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France : « L’Éducation nationale doit reconnaître sa part de responsabilité dans le meurtre de Samuel Paty »

vendredi 15 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-education-nationale-doit-reconnaitre-sa-part-de-responsabilite-dans-le-meurtre-de-samuel-paty-20211014

« L’Éducation nationale doit reconnaître sa part de responsabilité dans le meurtre de Samuel Paty »

Dider Lemaire | 14/10/2021 à 19:03

TRIBUNE - Pour le lanceur d’alerte Didier Lemaire, commémorer l’assassinat de Samuel Paty ne sera utile que si l’Éducation nationale et certains ex-collègues de la victime assument l’avoir pointé du doigt, « lâché » et diffamé.

Didier Lemaire est professeur de philosophie. Pendant vingt ans, il a enseigné au lycée La Plaine-de-Neauphle à Trappes (Yvelines). En février 2021, il a dû mettre en suspens sa carrière d’enseignant après avoir été menacé pour avoir dénoncé l’entrisme islamiste à l’école. Il publie « Lettre d’un hussard de la République. Avant qu’il ne soit trop tard… » (Robert Laffont, 240 p., 18,50 €).

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En cette journée d’hommage au professeur sauvagement assassiné, on cherche une vérité qui ne dérangerait personne. Une vérité qui pourrait soulager notre mauvaise conscience. C’est beaucoup demander à la vérité. Avec des bougies et des fleurs, dans la grande communion des cœurs, on s’en remet à la parole des jeunes, comme dans cette exposition, présentée aux députés, « Touche pas à mon professeur ». Ici ou là, au choix, une minute de silence ou, par exemple, une heure de discussion dans le cadre de l’éducation morale et civique. On plante enfin un arbre, on pose une plaque, et en voilà pour jamais.

Au congrès de la FCPE, des propos sur Samuel Paty font polémique et ravivent des fractures internes : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/au-congres-de-la-fcpe-des-propos-sur-samuel-paty-font-polemique-et-ravivent-des-fractures-internes-20210704

Au début, pourtant, il y eut le mensonge de la petite élève Z selon lequel l’enseignant aurait froissé la classe en analysant un document dans le cadre de son cours sur la liberté d’expression. Mensonge relayé par ses parents et orchestré par un sinistre entrepreneur de colère, fiché S pour « radicalisation à caractère terroriste ». Et bientôt, la rumeur, le soupçon d’islamophobie. Une institution qui reprend la parole de l’élève. Une institution qui reproche au professeur de ne pas suffisamment maîtriser le concept de laïcité et qui lui demande des excuses pour son « erreur ».

Des collègues bien-pensants qui prennent le parti des islamistes en accusant Samuel Paty de « travailler contre la laïcité en lui donnant l’aspect de l’intolérance » et d’avoir même « commis un acte de discrimination ». Une FCPE qui invite la famille à déposer plainte. Des syndicats muets. Des politiques qui ne mettent en place aucune protection policière et qui, le soir de l’assassinat, s’en lavent les mains. Et il faudrait faire comme si tous avaient soutenu le professeur et l’avaient défendu ? Quel est le sens de cet « hommage » où le mensonge d’État se dissimule derrière la parole des enfants ? Est-ce l’hommage d’une France qui n’ose pas regarder en face sa lâcheté ?

Voir aussi : Luc Ferry : « Pourquoi il faut enseigner la laïcité » : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/luc-ferry-pourquoi-il-faut-enseigner-la-laicite-20210922

Le livre de David di Nota, J’ai exécuté un chien de l’enfer. Rapport sur l’assassinat de Samuel Paty (Le Cherche Midi), nous le démontre : ou bien l’Éducation nationale affirme avoir soutenu l’enseignant mais alors comment expliquer les déclarations du référent laïcité qui figurent dans le rapport officiel et ses demandes d’excuse ? Ou bien l’Éducation nationale reconnaît n’avoir pas soutenu Samuel Paty et elle doit s’interroger sur sa part de responsabilité dans cet assassinat.

« Cet anniversaire ne doit pas être oublié » a dit le ministre lors d’une table ronde hommage à Samuel Paty, le 8 octobre dernier. Oublié par qui ? Comment pourrions-nous oublier ? Peut-être d’aucuns préféreraient-ils un peu oublier, faire comme si cet assassinat d’un professeur n’était qu’un fait divers, une « tragédie », un concours de circonstances malheureux sans rapport avec le climat politique de notre pays et le délitement d’une institution qui ne joue plus son rôle de pilier de la nation ? Oublier le djihadisme d’atmosphère, les menaces de mort qui se multiplient depuis le 16 octobre dernier contre les serviteurs de la République ?

À voir aussi -Laïcité, liberté d’expression : ce que pensent les Français, un an après l’assassinat de S.Paty

Laïcité, liberté d ?expression : ce que pensent les Français, un an après l ?assassinat de S.Paty - Regarder sur Figaro Live

Assassinat de Samuel Paty : un tueur « isolé » sous « influences » : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/assassinat-de-samuel-paty-le-role-trouble-de-priscilla-m-alias-cicatrice-sucree-20211014

Il y aura « un avant et après Samuel Paty » lorsqu’on aura fait le procès non pas des enseignants mais de cette politique d’accommodements raisonnables qui a précipité le sort de notre collègue. Il faudra alors refonder l’école, rappeler sa mission première : instruire, transmettre des savoirs sans lesquels il ne peut y avoir d’individu libre et de citoyen, transmettre notre culture humaniste qui reconnaît en chaque homme une personne et un être absolument singulier. Il faudra restaurer l’autorité de la loi républicaine face à ceux qui la contestent au nom d’un antiracisme devenu fou, et qui refusent la science, la réflexion autonome, la liberté de conscience, l’égalité des sexes, le respect de la personne. Il faudra cesser de faire porter aux enseignants le poids des atteintes à la laïcité, la contestation des règles scolaires, la violence aveugle ou instrumentalisée qu’ils subissent quotidiennement. La République devra trancher entre l’action émancipatrice et les pressions exercées par les ennemis de l’école et de la paix civile.

Au lieu d’un hommage hypocrite, indigne du nom de Samuel Paty, regardons le réel en face et cessons de tergiverser avec la vérité. Osons transmettre les valeurs de notre culture, osons défendre notre pays que nous souffrons d’aimer !