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Les violences sexuelles dans l’Église, « un véritable désastre » selon Jean-Marc Sauvé

mardi 5 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/faits-divers/agression-sexuelle/violences-sexuelles-dans-l-eglise-l-institution-a-d-abord-cherche-a-eviter-le-scandale-2e01a35c-24eb-11ec-a223-ab33b75ce6dd

Les violences sexuelles dans l’Église, « un véritable désastre » selon Jean-Marc Sauvé

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, présidée par Jean-Marc Sauvé, a remis, le 5 octobre, les conclusions de son enquête. « L’institution a d’abord cherché à éviter le scandale », explique-t-il dans un entretien.

Photo : Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. | MARC OLLIVIER/OUEST-FRANCE

Ouest-France

Propos recueillis par Alan LE BLOA et François VERCELLETTO.

Modifié le 05/10/2021 à 17h14 Publié le 05/10/2021 à 15h30

Au terme de près deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) depuis 1950, dévoile son rapport, ce mardi 5 octobre. Son président, Jean-Marc Sauvé, dévoile des chiffres « terribles » pour l’Église catholique.

Comment avez-vous composé la commission ?

Installée, le 8 février 2019, à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), elle compte 22 membres, spécialistes en histoire, théologie, sciences sociales, psychiatrie, protection de l’enfance et droit… Totalement indépendante, elle ne comprend ni clercs, ni religieux, ni victimes, au sujet desquelles nous devions faire toute la lumière. L’Église a financé une enveloppe de 2,6 millions d’euros de dépenses. Nous y avons ajouté 26 000 heures de bénévolat valorisées à 1,2 million d’euros.

Pour l’Église, les chiffres vont constituer un choc terrible.

Que révèle votre rapport ?

Nous avons collecté assez de vérités pour conclure que les violences sexuelles représentent un véritable désastre. Pour l’Église, les chiffres vont constituer un choc terrible. On estime à 216 000 le nombre de mineurs sexuellement agressés par un diacre, un prêtre ou un religieux, entre 1950 et 2020, et à 330 000 le nombre total de victimes en ajoutant les agressions par des laïcs, bénévoles ou salariés missionnés par l’Église.

Pour l’ensemble de notre société, l’Inserm, qui a mené une enquête auprès d’un échantillon de 28 010 personnes représentatives de la population française, estime à 5,5 millions le nombre des majeurs ayant subi des violences sexuelles dans l’enfance, soit 14,5 % des femmes et 6,4 % des hommes.

Lire aussi  : Violences sexuelles dans l’Église : les chiffres « choc » du rapport Sauvé

Que recouvre le terme abus ?

Nous avons choisi d’utiliser le mot « violences » dans le titre et le texte du rapport. Ce terme renvoie aux violences sexistes et sexuelles et désigne un ensemble d’actes qui constituent tous des infractions pénales. Les abus caractérisent, quant à eux, un contexte d’emprise, de domination comme les abus d’autorité. Le pape, dans sa lettre au peuple de Dieu parle lui-même d’abus spirituel, de conscience et de pouvoir.

Les abus se sont souvent déroulés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années.

Comment la commission a-t-elle travaillé ?

Un appel à témoignages a été lancé le 3 juin 2019 qui nous a permis de nouer 6 471 contacts et d’identifier des victimes, que nous avons parfois orientées vers des associations ou des dispositifs de soin. 1 628 personnes ont rempli un questionnaire et 243 auditions ont été menées, 174 par la commission et 69 par l’Inserm. Quatorze réunions publiques ont été organisées en région. Un inventaire de toutes les archives a été effectué et celles de 31 diocèses et de 15 instituts religieux ont été visitées sur place par l’École pratique des hautes études. Cela nous a permis de suivre les trajectoires de prêtres ayant été repérés comme « ayant des problèmes avec les enfants », pour reprendre la terminologie d’alors…

À quelles périodes ces actes ont-ils été commis dans l’Église ?

La majorité des abus (56 %) ont eu lieu entre 1950 et 1970. On a constaté une chute importante entre 1970 et 1990 (22 %). Durant les trente dernières années, les abus ont encore baissé, sans disparaître. On en a identifié 47 500, dont plus de la moitié dans les années 1990. Ce n’est pas un sujet du passé, contrairement à ce que pensait l’Église.

Par ailleurs, les violences sexuelles en son sein ne sont pas moins graves que dans le reste de la société. La proportion de viols y est de 32 %. Ces abus ne sont ni ponctuels, ni occasionnels. Ils se sont souvent déroulés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années.

Les victimes du clergé sont très majoritairement des garçons, à 80 %.

Quel est le profil des victimes du clergé ?

Très majoritairement des garçons, à 80 %, totalement à l’inverse des résultats de l’enquête Inserm, qui évalue la proportion des filles victimes, au sein de la population générale, à 75 %. Cela s’explique sans doute par un effet d’opportunité. Les prêtres étaient en contact avec des garçons dans les internats, les établissements scolaires, avec des enfants de chœur… Ils avaient beaucoup moins accès aux filles.

Deuxième cause, des éléments touchant à la psychologie, la proximité qui peut exister entre le prêtre et un préadolescent, en particulier à l’âge où se cristallise le désir d’une vocation, souvent vers douze ans. La littérature scientifique a montré qu’il existe une forte inclination d’un certain nombre de prédateurs pour des garçons prépubères. Et ces prédateurs-là sont, systématiquement, de très gros prédateurs, capables de faire plusieurs dizaines de victimes.

