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France : « Viol par surprise » : quand la justice dérape

mercredi 3 novembre 2021, par siawi3

Source :https://www.revuedesdeuxmondes.fr/viol-par-surprise-quand-la-justice-derape/

La Cour criminelle départementale de l’Hérault

L’édito


« Viol par surprise » : quand la justice dérape

Par Valérie Toranian

Nov 2, 2021

Jack S. vient d’être condamné à huit ans de réclusion pour « viol par surprise grâce à l’utilisation d’un réseau de communication électronique » : déclaré coupable d’avoir trompé des femmes sur son physique et son âge, il a été incarcéré le 29 octobre à l’issue du jugement rendu par la cour criminelle de l’Hérault, où siègent des magistrats professionnels.

Jack S. entrait en contact avec des femmes sur des sites de rencontres. Il se faisait appeler Anthony Laroche, prétendait être décorateur à Monaco, avoir 38 ans et sa photo de profil était celle d’un mannequin d’une pub Marlboro. Les échanges commençaient. SMS coquins, conversations érotiques, vidéos de masturbation. Jack S. était depuis des années un utilisateur compulsif des sites de rencontres. L’enquête dénombrera 342 femmes contactées. L’écrasante majorité ne donnera pas suite. Quand il refuse de continuer la discussion par webcam, beaucoup le soupçonnent d’être un faux playboy et le dénoncent même sur le site de rencontres. D’autres persistent. Le jeu érotique, l’envie de « pimenter leur vie ». Anthony Laroche, ou plutôt Jack S. qui leur parle la nuit au téléphone, les fait rêver.

« Le préalable n’est plus le droit contradictoire et la présomption d’innocence. Le préalable est qu’une femme qui se plaint est dans la vérité, que sa plainte ne peut pas être remise en question. Elle est d’emblée reconnue comme victime. »

Lorsqu’une femme demandait à le rencontrer « en vrai », Jack S. posait ses conditions : un rendez-vous chez lui pour un rapport sexuel pendant lequel elle aurait les yeux bandés et serait attachée. Interdiction de le voir. Les femmes acceptaient. Trois d’entre elles ont porté plainte pour viol après avoir découvert à la fin du rapport sexuel que Jack S. n’était pas l’Apollon de son profil et qu’il s’agissait en fait d’un sexagénaire bedonnant aux cheveux teints.

Jack S. méritait d’être rappelé à l’ordre par la justice. Il a indéniablement abusé de la confiance de ces femmes, à qui il a vendu un mauvais remake de 50 nuances de gris. Il n’est pas le play-boy qu’il prétendait être, c’est clair. Mais ces femmes, qui étaient consentantes pour une relation sexuelle avec un inconnu les yeux bandés, peuvent-elles légitimement se plaindre d’un « viol par surprise » parce que le physique n’était pas au rendez-vous ? L’avocat général a qualifié l’accusé de « violeur en série, menteur, manipulateur, prédateur particulièrement cynique » jouant sur la situation « d’emprise » imposée à ses « proies » Elles étaient trop « vulnérables » pour appréhender la situation.

Jack S. les recevait dans un appartement « qui sentait le vieux et le rance », « poussiéreux », avec des chiens en faïence sur des « napperons en dentelles ». Pas vraiment le cadre d’un riche décorateur monégasque… Certaines, revenues à la raison, « dégoutées », « effrayées » ou « honteuses » de s’être fait avoir, prenaient leurs jambes à leur cou. D’autres acceptaient de rentrer dans la chambre, de se prêter malgré tout à la mise en scène. Et elles ont déposé plainte après avoir découvert la supercherie. Leur ressentiment pour avoir été trompées sur la marchandise justifie-t-il que le procureur requiert douze ans de réclusion ? Condamné à huit ans, Jack S. a fait appel.

