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Soudan : Affrontements meurtriers à Khartoum au quatrième jour du coup d’Etat

samedi 30 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/monde/affrontements-meurtriers-khartoum-quatrieme-jour-coup-detat

Affrontements meurtriers à Khartoum au quatrième jour du coup d’Etat

Les affrontements entre forces de sécurité et manifestants ont fait un nouveau mort jeudi à Khartoum. Ces derniers et la communauté internationale veulent le retour des civils au pouvoir soudanais

Photo : De jeunes Soudanais affrontent les forces de sécurité au milieu des gaz lacrymogènes qu’elles ont lancés pour tenter de disperser es manifestants dans la capitale soudanaise, Khartoum, le 27 octobre 2021. — © AFP

AFP

Publié jeudi 28 octobre 2021 à 19:54

Lundi, le général Abdel Fattah al-Burhane, désormais seul aux commandes du Soudan, pays pauvre d’Afrique de l’Est plongé dans le marasme politique et miné par les conflits, a dissous le gouvernement censé assurer la transition vers la démocratie et arrêté ministres et hauts responsables civils. Après des jours de tractation, notamment du fait de la réticence russe à condamner le putsch, le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé ce jeudi 28 octobre « le rétablissement d’un gouvernement de transition dirigé par des civils » dans un pays sorti il y a deux ans de 30 années de dictature.

Le transfert au pouvoir civil

Entre manifestants décidés à rester dans la rue jusqu’au retour d’un cabinet civil et forces de sécurité armées de fusils, de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc, au moins huit manifestants ont été tués et 170 blessés depuis lundi dernier, affirment des médecins. Jeudi en début de soirée, deux manifestants se trouvaient dans un état critique et « il pourrait y avoir d’autres morts, mais il est difficile d’établir des contacts avec Khartoum-Nord pour avoir confirmation », ajoute le Comité des médecins, un syndicat prodémocratie.

Lire aussi : Abdel Fattah al-Burhane, désormais seul homme fort au Soudan

Dans cette banlieue séparée de la capitale soudanaise par le Nil, les forces de sécurité tiraient des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes sur les manifestants, de même que dans le très turbulent quartier de Bourri, dans l’est de la capitale, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse.

Dès l’annonce du coup d’Etat, les partisans d’un transfert du pouvoir aux civils se sont attelés à monter des barricades, entassant branchages, pneus brûlés et pierres en travers des avenues de Khartoum. Aujourd’hui, ils défendent leurs barrages de fortune pour paralyser le pays avec une campagne de « désobéissance civile » décrétée par la quasi-totalité des partis d’opposition, syndicats et autres associations.

De fait, seules quelques boulangeries sont ouvertes, où se pressent des familles. Les rideaux de fer des magasins, banques et restaurants restent baissés. « Les forces de sécurité tentent de démanteler toutes les barricades, explique Hatem Ahmed, un manifestant. On les réinstalle dès qu’elles partent. On ne partira que quand un gouvernement civil sera institué. »

« On ne veut pas du pouvoir militaire, on veut une vie démocratique libre, martèle un autre protestataire qui soutient « la grève générale. » Sur les réseaux sociaux, accessibles en de rares endroits dans un pays où les autorités ont coupé l’Internet, les appels à la mobilisation massive ce samedi se multiplient. Les militants veulent « un million de manifestants » pour réclamer que le général Burhane, commandant militaire durant les trois décennies de pouvoir sans partage d’Omar el-Béchir, rejoigne ce dernier en prison.

La pression monte

En 1989, Omar el-Béchir avait pris le pouvoir par un coup d’Etat contre le Premier ministre élu démocratiquement Sadeq al-Mahdi. Avant d’être mis à l’écart par l’armée en avril 2019 sous la pression d’une révolte populaire. Lundi, c’est Abdallah Hamdok, le chef du gouvernement de transition mis en place en 2019, qui a été renversé par le général Burhane. Il est chez lui à Khartoum mais n’est « pas libre de ses mouvements », selon l’ONU.

Sa ministre des Affaires étrangères Mariam al-Sadek al-Mahdi, fille du Premier ministre renversé par Béchir et une des rares responsables civils à ne pas être en détention, ont salué les diplomates – au nombre de 68 selon l’un d’eux – ayant condamné le coup d’Etat. Le général Burhane a lui limogé six ambassadeurs protestataires, dont ceux en Chine, auprès de l’Union européenne, en France et aux Etats-Unis.

Mercredi, l’émissaire de l’ONU Volker Perthes a redit devanHamdok et Burhane la nécessité d’un « retour au processus de transition » et d’une « libération immédiate de tous ceux arrêtés arbitrairement. » Car les forces de sécurité ont détenu aussi militants et manifestants, dont le numéro deux du parti Oumma de Mariam al-Sadek al-Mahdi.