Lire aussi : TÉMOIGNAGE. « Victime d’actes pédophiles, j’ai été reçu par le Pape »

Votre rapport critique sévèrement l’inaction de l’Église…

L’institution a d’abord cherché à se protéger, à éviter le scandale. Longtemps, elle a été totalement indifférente au sort des victimes et se contentait de déplacer les fautifs. De plus, le droit de l’Église – le droit canonique – n’a pas rempli son office. Quand il a fonctionné, il a totalement ignoré la victime. Celle-ci n’a pas accès à la procédure, et si elle porte plainte, elle n’est pas informée, ou elle apprend « par la bande » que son agresseur n’a pas été sanctionné, ou que sa « peine » se limite à un pèlerinage. Imaginez si elle a été violée…

L’Église n’a pas été en capacité de voir et d’entendre les alertes ni de protéger les enfants.

Quelles préconisations formulez-vous ?

Eu égard à leur nombre et aux mécanismes observés, ces violences sexuelles ne sont pas une simple addition d’histoires malheureuses impliquant des « brebis galeuses ». L’Église n’a pas été en capacité de voir et d’entendre les alertes ni de protéger les enfants. Elle a notamment laissé ordonner des hommes qui choisissaient la prêtrise pour assouvir, en réalité, leurs pulsions. L’Église catholique doit donc reconnaître pour le passé sa responsabilité qui est de nature systémique.

Lire aussi  : Violences sexuelles dans l’Église : ce que recommande le rapport de la commission Sauvé

Il faut qu’elle puisse, par le truchement d’une instance indépendante, reconnaître ou pas la qualité de victime des personnes qui s’adressent à elle. Et, seulement après, il doit y avoir une indemnisation correspondant à la réparation d’un préjudice. Elle ne peut pas être forfaitaire.

Ce dispositif doit s’appliquer en priorité aux infractions prescrites. En revanche, la commission ne propose pas l’imprescriptibilité des crimes et délits en matière sexuelle.

Il y a eu dans les abus des racines spécifiquement catholiques, par exemple l’accès à l’intimité et à la conscience des enfants. Ce sont des clés qui permettent d’abuser. La commission a passé en revue tout ce qui peut conduire à des abus d’autorité et à des perversions qui favorisent l’emprise, la domination, et donc l’abus sexuel : abus du sacré, abus spirituel, dévoiement du principe d’obéissance.

Nous considérons que la loi de la République doit primer et que le secret de la confession ne peut pas, dans ce seul cas, lui être opposé.

Qu’en est-il du secret de la confession ?

La commission ne prétend nullement l’abolir. Mais la personne qui reçoit en confession des informations sur des mauvais traitements sur enfants ou personnes vulnérables doit, en application du Code pénal, les signaler aux autorités judiciaires et administratives. L’Église doit mettre en balance le secret de la confession avec la protection de la vie et de la dignité des personnes. Nous considérons que la loi de la République doit primer et que le secret de la confession ne peut pas, dans ce seul cas, lui être opposé.

Le nivellement de tous les manquements dans la morale sexuelle de l’Église catholique pose aussi problème. Le viol, l’adultère et la masturbation se situent presque au même niveau de gravité. Cette morale ne prend pas non plus en compte les atteintes à l’intégrité physique et psychique de la personne qui sont des œuvres de mort, c’est-à-dire des manquements au cinquième commandement « tu ne tueras point ».

La commission présente aussi des recommandations sur la gouvernance de l’Église. Elle propose que les laïcs puissent accéder plus largement aux instances décisionnelles. Mais elle ne recommande pas l’abolition du célibat des prêtres, dont elle considère qu’il n’est pas la cause des abus, et pas davantage l’ordination des femmes.

Il faut aussi mettre en place des plans de prévention et de réduction des risques, comme on le fait dans toutes les institutions publiques ou privées. En matière de signalement à la justice, le modèle du protocole qui a été passé à Paris, entre le procureur et l’archevêque est tout à fait pertinent.

Où était Dieu ? Évidemment, il n’était pas du côté des ministres du culte qui ont commis ce type d’actes.

Ce travail a-t-il modifié votre rapport à l’Église et à votre foi ?

Les découvertes que nous avons faites sont terribles. La rencontre avec les victimes représente aussi un choc très éprouvant. Je continue à croire tout en faisant, sans doute, une place différente à l’institution ecclésiale d’une part, et à ce que sont ​la parole de Dieu, les sacrements et la prière, d’autre part. Tout ce que j’ai découvert montre qu’il y a encore plus important que l’institution : il y a la Révélation de l’amour de Dieu dont nous sommes les dépositaires.

Ce qui est quand même très troublant, c’est le mystère du mal. Comment a-t-il pu, dans un certain nombre de cas, pas uniquement ponctuels, s’insinuer à ce point dans une entreprise de salut ? Où était Dieu ? Évidemment, il n’était pas du côté des ministres du culte qui ont commis ce type d’actes. Dieu était présent au cœur des victimes. Il y a eu une totale inversion de signes. Et ça, c’est bouleversant pour un croyant catholique comme moi.