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Derrière la campagne pro-voile du Conseil de l’Europe, la galaxie des frères musulmans

« En faisant du prosélytisme religieux, l’Europe piétine ce qui fonde son identité »

jeudi 4 novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans

Derrière la campagne pro-voile du Conseil de l’Europe, la galaxie des frères musulmans

Enquête

Par Hadrien Brachet et Jean-Loup Adenor

Publié le 03/11/2021 à 12:00

Une campagne du Conseil de l’Europe mettant en avant le voile islamique a créé la polémique sur les réseaux sociaux. En remontant le fil, « Marianne » a pu établir que deux associations européennes réputées proches de l’idéologie des Frères musulmans y ont contribué.

Le hijab, nouveau symbole de liberté en Europe ? C’est en tout cas ce que laisse entendre une campagne de sensibilisation contre les discours de haine lancée sur Twitter par la division de lutte contre les discriminations du Conseil de l’Europe, à grand renfort de visuels publicitaires. Sur des photos et vidéos aux tons pastel, de jeunes femmes souriantes et voilées se voient flanquées de plusieurs slogans parmi lesquels : « Mon hijab, mon choix », « La beauté se trouve dans la diversité comme la liberté dans le hijab » ou encore « Apportez de la joie, acceptez le hijab ».

En sus de ces affiches, une courte vidéo a beaucoup fait réagir les internautes ainsi que des personnalités politiques. On y voit des jeunes femmes non voilées d’un côté, voilées de l’autre, mises en miroir dans un montage. « Rappeler que les femmes sont libres de porter le hijab (dans le respect des lois de chaque État membre, en France celles de 1905 et 2004) est une chose. Dire que la liberté est dans le hijab, en est une autre. C’est en faire la promotion. C’est le rôle du Conseil de l’Europe ? », interroge sur Twitter la sénatrice PS Laurence Rossignol, ancienne ministre des Droits des femmes. À droite, les tweets indignés n’ont pas manqué non plus. François-Xavier Bellamy, député européen LR, voit notamment dans cette vidéo « un symptôme parmi d’autres d’une dérive très grave, qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère, où se mêlent entrisme, complaisance et détournement ».

Une campagne élaborée par le Conseil de l’Europe...

Les tweets ont été retirés mardi dans la soirée, mais les visuels de la campagne s’affichent toujours sur le site du Conseil de l’Europe. Sur chacun figurent les logos de plusieurs organisations : celui de l’Union européenne, mais aussi et surtout celui du Conseil de l’Europe, une organisation transnationale de 47 pays européens, celle-là même qui a donné naissance à la Cour européenne des Droits de l’Homme. Car cette campagne a été conçue dans le cadre de « WE CAN for human rights speech », un projet qui réunit plusieurs associations, dirigé par l’unité « Non au discours de haine et Coopération » du Conseil de l’Europe. « L’objectif était de sensibiliser à la nécessité de respecter la diversité et l’inclusion et de combattre tout type de discours de haine », explique le Conseil à Marianne.

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Plus précisément, l’organisation indique que les visuels ont été réalisés par les participants d’un atelier « contre les discours de haine anti-musulmans » qui s’est tenu en ligne les 27 et 28 septembre. Durant ces ateliers, « nous rassemblons des personnes issues de la société civile et des designers pour les aider à élaborer leur propre campagne », nous assure Julia Mozer, membre de l’une des organisations du projet « We Can ». « Ces tweets reflétaient les déclarations faites de manière individuelle par des participants dans l’un des ateliers du projet, faisant usage de leur liberté d’exprimer leur identité et leurs points de vue abonde le Conseil de l’Europe auprès de Marianne. Ils ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire Générale. Par conséquent, ces tweets ont été retirés et nous allons réfléchir à une meilleure présentation de ce projet. »

... avec l’aide d’associations fondées à l’initiative de l’UOIE

La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ? Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec « le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) ». Interrogée par Marianne, Hiba Latreche, vice-présidente de Femyso, confirme avoir participé à l’organisation de l’atelier : « Une de nos militantes, une jeune femme italienne, a participé à l’animation de ce workshop. »

Image : Une affiche de la campagne organisée par le Conseil de l’Europe.