Lire également : Soudan : pour les voisins, un putsch pas si malvenu

Faisant monter la pression sur l’armée, l’Union africaine a suspendu le Soudan. Les Etats-Unis et la Banque mondiale ont cessé leur aide. Pour expliquer son coup de force, le général Burhane a invoqué mardi le risque de « guerre civile » après une manifestation massive contre l’armée. Mais les Occidentaux et plusieurs organisations internationales ont réclamé le retour du pouvoir civil. Pour ne pas « retourner aux heures sombres de l’histoire du Soudan », a tweeté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

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Source : https://www.letemps.ch/monde/coup-detat-soudan-premier-ministre-ramene-chez-lui


Coup d’Etat au Soudan : le premier ministre ramené chez lui

Le bureau d’Abdallah Hamdok rappelle que « plusieurs ministres et dirigeants politiques sont toujours en état d’arrestation dans des endroits inconnus » depuis le coup d’Etat mené par le chef de l’armée

Photo : Des Soudanais dans les rues de Khartoum, mardi 26 octobre 2021. — © EPA /MOHAMMED ABU OBAID

AFP

Publié mercredi 27 octobre 2021 à 05:15
Modifié mercredi 27 octobre 2021 à 06:02

Le premier ministre soudanais Abdallah Hamdok a été ramené chez lui mardi soir et reste « sous surveillance renforcée » au lendemain d’un coup d’Etat mené par le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, et contesté par des manifestants qui ont de nouveau essuyé des tirs de grenades lacrymogènes.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, s’est entretenu par téléphone mardi avec Abdallah Hamdok. « Le secrétaire d’Etat se réjouit de la libération du premier ministre et renouvelle son appel aux forces militaires soudanaises pour qu’elles libèrent tous les dirigeants civils en détention et garantissent leur sécurité », selon un communiqué du département d’Etat.

Lire aussi : Nuit de protestations contre le coup d’Etat militaire au Soudan

Le général Burhane avait bien tenté de rassurer mardi en assurant que le chef du gouvernement était à son propre domicile. Mais face aux appels incessants venus de nombreuses capitales, il a semblé céder en soirée.

Mais alors qu’Abdallah Hamdok était tout juste revenu avec son épouse à son domicile, son bureau rappelait que « plusieurs ministres et dirigeants politiques sont toujours en état d’arrestation dans des endroits inconnus ».

Les Soudanais dans la rue

Les opposants soudanais au coup d’Etat, qui réclament l’aide de la communauté internationale, sont sortis en masse pour tenter de relancer une transition post-dictature brutalement interrompue lundi matin. Mardi, des témoins ont rapporté à l’AFP que les forces de sécurité tiraient des grenades lacrymogènes sur des manifestants.

Les manifestants veulent que l’ensemble des autorités civiles de transition soient réinstituées. Ils continuent donc de bloquer par milliers les principaux axes de Khartoum sous une nuée de drapeaux soudanais et aux cris de « Non au pouvoir militaire ! ».

En face, les forces de l’ordre, selon des militants, ont arrêté plusieurs dirigeants de partis politiques, attaqué des étudiants sur le campus de l’Université de Khartoum et tiré des grenades lacrymogènes pour disperser des manifestants dans le remuant quartier de Bourri, dans l’est de la capitale.

Alors que le scénario du pire est dans tous les esprits, deux ans après la révolte contre l’autocrate Omar el-Béchir qui s’est soldée par plus de 250 morts, « un usage de la force n’entraînerait pas seulement un bain de sang », prévient International Crisis Group, « il pourrait aussi mener à un face-à-face prolongé qui fermerait la porte à la résolution de la crise ». Lundi déjà, quatre manifestants avaient été tués par des tirs de l’armée, selon un syndicat de médecins pro-démocratie, et plus de 80 blessés.

Le Conseil de sécurité de l’ONU renonce à dénoncer le putsch

Lors d’une conférence de presse à Khartoum mardi, le général Burhane a défendu son coup de force, affirmant avoir agi car « certains attaquaient l’armée », « composante essentielle de la transition ». Dans ce contexte explosif, les vols vers et depuis l’aéroport de Khartoum ont été suspendus jusqu’à samedi.

Englué depuis deux ans dans une transition tuée dans l’oeuf, le Soudan est désormais plongé dans l’inconnu, alors que la chute du régime Béchir et la signature d’accords avec les rebelles avaient fait croire à une issue après des décennies de crises.

Lire encore : Soudan : pour les voisins, un putsch pas si malvenu

Le Conseil de sécurité de l’ONU a renoncé à dénoncer le putsch « dans les termes les plus forts », a assuré un diplomate à l’AFP. Mardi, les ambassadeurs soudanais à Paris, Bruxelles et Genève (Suisse) ont dénoncé le coup d’Etat et proclamé leurs ambassades comme celles du « peuple et de sa révolution ».

Pour manifestants et experts, la possibilité d’un retour au règne sans partage des militaires est plus réaliste que jamais.