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France : Samuel Paty. Huit questions sur l’assassinat du professeur à la sortie de son collège il y a un an

vendredi 15 octobre 2021, par siawi3

Source :https://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/samuel-paty-huit-questions-sur-la-mort-du-professeur-bde4551e-2c2f-11ec-8e7d-0373d7df7446


Samuel Paty. Huit questions sur l’assassinat du professeur à la sortie de son collège il y a un an

Il y a un an, le 16 octobre 2020, Samuel Paty était assassiné à la sortie du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Son assassin a été tué par des policiers. Seize personnes ont été mises en examen à ce jour.

Photo : Des proches de Samuel Paty présentent une photo du professeur assassiné lors de la marche blanche organisée en sa mémoire en 2020. | BERTRAND GUAY, AFP

Ouest-France

Arnaud BÉLIER.

Modifié le 15/10/2021 à 09h22 Publié le 15/10/2021 à 08h31

Il y a un an, le 16 octobre 2020, Samuel Paty était assassiné à la sortie du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où il enseignait l’histoire-géographie. Alors qu’un hommage lui sera rendu ce vendredi 15 octobre, dans tous les établissements scolaires de France, retour sur l’enchaînement des faits qui a conduit au drame, et pour lequel seize personnes, dont un tiers de mineurs, ont été mises en examen.

1. Qui était Samuel Paty ?

Samuel Paty est né le 18 septembre 1973 à Moulins (Allier). Après des études en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Édouard-Herriot, à l’université Lumière-Lyon-II, puis à l’IUFM de Lyon, il obtient le Capes d’histoire-géographie en 1997. Pendant vingt-deux ans, il enseigne dans plusieurs établissements de l’académie de Créteil (Val-de-Marne), avant de rejoindre le collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), pour se rapprocher de son ex-compagne, dont il est séparé, et de son fils, Gabriel, 5 ans.

2. Comment est-il mort ?

Le 16 octobre 2020, vers 17 h, des policiers municipaux d’Éragny (Val-d’Oise), commune limitrophe de Conflans-Sainte-Honorine, découvrent son corps, décapité. Son assassin, Abdoullakh Anzorov, un réfugié russe d’origine tchétchène de 18 ans, en voulait au professeur pour avoir montré des caricatures de Mahomet dans deux cours d’enseignement moral et civique (EMC). En voie de radicalisation, il avait fait l’objet, en juillet 2020, de plusieurs signalements sur la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur. Ce 16 octobre, un ami l’a emmené en voiture d’Évreux où il réside. Ne connaissant pas le visage de Samuel Paty, il a abordé plusieurs collégiens leur demandant de l’aider à l’identifier contre 300 €. Il leur a indiqué qu’il souhaitait « filmer le professeur, l’obliger à lui demander pardon, l’humilier, le frapper »​.

3. Quelles sont les circonstances de la mort d’Abdoullakh Anzorov ?

Après son crime, l’assassin est repéré deux cents mètres plus loin par des policiers nationaux de la brigade anti-criminalité. Il porte une arme de poing – on découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un pistolet à air comprimé muni de billes. Les policiers lui demandent de la jeter. Il s’élance vers eux en criant « Allahu Akbar » ​(« Dieu est le plus grand »​). Trois policiers ripostent. L’assaillant tombe au sol, se relève, tente de donner des coups de couteau. Il est abattu. L’enquête déterminera qu’il a reçu neuf balles et qu’à 16 h 57, il avait diffusé sur Twitter la photo de la tête de Samuel Paty, accompagnée d’un message adressé à Emmanuel Macron, « le dirigeant des infidèles »​, expliquant qu’il a tué celui « qui a osé rabaisser Muhammad » ​(Mahomet). Fêté en héros, Abdoullakh Anzorov a été enterré le 6 décembre, dans le village de Chalaji, en Tchétchénie.