L’association est bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. « Les documents de l’UOIE prouvent très clairement que le Femyso est une de leurs émanations », abonde Lorenzo Vidino, professeur et directeur d’un programme sur l’extrémisme à l’Université George-Washington, expert sur les réseaux islamistes en Europe et en Amérique du Nord.

L’émanation féminine de l’UOIE

À ce titre, les jeunes occupant les plus hauts postes de Femyso sont « bien souvent les enfants des membres senior des associations fréristes européennes », précise-t-il dans son étude coécrite avec Sergio Altuna The Muslim Brotherhood’s Pan-European Structure. L’ancienne présidente du Femyso Intissar Kherigi est, elle, la fille de Rached Ghannouchi, leader du mouvement islamiste tunisien Ennahdha. Le Femyso a pourtant nié à plusieurs reprises entretenir des liens avec les Frères musulmans, jugeant qu’il s’agissait d’ « allégations calomnieuses ». Interrogée sur la création du Femyso, Hiba Latreche maintient qu’elle est à l’initiative de « jeunes musulmans européens » et assure que l’association n’entretient pas de « relations particulières » avec l’UOIE. Le Femyso « n’est lié à aucun groupe politique », se défend la vice-présidente.

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« Dès 1996, c’est le Femyso, basé à Bruxelles, qui est constitué comme plate-forme d’échange pour rassembler certaines organisations de jeunesse liées aux diverses fédérations nationales se trouvant dans la mouvance des frères elle-même associée au sein de l’UIOE, écrit pourtant Brigitte Maréchal, docteure en sociologie et spécialiste de l’islam européen dans son livre « Les Frères musulmans en Europe. Racines et discours ». Mais cet organisme de jeunesse apparaît soucieux de conserver une autonomie par rapport aux Frères, bien que certains liens interpersonnels et organisationnels soient avérés. »

Image : Une affiche de la campagne organisée par le Conseil de l’Europe.

Des membres d’une autre organisation, l’« European Forum of Muslim Women »* (EFMW) ont participé à l’atelier qui a mené à la conception de la campagne. Pour Lorenzo Vidino, cette seconde organisation est une émanation féminine de l’UOIE. Dans son étude, il indique par exemple que Noura Jaballah, l’une des ex-présidentes de l’EFMW, est la femme d’Ahmed Jaballah décrit par Libération comme « l’une des figures les plus respectées et influentes de Musulmans de France, l’ex-UOIF, proche de la confrérie des Frères musulmans ».

En 2011, une session d’étude avec Tariq Ramadan

Ce n’est visiblement pas la première fois que le Conseil de l’Europe travaille avec ces organisations. « Le Conseil de l’Europe a désigné le Femyso comme l’un des trente membres de son Conseil consultatif sur la jeunesse et travaille régulièrement avec cette organisation ainsi qu’avec l’EFOMW qui est la section femme des Frères Musulmans en Europe », pointe Florence Bergeaud Blackler. Hande Taner, responsable de la communication du Femyso, siège dans ce groupe chargé de conseiller le Conseil de l’Europe sur les questions liées à la jeunesse. « Ce n’est effectivement pas la première fois que nous travaillons avec les institutions européennes », confirme à Marianne Hiba Latreche.

D’après Lorenzo Vidino, le Femyso se targue même dans l’une de ses brochures d’être « constamment consulté par le Parlement européen, le Conseil de l’Europe ou les Nations Unies ». En mai 2011 déjà, le Femyso organisait une session d’études sur l’islamophobie au Centre Européen de la Jeunesse qui dépend du Conseil de l’Europe. Parmi les intervenants : le prédicateur Tariq Ramadan.

