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L’autre Algérie : L’indépendance de l’avenir

jeudi 14 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.liberte-algerie.com/editorial/lindependance-de-lavenir-5986

L’indépendance de l’avenir

Hassane Ouali

7.10.21

La première semaine d’octobre a été fortement marquée par les propos d’Emmanuel Macron sur l’Algérie. Ces quelques phrases, lourdes de sens et de conséquences, ont électrisé les débats des deux côtés de la Méditerranée. Et c’est l’aspect mémoriel qui occupe l’essentiel de cette controverse impliquant des politiques, des historiens, des intellectuels et des segments de l’opinion. La critique-ingérence politique émise par le président français a été curieusement occultée. C’est dire à quel point le passé déchaîne les passions et cristallise le plus les discussions. Il continue de structurer le présent et sans doute façonner l’avenir. Notre avenir. Et au passage, le rapport Stora, sur lequel Paris et Alger plaçaient l’espoir de parvenir à une “réconciliation des mémoires”, se trouve balayé de l’histoire. C’est le premier dégât collatéral de la “guerre” de cette semaine.

En somme, face à “l’agression” française, les Algériens, collectivement, se dressent solidement et brandissent à l’unisson l’étendard de Massinissa et de sa nation numide. Mais une fois la menace passée, nous retombons vite dans le déni de soi. L’Algérie redevient vite exclusivement arabe et l’évocation de Jugurtha est considérée comme ringarde. Il se trouve que parmi les défenseurs zélés d’aujourd’hui d’une nation algérienne millénaire, beaucoup sont ceux qui, ces dernières années, n’ont pas cessé de jeter l’opprobre sur ce passé immémorial glorifié.

Le jour où l’Algérie assumera sincèrement son histoire et sans hypocrisie, aucune autre force adverse n’osera l’attaquer. Mais encore une fois, il faut dire que cet état de belligérance – épisodique - place souvent l’Algérie dans une situation de réaction et de défense au risque de ne pas en contrôler les tenants et les aboutissants. On nous enferme dans les batailles du passé - que nous avons pourtant gagnées - pour nous empêcher de mener celles qui viennent. C’est toujours l’autre qui nous fixe les termes du débat ou l’objet du conflit. Et, naturellement, l’on se retrouve dans la posture de celui qui se sent le besoin de prouver quelque chose, de démontrer une existence.

C’est là que réside justement notre défaite. L’Algérie ne s’est pas construite par rapport à elle-même, à son histoire, à ses ambitions, à son émancipation. Et surtout jamais pour assurer l’indépendance de son avenir pour échapper à la soumission totale au nouvel ordre mondial. C’est cette grande bataille qu’il convient de mener aujourd’hui.

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Source : https://www.liberte-algerie.com/actualite/se-sentir-humilie-apres-les-declarations-de-macron-366252

L’Autre Algérie
Se sentir humilié après les déclarations de Macron

Par : Kamel Daoud
Écrivain

Après les déclarations de Macron sur l’Algérie, la mémoire et l’avenir, je me suis senti personnellement humilié. De ce qu’il a dit ? Non. Ce qui humilie, c’est l’ampleur vide, futile, de la réaction des miens, des Algériens. Autant de rage, de colère et d’exagérations humilient en ce qu’elles révèlent le vide d’un projet national, algérien, collectif pour ce pays. Si nous nous sommes autant pressés de refaire la guerre à la France, c’est que nous avons perdu celle au présent contre nos misères et nos pauvretés. Voir autant d’esprits, pourtant lucides, de vieux vétérans, de tuteurs féodaux et de militants à vide réagir avec autant de force, se surpassant dans la “condamnation”, interpelle, mais surtout déçoit profondément, avilit.

