Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > Algérie : Paix, démocratie et liberté de presse

Algérie : Paix, démocratie et liberté de presse

vendredi 12 novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.liberte-algerie.com/contrechamp/paix-democratie-et-liberte-de-presse-5535


Paix, démocratie et liberté de presse

par Mustapha HAMMOUCHE

le 10-10-2021 12:00

Le prix Nobel de la paix 2021 vient d’être décerné à deux journalistes, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov. Selon leur présentation par le comité Nobel, Maria Ressa, cofondatrice, en 1912, du site Rappler, “utilise la liberté d’expression pour exposer les abus de pouvoir et l’autoritarisme croissant dans son pays natal, les Philippines”, et Dmitri Mouratov, un des créateurs et rédacteur en chef du journal Novaïa Gazeta, “a, depuis des décennies, défendu la liberté d’expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficiles”. Pour le comité, ce prix récompense “leur combat courageux pour la liberté d’expression” menacée par la répression, la censure, la propagande et la désinformation.

C’est la première fois en cent vingt ans d’existence que le Nobel de la paix est attribué à la liberté de presse. Certainement parce que, comme l’a fait remarquer le secrétaire général des Nations unies en réagissant à la nouvelle, “nous assistons à une intensification de la violence et du harcèlement à l’encontre des journalistes…”. Or, rappelle Antonio Guterres dans son communiqué, “aucune société ne peut être libre et juste sans des journalistes capables d’enquêter sur les actes répréhensibles, d’informer les citoyens, de demander des comptes aux dirigeants et de dire la vérité au pouvoir”.

De son côté, et pour expliquer le choix du comité Nobel norvégien qu’elle préside, Mme Berit Reiss-Andersen évoque “un sentiment d’urgence, parce que le journalisme est fragilisé, parce que le journalisme est attaqué, parce que les démocraties le sont, que la désinformation et les rumeurs fragilisent autant le journalisme que les démocraties et qu’il est temps d’agir”… Elle précise que les deux lauréats “sont les représentants de tous les journalistes qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la presse sont confrontées à des conditions de plus en plus défavorables” : la presse indépendante dans sa globalité est concernée par le geste.

De fait, le rapport de RSF montre que celle-ci est en difficulté dans 73% des 180 pays analysés, la situation n’étant donc bonne ou satisfaisante que dans 27% d’entre eux ! Son site indique que 24 journalistes ont été tués depuis le début de l’année. Et que 350 autres sont actuellement emprisonnés.
Dont… deux de nos collègues, Rabah Karèche et Mohamed Mouloudj ! Le message du comité Nobel nous touche directement. Dans le classement mondial, l’Algérie occupe le peu enviable 146e rang, loin derrière le Niger (59) et la Tunisie (73), derrière… l’Afghanistan (122), entre… les Philippines (138) et la Russie (150).

Dans une dictature qui s’assume, la liberté de presse et la liberté d’expression en général sont bannies ; dans les impostures démocratiques, dictatures parées d’habits de la démocratie, la liberté d’expression est proclamée et réprimée à la fois. Les autres droits et libertés subissent le même traitement. Et, en complément, les institutions “démocratiques” sont dénaturées dans leurs fonctions : le multipartisme est encadré, les “élections” sont truquées, la justice et les instances “électives” sont soumises à l’ordre politique…

Historiquement, les journalistes meurent en reportage dans des pays en guerre ou en exploration en terre inconnue. Mais les choses ont changé : la plupart des cinquante journalistes assassinés en 2020 l’ont été en pays sans guerre. La répression de la liberté de presse est désormais le fait de régimes politiques. Et elle ne le subit plus seule. Là où les journalistes sont harcelés, emprisonnés ou assassinés, les militants, toutes causes confondues, le sont aussi. Aux Philippines, les défenseurs de l’environnement constituent la première cible des clans dynastiques et ploutocratiques qui contrôlent l’État. En Russie, ce n’est pas un hasard si Mouratov a aussitôt dédié son prix au plus illustre des prisonniers politiques du pays, Alexandre Navalny ; son engagement journalistique est aussi un sacrifice pour la démocratie et le changement en Russie. Et chez nous comme ailleurs, la répression de la liberté de presse et la répression de la liberté d’opinion découlent de la même obstination conservatrice d’un système politique autoritaire.

Avec les progrès des technologies de communication, les pouvoirs ne se limitent plus à opprimer et à censurer la presse ; ils rivalisent dans la production de fausses informations, autrefois domaine réservé aux entreprises de subversion, menaçant ainsi la vérité des faits, la qualité des opinions et donc… la démocratie.

La liberté de presse est le seul antidote à cette dérive totalitaire. La liberté de presse, c’est la démocratie ; elle en est la condition et l’attestation. La liberté de presse, c’est aussi la paix. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le classement mondial de la liberté de presse : il reflète le classement des pays en termes de paix civile, du plus apaisé au plus trouble.

Faire œuvre de vérité, c’est faire œuvre de justice ; et faire œuvre de justice, c’est faire œuvre de paix.