Cette affaire est le symptôme d’une époque. Celle de la soumission à l’air du temps de la justice post #MeToo. Le préalable n’est plus le droit contradictoire et la présomption d’innocence. Le préalable est qu’une femme qui se plaint est dans la vérité, que sa plainte ne peut pas être remise en question. Elle est d’emblée reconnue comme victime. « Victime, je te crois », c’est le slogan des « colleuses » féministes qui couvrent le pays d’affichettes lettre par lettre. C’est désormais le slogan de la justice. Le meilleur exemple de cette incroyable transgression aux règles du droit est donné par le président du tribunal lui-même : il parle de « victimes » en désignant les plaignantes et de « plaignantes » en désignant les femmes témoins qui justement n’ont pas porté plainte ! Le compte rendu détaillé des audiences par Pascale Robert-Diard dans Le Monde est glaçant. L’avocat général s’autorise à lancer au prévenu : « Combien de femmes auraient envie de faire l’amour avec vous en vous voyant ? Moi, j’ai ma petite idée : proche de zéro. »

Imaginons un instant l’inverse. Une femme de 60 ans, accusée d’avoir séduit, en mentant sur son âge, des partenaires sexuels dont elle aurait bandé les yeux. Et l’avocat général lui déclarant : « Combien d’hommes auraient envie de faire l’amour avec vous en vous voyant ? Moi, j’ai ma petite idée : proche de zéro. » Le tollé serait général , à juste titre. Jack S., 74 ans aujourd’hui, reconnaît tous les faits mais ne comprend pas ce qu’on lui reproche. « C’étaient des rendez-vous érotiques qui étaient gentils. Et qui se sont très bien passés de nombreuses fois. Ce n’est peut-être pas très moral. Mais est-ce réprimable ? » Et encore : « Je n’ai absolument pas la notion d’avoir fait quelque chose d’illégal. Je n’ai forcé, ni menacé, ni obligé jamais personne. Où est la “surpriseˮ quand quelqu’un vient spontanément faire quelque chose dont elle a envie ? Aller chez un inconnu, porter une tenue sexy, se bander elle-même les yeux… Vous vous rendez compte du risque ? J’aurais pu être un psychopathe ou un tordu qui fait du mal ! »

« Cette affaire, surtout, est la consécration de l’infantilisation des femmes. Il fut un temps où les féministes dénonçaient les niaiseries inculquées aux petites filles. En tête de liste des traditions incriminées, le prince charmant. »

La sexualité est le lieu de l’imaginaire et du fantasme : jusqu’à présent, tout était permis entre deux adultes consentants. Époque révolue. Pourra-t-on porter plainte un jour pour viol par surprise si un homme ment sur sa fortune personnelle ? Ou s’il se vante de ses performances sexuelles qui s’avèrent médiocres ? Le viol par surprise qualifiait souvent des crimes commis quand la victime était ivre, inconsciente. Jusqu’où la notion de surprise peut-elle désormais s’étendre ? Tout homme décevant est-il un futur coupable ?

Cette affaire, surtout, est la consécration de l’infantilisation des femmes. Il fut un temps où les féministes dénonçaient les niaiseries inculquées aux petites filles. En tête de liste des traditions incriminées, le prince charmant. Un mythe favorisant la passivité des filles et surtout engendrant déception et frustration chronique car aucun prince n’est charmant bien longtemps. Aujourd’hui, à l’ère de la victimisation tous azimuts, les féministes exigent le droit perpétuel au prince charmant et l’interdiction de toute déception sous peine d’accusation de maltraitance. Marie-Hélène, une des deux plaignantes contre Jack S., a déclaré à l’audience : « On attend toujours le prince charmant. » Son faux prince charmant l’a trompé. Il va le payer très cher.

Briser le rêve est devenu un crime contre l’innocence supposée des femmes qu’on essentialise plus que jamais. Les voilà redevenues des êtres fragiles, des poupées sans défense, incapables de bon sens et d’intelligence. Des sous-êtres humains en proie à leurs hormones, à leurs « émotions ». Vulnérables, forcément vulnérables. Pénalement irresponsables à vie. Une conception profondément rétrograde et réactionnaire. La négation de leur liberté. Que la justice puisse dévoyer le droit et trahir ses principes en entérinant une telle vision des femmes, c’est proprement consternant.

Illustration  : La Cour criminelle départementale de l’Hérault (capture d’écran Google Street View).