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Au Mali, le Haut Conseil islamique officiellement chargé de négocier avec les chefs djihadistes

Mali : le gouvernement dément avoir mandaté qui que ce soit pour dialoguer avec les jihadistes

dimanche 24 octobre 2021, par siawi3

Source :https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/10/21/au-mali-le-haut-conseil-islamique-officiellement-charge-de-negocier-avec-les-chefs-djihadistes_6099342_3212.html

Au Mali, le Haut Conseil islamique officiellement chargé de négocier avec les chefs djihadistes

L’ouverture d’un dialogue avec les islamistes armés pourrait accroître les tensions avec la France, depuis toujours opposée à de telles tractations.

Par Cyril Bensimon

Publié le 21 octobre 2021 à 10h22, mis à jour hier à 09h44

Photo : Des soldats maliens avec des membes de la mission Takuba, dans le cercle d’Ansongo, au Mali, le 23 août 2021. PAUL LORGERIE / REUTERS

Au Mali, la désignation officielle du Haut Conseil islamique (HCI) comme instance chargée de « négocier avec les djihadistes maliens », si elle se confirme après le démenti opposé jeudi 21 octobre par le gouvernement à son ministre des affaires religieuses et du culte, viendrait formaliser une situation existante depuis plusieurs années. Le pouvoir malien a, dès 2017, exprimé sa volonté d’ouvrir des tractations avec les islamistes armés, affiliés à Al-Qaida, qui n’ont cessé d’accroître leur rayon d’action dans le nord et le centre du pays. Dans le même temps, le HCI, trait d’union entre les autorités politiques et les associations religieuses, avait déjà multiplié les contacts.

Sous la direction de son ancien patron, l’imam Mahmoud Dicko, cette structure avait notamment négocié, dès 2012, des libérations de soldats. Le religieux wahhabite se présentait alors comme le meilleur outil pour « ramener dans le droit chemin ses frères égarés », en premier lieu Iyad Ag Ghali, l’émir du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, et son lieutenant Amadou Koufa à la tête de la katiba Macina.

Lire aussi  : L’imam Mahmoud Dicko, faiseur et tombeur de rois au Mali

Passé depuis 2019 sous la férule de Chérif Ousmane Madani Haïdara, un prédicateur de rite malikite, très populaire au Mali, le HCI n’a pas perdu son statut de facilitateur. Mais ce rôle n’avait pas été formellement officialisé, ni par l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé en août 2020, qui ne croyait guère au dialogue avec les djihadistes, ni par les premières autorités de transition qui ont laissé ce projet en jachère. Cette fonction lui est désormais ouvertement reconnue, le HCI ayant, selon une source interne, reçu son mandat le 14 juillet par courrier du ministre des affaires religieuses et du culte.

Position de faiblesse

« Nous allons trouver une solution malienne pour éviter que le sang des Maliens ne coule encore. Nous allons nous asseoir sans intermédiaire », promet Moufa Haïdara, le premier secrétaire du HCI. Membre d’une équipe de négociateurs de l’organisation, il avait obtenu en mars un accord de cessez-le-feu local entre chasseurs traditionnels dozos et djihadistes de la katiba Macina dans le cercle de Niono, au centre du pays. Il a depuis volé en éclats.

M. Haïdara ne dit pas quand pourraient débuter les discussions, ni quel en sera le périmètre. « Nous allons discuter de tout. Il y a des lignes rouges mais elles n’ont pas encore été fixées par le gouvernement. L’essentiel, c’est que nous avons en commun des liens du sang et la fraternité entre musulmans », avance-t-il en gage de compromis. Iyad Ag Ghali, lui, a été plus explicite sur ses conditions pour la paix : le départ des troupes étrangères, notamment françaises, du Mali et l’application de la charia, la loi islamique.

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Face aux islamistes armés, les autorités de transition se présentent en position de faiblesse, sans reconquête territoriale à opposer, dans une forme de capitulation qui ne dit pas son nom. « L’une des limites de ce dialogue est que la finalité recherchée et l’offre que peut produire le gouvernement n’ont pas été définies, s’inquiète Baba Dakono, secrétaire exécutif de l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité. Une autre est de placer cette question entre les mains des religieux alors que le problème ne peut être réduit à cette dimension. »

La perspective de ces négociations risque d’éloigner encore davantage Paris de Bamako, dans un contexte de tension autour de la possible arrivée de mercenaires russes au Mali. Par pression diplomatique ou par sortie publique – « pas de dialogue et de compromission » avec les chefs djihadistes, exhortait en juin Emmanuel Macron –, la France s’est jusqu’ici efforcée de dissuader les Maliens d’avancer dans cette voie. Mais nul ne peut affirmer qu’elle en a encore les moyens.

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Source : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211022-mali-le-gouvernement-d%C3%A9ment-avoir-mandat%C3%A9-qui-que-ce-soit-pour-dialoguer-avec-les-groupes-terroristes-li%C3%A9s-%C3%A0-al-qa%C3%AFda

Mali : le gouvernement dément avoir mandaté qui que ce soit pour dialoguer avec les jihadistes

Publié le : 22/10/2021 - 08:32

Photo : Soldat des Forces armées maliennes à Tombouctou, le 9 septembre 2021. (Image d’illustration) AFP - MAIMOUNA MORO

Texte par : David Baché

Au Mali, le gouvernement dément avoir mandaté qui que ce soit pour dialoguer avec les groupes terroristes liés à al-Qaïda. Ni le Haut Conseil islamique (HCI) ni aucune autre instance, dit un communiqué, diffusé ce jeudi 21 octobre 2021, qui indique tout de même prendre acte que des bonnes volontés se sont manifestées pour mener des négociations. Au début de la semaine, plusieurs sources, dont le ministère des Affaires religieuses et le HCI avaient pourtant confirmé cette mission de bons offices. L’information, révélée par RFI, et confirmée à d’autres médias, n’avait pas été commentée par les autorités.

Le ton du communiqué est ferme et se veut sans ambiguïté : « Aucune organisation nationale ou internationale n’a été mandatée officiellement à ce jour pour mener une telle activité ». Le gouvernement dit même avoir appris par la presse l’existence de ces contacts.

Le démenti est donc ferme, mais il a du mal à dissiper le sentiment de cacophonie qui ressort des différentes déclarations de ces derniers jours. En effet, en début de semaine le ministre des Affaires religieuses lui-même a révélé ces contacts, à RFI notamment. Des informations également confirmées par le Haut Conseil islamique (HCI), qui sont même parues dans la presse pro-gouvernementale et qui n’ont pas été démenties par la primature que nous avons plusieurs fois relancée ces derniers jours.

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Le ministre et le HCI ont-ils parlé trop vite, sans l’accord du chef de la junte, le colonel Goïta, qui serait à l’origine de ce rétropédalage ? Y a-t-il des luttes de pouvoir derrière cette cacophonie, ou peut-être une certaine gêne ou volonté de discrétion de Bamako sur un sujet qui, s’il fait relativement consensus sur place, n’est pas du tout du goût de certains partenaires internationaux comme la France qui refuse de négocier avec les jihadistes liés à al-Qaïda ?
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