Qu’avons-nous nous-mêmes fait de ce pays pour aujourd’hui chercher ailleurs ce qui le définit ? À quand une indépendance affective qui puisse nous permettre de fonder une souveraineté de la confiance en soi, de l’identité imperturbable et définie par les siens et par l’ailleurs ? Pourquoi refaire la bataille d’Alger au lieu de reconstruire Alger, l’Algérie ? Est-il important de chercher si l’Algérie avait existé avant la colonisation française ou de s’interroger, avec inquiétude et courage, si elle va encore exister dans dix ans ? Pourquoi c’est la France qui nous unit dans la réaction et c’est l’Algérie qui nous divise dans l’action ?

Autant de questions que le courage aurait dû nous imposer, mais que la lâcheté face au présent nous fait fuir. Car, qu’importe ce que dit Macron si nous étions confiants en nous-mêmes et que nos certitudes n’étaient pas que de rageurs enthousiasmes ? C’est justement ce qui humilie : voir l’islamiste user des mêmes postures que le laïc, le démocrate, l’opposant, l’homme du “Régime”, pour croire trouver une union sacrée, du sens dans un remake lassant de la guerre de libération imaginaire. Voilà où nous en sommes au final, à dépendre de l’autre pour trouver du sens à ce que nous sommes. Voilà ce qui blesse et rabaisse les yeux vers la terre mal peuplée. Quand allons-nous accepter de cesser de croire à un monopole exclusif sur le récit de cette guerre qui a tant tué et séparé ? Quand allons-nous admettre que l’Autre pays, la France, a ce droit d’en faire le récit selon ses besoins, ses honnêtetés, ses courages et ses reculades ? Macron a discuté avec des Français et selon les besoins de la France au présent, qu’avons-nous à faire de ce qu’il croit ou va croire un autre jour ?

Si nous étions si indépendants, si libres, pourquoi même les plus brillants d’entre nous cèdent si facilement, si souvent, à cette guerre congelée ? Quand allons-nous enfin nous occuper du présent, sans déni du passé, mais du passé sans lui donner le monopole total sur nos présents ? Quand aurons-nous des enfants qui ne naissent pas vieux, perclus de blessures de guerre, mais vantards comme des survivants et âgés comme des vétérans et que seules la chaloupe et la mer rajeunissent ? Quand allons-nous prendre des chemins d’audace et d’enrichissement comme Taïwan après la colonisation japonaise, le Vietnam après deux guerres horribles, la Corée du Sud, etc. ? Ces défilés, routiniers, de faux blessés, d’archivistes des faux chiffres, de rescapés imaginaires d’une guerre depuis longtemps finie, ces médaillés et ces chefs en selfies, tout cela, mon Dieu, blesse et humilie !

La haine de la France, nous l’avons, et c’est une vérité. Mais elle n’est pas due uniquement aux meurtres du passé. Elle est due au vide, au présent, à l’oisiveté, elle se partage entre rentiers du victimaire et prêcheurs de nouvelles croisades, entre islamistes et dé-coloniaux chômeurs, elle nous soude et nous piège, nous empêche de dormir et de nous réveiller, de travailler et d’avoir un rêve autre que celui de détruire la France ou d’y aller vivre. C’est une réalité. La France est le miroir que nous n’aimons pas. Il suffit pour un ministre incompétent de crier que “la France est notre ennemi éternel” pour faire oublier son incompétence, se faire applaudir et saluer les foules comme un libérateur. Il a suffi d’un mot du président de France pour qu’enfin nous ayons un pays bref et uni, sacré et hérissé. Mais dès sa phrase finie, nous voilà sans but et sans ennemi qui nous soudent à l’éternité et à la gloire. Nous allons alors le chercher encore ailleurs : à l’Est, à l’Ouest, au Sud, dans les eaux avec un délire sur un sous-marin, etc.

Où es-tu Grand Émir Abdelkader pour nous réapprendre à gagner dans la magnanimité, perdre dans l’élégance, croire en préservant le mystère du monde, se battre sans aveuglements ? Où es-tu pour nous rappeler que la terre d’un pays est ce que nous avons entre les mains et pas sous les pieds ?