« Cela fait très longtemps que les ONG qui gravitent dans la sphère des Frères musulmans ont élu domicile à Bruxelles ou Strasbourg, commente une source connaisseuse des milieux islamistes, Le Conseil de l’Europe est une organisation assez faible, en réalité, qui représente une cible facile. Les militants islamistes ont jeté leur dévolu sur cette institution pour faire du militantisme anti-islamophobie et pro-voile. » « On peut organiser une campagne sur la question du racisme anti-musulman, je n’y suis pas opposé, complète Lorenzo Vidino, mais encore faut-il bien choisir ses partenaires ».

À LIRE AUSSI : Une étrange nébuleuse d’associations dénonce l’« islamophobie » française auprès de la Commission européenne

* Contacté par Marianne, le « European Forum for Muslim Women » n’a pas donné suite à notre demande.

Par Hadrien Brachet

Par Jean-Loup Adenor

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Source : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/celine-pina-en-faisant-du-proselytisme-religieux-l-europe-pietine-ce-qui-fonde-son-identite-20211103

Céline Pina : « En faisant du prosélytisme religieux, l’Europe piétine ce qui fonde son identité »

Céline Pina | 03/11/2021 à 17:12

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le Conseil de l’Europe a supprimé une campagne en ligne destinée à « lutter contre les discours de haine antimusulmans » et à promouvoir « la liberté dans le hijab », Céline Pina dénonce les organisations liées aux Frères musulmans qui militent au sein des institutions européennes.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de « Viv(r)e la République », elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016) et Ces biens essentiels (Bouquins, 2021).

« La beauté est dans la diversité, comme la liberté est dans le hijab », voilà dans quels termes l’Europe a choisi de promouvoir le port du voile. Si elle a depuis été retirée, cette campagne, financée par l’Union européenne et diffusée par le Conseil de l’Europe au nom de la « célébration de la diversité et du respect du foulard islamique » pose un problème politique majeur : elle piétine les fondamentaux qui constituent les piliers de la culture européenne.

On est en effet ici bien loin des valeurs d’égalité et d’émancipation censées être aux sources de l’Union européenne. Celle-ci n’est pas simplement censée regrouper des pays dont les intérêts commerciaux et industriels seraient convergents, elle ne se résume pas à un simple marché commun, mais elle puise sa légitimité dans l’idée qu’elle s’appuie sur la reconnaissance des liens civilisationnels qui font de l’Europe une entité définie par le partage de principes et d’idéaux communs. En faisant du prosélytisme religieux, le tout sous l’influence d’associations islamistes liées aux Frères musulmans, une secte obscurantiste qui fut proche des nazis, l’Europe piétine ce qu’elle est censée défendre. Pire même elle le fait en inversant toutes ses valeurs. Ainsi elle valorise un signe religieux en faisant semblant de ne pas connaître sa signification, alors que celui-ci prône l’infériorisation de la femme, lui refuse l’égalité en droit et fait de son corps et de ses cheveux, un marqueur d’indécence. Elle pousse même le déni jusqu’à présenter ce refus d’accorder l’égalité en droit aux femmes au nom de leur impureté, comme la définition même de la liberté.

Le problème est que cette affaire est loin d’être anecdotique, car si le Conseil de l’Europe est un organisme faible, dépourvu de toute légitimité démocratique, son rôle est pourtant d’être « le gardien de la sécurité démocratique, fondée sur les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit » selon le Sommet de Vienne de 1993. De lui émane la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme), dont les arrêts, s’ils sont censés avoir un caractère déclaratoire, influent énormément sur les cours de justice de certains pays dans les faits. Si la Turquie ne fait que ce qui l’arrange et ne leur accorde aucun crédit, la justice française, elle, par un arrêt de la cour de cassation du 15 avril 2011 reconnaît la nécessité pour les états de respecter la jurisprudence de la CEDH sans attendre d’avoir même modifié leur législation.

