Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : Comment anticiper la libération des détenus condamnés pour (...)

France : Comment anticiper la libération des détenus condamnés pour terrorisme Islamisme

samedi 9 octobre 2021, par siawi3

Source :https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/comment-anticiper-la-liberation-des-detenus-condamnes-pour-terrorisme?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20211008&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D


Comment anticiper la libération des détenus condamnés pour terrorisme
Islamisme

Propos recueillis par Pierre Coudurier

Publié le 08/10/2021 à 7:00

Le rythme des libérations de détenus incarcérés pour des faits de terrorisme islamiste augmente. Dans un rapport parlementaire, la délégation au renseignement (DPR) alerte sur l’impératif de suivi qui s’impose, afin d’éviter toute récidive.

Entretien avec Françoise Dumas
députée LREM du Gard et présidente de cette délégation.

Prétendre être sorti du djihadisme suffit-il à constituer une preuve ? Cette question inflammable est mise sur la table par la Délégation au renseignement qui dans un rapport, affirme que la libération de détenus condamnés pour faits de terrorisme islamiste va « sensiblement s’accélérer en 2023 et 2024. » Et appelle à un suivi accru pour éviter toute récidive. « Le nombre de détenus condamnés pour des faits de terrorisme islamiste commence à décliner dans les prisons françaises », soulignent les parlementaires, en notant que 163 d’entre eux seront libérés dans les trois années à venir. Au premier trimestre 2021, les prisons françaises comptaient environ 470 détenus, contre 550 à 600 sur la période 2018-2019, auxquels s’ajoutent environ 700 détenus condamnés pour des faits de droit commun radicalisés.

Autre inquiétude exprimée par la DPR, « la reconstitution possible d’une menace projetée au vu de la dégradation de la situation sécuritaire » en zone irako-syrienne. Les personnes retenues dans les camps du nord-est syrien représentent un vivier stratégique pour Daesh, en particulier les mineurs considérés comme de véritables « lionceaux du califat ». Depuis la chute de l’EI en 2019, Paris a rapatrié au cas par cas 35 enfants français sur les 200 à 300 détenus en Syrie. La France estime en revanche que les adultes, accusés de complicité avec l’organisation, devraient être jugés sur place. 175 parlementaires français, majoritairement de gauche mais aussi de la majorité, ont appelé lundi dans une tribune au Monde, à « rapatrier immédiatement » ces enfants français et leurs mères, « détenus arbitrairement » selon eux dans des camps du nord-est de la Syrie.

Pour évoquer cette question délicate, Marianne s’est entretenu avec Françoise Dumas députée LREM du Gard, et présidente de la délégation parlementaire au renseignement.

Marianne : Une prise d’otage a récemment eu lieu à la prison de Condé-sur-Sarthe. Les djihadistes sont-ils suffisamment encadrés dans les prisons pour prévenir ce genre d’actes ?

F.D. La montée en puissance du renseignement pénitentiaire est un fait marquant de ces dernières années. Le Service national du renseignement pénitentiaire (SNRP) a en effet vu ses effectifs et ses moyens sensiblement renforcés pour remplir ses missions en milieu fermé et agit au quotidien pour assurer la sécurité dans les prisons, alors que la majorité des attentats visent des personnels en uniforme. Face à l’augmentation du nombre de détenus condamnés pour des actes de terrorisme, le renseignement pénitentiaire est devenu un maillon essentiel dans la chaîne du renseignement.

Qu’en est-il de l’évaluation de la radicalisation dans les prisons ? Peut-on laisser en liberté des détenus qu’on pense être encore dangereux ?

Une telle évaluation n’est pas le rôle de l’administration pénitentiaire mais de la justice ! Il s’agit en revanche d’éviter que les prisons ne deviennent des lieux de radicalisation. Pour le renseignement pénitentiaire, l’urgence est de détecter ces signaux faibles qui permettent de prévenir d’éventuels passages à l’acte. De nouveaux quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) et de prise en charge de la radicalisation (QPR) ont été créés ou le seront prochainement. La délégation parlementaire au renseignement juge d’ailleurs nécessaire d’augmenter le nombre de places pour femmes au sein de ces structures.
« L’évolution politique en Afghanistan, la situation au Sahel, le vivier que représente pour Daesh un certain nombre de personnes retenues dans les camps du nord Est syrien appellent à ne jamais baisser la garde. »

La nouvelle loi relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement prévoit la création d’une mesure judiciaire de prévention de la récidive terroriste et de réinsertion. Qu’en est-il exactement ?

Le nombre de détenus condamnés pour des faits de terrorisme islamiste commence à décliner dans les prisons françaises mais le rythme des sorties, lui, s’accélère. Le risque zéro n’existe pas, et tout l’enjeu consiste à anticiper ces sorties, à partager les informations entre services de renseignement et à mettre en place, dans le cadre de ce que permet le droit, des dispositifs de suivi appropriés afin de ne pas perdre de vue des individus susceptibles de constituer une menace une fois sortie de prison.

La sortie prochaine des djihadistes constitue-t-elle selon vous une menace ?

Il s’agit justement de disposer d’un dispositif juridique adapté pour pouvoir continuer à suivre d’anciens détenus considérés comme particulièrement dangereux. Cette mesure pourra être décidée en l’absence de mesure de suivi judiciaire. Sa durée sera d’un an maximum, renouvelable dans la limite de cinq ans. Cette nouvelle mesure de sûreté sera prononcée en fin de peine par le tribunal de l’application des peines de Paris sur réquisition du parquet national antiterroriste. Elle impliquera notamment une obligation de prise en charge sanitaire, sociale, éducative, psychologique ou psychiatrique.

La dégradation de la sécurité dans la zone irako syrienne interpelle compte tenu du nombre élevé de djihadistes détenus dans des camps. Comment évaluez vous la menace, et le renseignement peut-il suffire à empêcher que de nouveaux groupes se forment dans la région ?

Si les récents attentats commis sur notre sol révèlent une menace essentiellement endogène, on ne saurait négliger la reconstitution possible d’une menace projetée depuis l’étranger. L’évolution politique en Afghanistan, la situation au Sahel, le vivier que représente pour Daesh un certain nombre de personnes retenues dans les camps du nord Est syrien appellent à ne jamais baisser la garde. Le renseignement, à lui seul, ne peut pas tout ; mais il joue pleinement son rôle.

À LIRE AUSSI : Quand les États-Unis somment leurs alliés de rapatrier leurs djihadistes