4. Pourquoi s’en être pris au professeur ?

Les 5 et 6 octobre 2020, Samuel Paty a consacré une heure d’EMC à la liberté d’expression aux élèves de sa classe de quatrième 5. L’intitulé de son cours : « Situation dilemme : être ou ne pas être Charlie ? » Une référence à l’hebdomadaire satirique, cible d’un attentat qui a fait douze morts et onze blessés le 7 janvier 2015. Le premier dessin a été publié à la Une de Charlie Hebdo, une semaine avec l’attentat. On y voit Mahomet pleurer avec une pancarte dans ses mains indiquant : « Tout est pardonné. » ​Le second dessin, paru en dernière page sous le bandeau « Les couvertures auxquelles vous avez échappé »​, représente un homme barbu se prosternant, nu, une grande étoile cachant son anus. Le dessin, signé Coco, est titré : « Mahomet une étoile est née. »

5. Pourquoi cette caricature a-t-elle fait débat ?

Selon, l’historienne Anne Simonin (dans le magazine L’histoire du mois d’octobre 2021), l’étoile jaune de la caricature n’est pas une étoile de David ; elle fait allusion au Walk of fame, le célèbre trottoir d’Hollywood qui arbore les noms de vedettes écrits dans des étoiles. Dans le dernier numéro du magazine L’histoire, l’historienne Anne Simonin explique qu’elle fait référence à un film, Innocence of Muslims, « une charge grotesque contre un personnage présenté comme le prophète Muhammad », qui n’a été diffusé qu’une seule fois en 2012 devant moins de dix personnes, et dont il ne subsiste que quatorze minutes. Mais exploité par les islamistes, cet extrait « « va embraser le Moyen-Orient » » ​, coûtant la vie à l’ambassadeur américain en Libye, lors des émeutes de septembre 2012 à Benghazi.

6. Quel est l’enchaînement qui a conduit au meurtre ?

Le 7 octobre 2020, une élève de la classe de quatrième 5, est exclue du collège du Bois d’Aulne pour raisons disciplinaires. Exutoire, moyen de dériver la colère de ses parents : elle accuse alors son professeur de l’avoir contrainte à aller dans le couloir lors d’une des séances d’EMC au motif qu’elle était musulmane. Elle affirme s’être « insurgée contre le professeur »​, ce qui aurait été la cause de son expulsion. Lors de sa garde à vue, après le meurtre, elle reconnaîtra avoir menti. Mais le mal est fait : son père Brahim Chnina s’en offusque sur Facebook, accusant Samuel Paty d’avoir présenté en classe une photo de Mahomet nu. Sur une vidéo, relayée par la mosquée de Pantin, il traite l’enseignant de « voyou » ​et de « malade »​. Sur une seconde vidéo, le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui donne le nom du professeur. Abdoullakh Anzorov a-t-il visionné ces vidéos ? C’est l’une des questions auxquelles les enquêteurs devront répondre.

7. Comment l’Éducation nationale a-t-elle réagi ?

Dès le 8 octobre, Brahim Chnina porte plainte pour « diffusion d’images pornographiques »​. Avec Abdelhakim Sefrioui, il organise des manifestations de protestation devant le collège du Bois d’Aulne. Le 9 octobre, Samuel Paty est reçu par un inspecteur académique qui lui rappelle les règles de neutralité de l’Éducation nationale. Samuel Paty explique que durant les deux cours incriminés, il a proposé aux élèves qui pourraient être choqués par les caricatures de sortir quelques minutes, sous la surveillance d’un adulte, en l’espèce une accompagnatrice d’élèves en situation de handicap (AESH). Après la diffusion des vidéos virulentes à son encontre, il dépose plainte le 12 octobre. Lors de son audition, il précise aux policiers : « A aucun moment, je n’ai déclaré aux élèves : Les musulmans, vous pouvez sortir car vous allez être choqués. Et je n’ai pas demandé aux élèves quels étaient ceux qui étaient de confession musulmane. »​Dans un rapport établi par deux inspecteurs généraux, l’Éducation nationale estimera cependant qu’il a commis une « erreur » ​en faisant sortir des élèves. Lui ne reconnaîtra qu’une « maladresse »​.

8. Y aura-t-il un procès ?

Sans doute pas avant deux à trois ans. Seize personnes ont été mises en examen à ce jour : l’élève qui a menti sur le contenu du cours, pour « dénonciation calomnieuse » ​ ; son père et le militant qui a diffusé la vidéo virulente pour, les deux personnes qui ont aidé Abdoullakh Anzorov à acheter ses armes et à l’emmener en voiture à Conflans-Sainte-Honorine, et cinq collégiens qui ont aidé le meurtrier à identifier Samuel Paty, pour « « complicité d’assassinat terroriste ». »​Et six personnes, dont deux mineurs, pour « « association de malfaiteurs terroriste criminelle » »​. On leur reproche d’avoir encouragé le projet d’assassinat de l’enseignant sur les réseaux sociaux.