Promotion du hijab par le Conseil de l’Europe : « Non, le voile n’est pas un vêtement ordinaire ! » : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/promotion-du-hijab-par-le-conseil-de-l-europe-non-le-voile-n-est-pas-un-vetement-ordinaire-20211102

C’est dire la gravité de l’influence d’organismes violents, antidémocratiques et qui prônent le refus des valeurs universelles, parce que présentées comme « occidentales » au regard du rôle absurdement confié à un conseil, qui veille sur la démocratie en en étant l’antithèse. Il n’est donc pas si étonnant que des émanations de l’organisation des Frères musulmans ou de la fameuse Open Society (que l’on retrouve dans nombre d’affaires prônant le port du voile ou attaquant la France pour sa législation ferme sur le port du voile intégral) en font une porte d’entrée pour imposer sur le sol européen, des signes à la fois religieux et politiques, profondément opposés à notre civilité et à notre culture.

Le problème n’est pas tant la stratégie de ces organisations, même si elles défendent un système de valeur qui est en rupture avec les notions d’égalité et de liberté qui fondent nos sociétés politiques. Le problème est l’influence grandissante qu’elles ont au sein des instances internationales, qu’elles utilisent comme des chevaux de Troie.

L’influence d’organisations non démocratiques à la manœuvre dans cette affaire parle de l’incapacité de nombre de dirigeants européens à comprendre ce qui est en jeu et d’une naïveté abyssale en ce qui concerne les associations dont elle ne paraît pas voir le rôle de lobby politico-religieux que jouent certaines des plus influentes. Parmi celles-ci, la FEMYSO (Forum of European Muslim Youth and Student Organisation), association proche de l’Union des Organismes Islamiques en Europe (UOIE) et liée aux Frères musulmans se vante d’être un partenaire incontournable de l’Union Européenne. Elle a été étroitement associée à la définition de cette scandaleuse campagne. Pareil pour l’European Forum of Muslim Women (EFMW) qui est, selon Lorenzo Vidino, directeur d’un programme sur l’extrémisme à l’université Georges Washington, l’émanation féminine de cette même UOIE.

Selon Florence Bergeaud Blackler, anthropologue et spécialiste de ces questions, le FEMYSO est l’un des trente membres du Conseil consultatif de la jeunesse auprès du Conseil de l’Europe. Imaginez un peu si ce même conseil avait inclus une organisation néonazie ou une organisation de jeunesse d’extrême-droite, comme Génération Identitaire, dans un conseil consultatif, les cris d’orfraies qui auraient été poussés, à raison d’ailleurs, par les gouvernements qui auraient rapidement mis fin à cette dérive. Là, cela passe crème alors que ces organisations ne valent pas mieux.

« Le discours politique des islamistes incite certaines jeunes femmes musulmanes à se voiler » : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/le-discours-politique-des-islamistes-incite-certaines-jeunes-femmes-musulmanes-a-se-voiler-20211102

En attendant dans cette histoire, la France semble être la seule à s’indigner de cette campagne et à oser affirmer l’importance de défendre l’égalité en droit des femmes et de lutter contre le prosélytisme islamiste. Au moment où le voile est à la fois utilisé comme un moyen d’attaquer l’idéal égalitaire de l’occident et de dénoncer comme de l’islamophobie le refus de faire passer la charia avant la loi, l’Union européenne choisit d’abandonner la cause des femmes et reprend la propagande des frères musulmans, pour qui la bonne musulmane se résume à la femme voilée qui consent à son infériorisation.

La France n’a pas été dupe de cette dérive prosélyte, qui s’en prend à l’égalité des femmes, en prétendant défendre la liberté. Elle a réagi par la voix de Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la jeunesse et de l’engagement : « Cette vidéo m’a profondément choquée (…) C’est absolument l’opposé de nos valeurs, des valeurs que la France défend ». La voix de la France n’est pas tout à fait restée sans écho, mais si le Conseil de l’Europe a prétendu suspendre sa campagne, cela s’est résumé à un retrait des visuels sur les réseaux sociaux. La prise de conscience de ce qui est en train de se jouer n’a toujours pas eu lieu et la puissance des réseaux islamistes, elle, a été démontrée. Même quand la France dénonce la campagne, elle en reste aux conséquences et ne se mobilise pas sur les causes. Pour l’instant force est de constater que nul ne se dresse explicitement pour combattre l’influence islamiste qui grandit en Europe.