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Au Soudan, l’armée suspend la démocratisation

mardi 26 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/monde/soudan/au-soudan-l-armee-suspend-la-democratisation-d8b3463a-3598-11ec-89a8-4dd33f25dc35

Au Soudan, l’armée suspend la démocratisation

Le Premier ministre civil a été arrêté, le gouvernement dissous et l’état d’urgence proclamé par le général al-Burhrane. Mais les civils sont descendus en masse dans les rues de Khartoum pour défendre la démocratisation.

À Khartoum la capitale, mais aussi dans d’autres villes au Soudan, les manifestants ont défilé en masse lundi 25 octobre. (Photo by AFP)

AFP
Ouest-France

Bruno RIPOCHE.

Publié le 25/10/2021 à 19h44

La poursuite ou l’arrêt de la démocratisation amorcée il y a deux ans au Soudan, pays pauvre de 43 millions d’habitants, après l’éviction du dictateur Omar el-Béchir, un militaire au pouvoir depuis 1989, se joue vraisemblablement ces jours-ci.

Sous la pression de la rue, l’armée l’avait arrêté en avril 2019 et un régime hybride associant à égalité civils et militaires, le Conseil souverain de transition, avait été mis en place. Cette structure présidée par le général Abdel Fattah al-Burhane supervisait le gouvernement du Premier ministre Abdallah Hamdok, technocrate passé par la Banque africaine de développement. Elle devait conduire le Soudan à des élections libres en 2023.

Ce Conseil de transition, les militaires n’en veulent plus ?

L’arrestation d’Hamdok et de plusieurs ministres et dirigeants politiques ne surprend nullement Raphaëlle Chevrillon-Guibert, chercheure à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) : « Lorsqu’ils ont renversé Béchir, les militaires n’avaient aucune intention d’associer des civils. Ils ne l’ont fait que contraints et forcés, parce que les civils sont toujours restés mobilisés dans la rue. »​. Le général Burhane, a eu beau invoquer hier « la menace que font peser les querelles entre politiciens », » ​il doit toujours composer avec l’aspiration populaire : il a promis un nouveau gouvernement et le maintien des élections en 2023.

Lire aussi : Au Soudan, trois manifestants tués dans un coup d’État qui suspend la transition

Pourquoi ce coup de force maintenant ?

Le calendrier de transition prévoyait une bascule, fin novembre, les militaires devant céder la prééminence aux civils. D’où la récente montée des tensions. Jeudi, des manifestants s’étaient défiés. Les uns, mobilisés par des dirigeants régionaux ralliés à l’armée, réclamant le renversement du gouvernement, accusé de tous les maux (chômage, inflation, pénuries…). Les autres mettant en garde contre tout retour en arrière.

En toile de fond, il y a l’argent. Des ministères commençaient à se plaindre de n’avoir pas accès à certaines ressources. « Cette armée contrôle des pans entiers de l’économie et elle entend garder ses privilèges »​, souligne Raphaëlle Chevrillon-Guibert.

Est-ce la fin des espoirs démocratiques ?

L’histoire n’est pas écrite. À l’appel notamment de l’Association des professionnels soudanais, fer de lance du camp démocrate, Des milliers de civils ont investi les rues de Khartoum et de grandes villes, érigé des barricades et défié les soldats, qui ont tiré et fait au moins trois morts. « Beaucoup dépendra de leur nombre et de leur détermination », »​estime la chercheure. En 2019, Béchir n’était tombé qu’après quatre mois de sit-in et plusieurs épisodes sanglants.

Pour elle, la communauté internationale dispose de réels leviers, notamment financiers : « Son attitude dans les 24 heures peut être décisive pour arrêter les chars ». » ​Grâce à la transition démocratique, le Soudan a vu affluer des centaines de millions de dollars d’aide, et la levée des sanctions américaines lui a permis, au printemps, de retrouver l’accès aux crédits internationaux, ceux du FMI en particulier. Khartoum peut difficilement s’en passer.