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Les ventes de drones militaires, un vecteur de l’influence turque en Afrique

lundi 1er novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/armement-les-ventes-de-drones-militaires-un-vecteur-de-linfluence-turque-en-afrique

Les ventes de drones militaires, un vecteur de l’influence turque en Afrique

vendredi 15 octobre 2021,

par Courrier International

L’Afrique devient-elle le nouveau marché de l’industrie de l’armement turque ? Après avoir vendu des drones armés au Maroc, la Turquie vient en effet de conclure un contrat similaire avec l’Éthiopie, au grand dam de l’Égypte. Une stratégie qui a aussi pour visée d’élargir l’influence de la Turquie en Afrique.

Selon le quotidien émirati The National,, qui reprend une info de l’agence Reuters, la Turquie a étendu ses exportations de drones armés en négociant des accords de vente avec l’Éthiopie. Après le Maroc, le pays de la Corne de l’Afrique aurait passé commande de drones Bayraktar TB2. L’accord porterait également sur la fourniture de pièces de rechange et une formation à l’utilisation de ces engins.

Ni la Turquie ni l’Éthiopie ou le Maroc n’ont officiellement confirmé ces ventes. Cependant, côté turc, le Daily Sabah indique fièrement que “la Turquie a étendu l’exportation de son célèbre véhicule aérien de combat sans pilote en négociant des accords avec le Maroc et l’Éthiopie après leur emploi réussi dans des conflits internationaux”.

Le quotidien précise que certains médias au Maroc avaient également annoncé l’arrivée des drones en provenance de Turquie. “Une page Facebook qui se présente comme un forum militaire marocain non officiel a rapporté le mois dernier que les premiers drones TB2 faisant partie d’une commande de 13 drones étaient arrivés et que les forces armées avaient envoyé des officiers en Turquie pour une formation”, rapporte le journal progouvernemental.

Pour le quotidien, ces ventes sont “un coup de pouce pour le gouvernement turc, qui tente d’accoître ses exportations”. Le média turc détaille longuement les ventes de matériel militaire turc à l’Éthiopie, qui ont atteint 51 millions de dollars (soit près de 42 millions d’euros) au cours des trois premiers mois de cette année, contre 203 000 $ (soit 175 000 euros) au cours de la même période l’année dernière. Les exportations vers le Maroc se sont élevées à 78,6 millions de dollars (67,7 millions d’euros) au cours de la même période contre 402 000 dollars (346 000 euros) l’an dernier.

L’armée turque a utilisé des drones en Syrie ainsi qu’en Libye, où Ankara a soutenu le gouvernement installé à Tripoli. “Dans le Haut-Karabakh, les drones ont aidé l’allié de la Turquie, l’Azerbaïdjan, à vaincre les forces d’occupation soutenues par l’Arménie”, s’enthousiasme le Daily Sabah.

Axe turco-éthiopien

Ces ventes entrent dans une stratégie plus large de l’expansionnisme turc en Afrique. Ainsi, dans un article publié en août 2021, le site panarabe de Washington Al-Monitor indiquait que la Turquie considérait les liens avec l’Éthiopie comme la clé de son influence en Afrique. “La Turquie a fait de l’Éthiopie la principale porte d’entrée de sa quête d’influence régionale”, résume Al-Monitor.

Le média anglophone note que “Le Caire et Khartoum craignent que la Turquie n’étende ses liens avec l’Éthiopie au domaine militaire et ne bouleverse l’équilibre dans la région”. Aussi, l’une des raisons de la normalisation égyptienne avec Ankara est de pousser la Turquie à adopter une position neutre dans l’épineuse question du bassin du Nil.

Côté éthiopien, ces achats de drones répondent également à une stratégie diplomatique plus large. Le média kényan The Citizen notait en septembre que “le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, se tourne maintenant vers la Turquie pour obtenir de l’aide face à deux défis majeurs auxquels Addis-Abeba est confronté : le différend frontalier soudano-éthiopien et le conflit au Tigré”.

L’Éthiopie recherche le soutien de pays comme la Turquie, “car Abiy est de plus en plus en désaccord avec des pays occidentaux tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne” sur la question de la région éthiopienne séparatiste du Tigré.

Inquiétudes égyptiennes

À l’évidence, cette vente de drones militaires inquiète Le Caire.
L’Egypt Independent détaille les raisons de cette crispation égyptienne et évoque également l’immense projet éthiopien de barrage aux sources éthiopiennes du Nil, le grand barrage de la Renaissance (Gerd). L’Égypte et le Soudan considèrent l’ouvrage comme une menace pour leur approvisionnement en eau, leurs terres agricoles et la disponibilité globale des eaux du Nil, tandis que l’Éthiopie le considère essentiel pour son développement et sa production d’électricité.

Le Caire a demandé aux États-Unis et à certains pays européens de l’aider à geler cet accord de vente de drones turcs “qui pourrait alimenter les relations tendues entre la Turquie et l’Égypte”, croit savoir le quotidien égyptien. Il indique également que cet accord pourrait être discuté lors des pourparlers en cours entre Le Caire et Ankara, qui tentent de réchauffer leurs relations malmenées par différentes rivalités, notamment en Libye.