeant de la LDNA a appelé à un rassemblement au Val-de-Reuil sur la page Facebook du groupement afin de fustiger l’attitude du maire, d’exiger la libération immédiate des deux frères incarcérés « injustement » à cette occasion ; que lors de ce rassemblement, une vingtaine de personnes s’est introduite par la force dans le hall de la mairie puis dans la salle des mariages s’opposant verbalement puis par la force à l’adjointe au maire. Le qualifiant ultérieurement de « parrain raciste de la mafia kurde » », explique le texte. Le gouvernement estime que la LDNA a instrumentalisé « un différend entre deux enfants, l’un d’origine kurde et l’autre d’origine africaine ». « La LDNA n’a pas hésité à menacer de représailles avec l’appui « des loups gris, ennemis du PKK », groupement dissout à raison de ses agissements violents », est-il précisé.

Fondée en 2017 et active depuis 2018, la LDNA est une association qui se définit comme un « mouvement révolutionnaire pour la défense des droits des afro-descendants et des Africains ». Elle mélange idéologie antiraciste, panafricaine et anticoloniale et privilégie des opérations coup de poing contre tous ceux qui participeraient, selon elle, au racisme anti-noir. Le fondateur, Sylvain Afoua, se revendique comme « activiste politique, anti-négrophobie, panafricain et révolutionnaire ».

« La Ligue de défense noire africaine est un groupe suprémaciste noir, explique Gilles Clavreul. Il suffit d’aller sur leur site pour le constater : ils sont suprémacistes et panafricanistes, avec des relents de hiérarchie raciale, d’antisémitisme et de complotisme ». La LDNA s’est, à l’instar de Nawa, indignée d’une dissolution « politique » peu après l’annonce du gouvernement : « Jamais la LDNA n’a prôné de quelque manière que ce soit une supériorité de la peau noire, ni poussé ses militants à des actes de vengeance contre les visages roses ! Prétendre le contraire c’est accuser de la rage le chien qu’on veut noyer. »

D’autres associations et écoles dans le viseur

Et ce n’est pas terminé. Outre les six lieux de cultes mentionnés par Darmanin dans Le Figaro, « dans l’année qui vient, dix autres associations vont faire l’objet d’une procédure de dissolution, dont quatre dès le mois prochain », a aussi précisé le ministre de l’Intérieur dans le même entretien. Parmi ces dernières, « une structure censée lutter contre « l’islamophobie » dans le Rhône, une association salafiste dans l’Est, une autre qui verse dans le pseudo-humanitaire », a précisé Gérald Darmanin. Le ministre a rappelé que deux imams avaient récemment fait l’objet d’une procédure d’expulsion. « À Gennevilliers, nous avons invité les fidèles à se séparer de leur imam pour éviter de voir leur lieu de culte fermé. »

Toujours selon Beauvau, la lutte contre le séparatisme islamiste « a été à l’origine de 24 000 contrôles menés tous azimuts et de 650 fermetures de lieux fréquentés par des fondamentalistes ». « Quelques dizaines d’écoles posent encore des problèmes, en particulier les structures « coraniques » qui donnent cours dans leurs locaux. Elles font l’objet de contrôles très poussés », a-t-on ajouté.

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Par Jean-Loup Adenor