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France : Ramzy Bedia dans « Or de lui » : « C’est possible de ne pas rejeter la faute sur les Arabes »

Cinéma

mardi 16 novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/culture/cultures-pop/ramzy-bedia-dans-or-de-lui-cest-possible-de-ne-pas-rejeter-la-faute-sur-les-arabes?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20211115&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Ramzy Bedia dans « Or de lui » : « C’est possible de ne pas rejeter la faute sur les Arabes »

Entretien
Propos recueillis par Benoît Franquebalme

Publié le 15/11/2021 à 15:20

Dans la singulière série « Or de lui », sur france.tv, Ramzy Bedia incarne un VRP de l’Aube, cocufié, qui se met soudainement… à chier de l’or. Rapport à l’argent, racisme, France périphérique… rencontre avec un impeccable Midas des sanibroyeurs.

Marianne : Quelle a été votre réaction quand le réalisateur Baptiste Lorber vous a proposé de déféquer de l’or ?

Ramzy Bedia :Évidemment, j’avais peur que ce soit très lourd et très inélégant. Mais j’avais confiance en Baptiste et j’ai vite compris que son scénario était super malin. J’ai donc sauté sur l’occasion et, maintenant, j’aimerais beaucoup que ce qui arrive à mon personnage m’arrive. Le gars chie quand même 30 000 euros chaque matin !

La série interroge intelligemment notre rapport à l’argent. Quel est le vôtre ?

Je suis dépensier sans avoir des goûts de luxe. À Paris, je circule en scooter et je ne suis même pas propriétaire de mon appartement. Avoir de l’argent, ça repose l’esprit mais je ne collectionne pas les montres de luxe. Je m’en sers juste pour faire plaisir à ma famille et à mes amis. Personnellement, j’ai tout ce qu’il me faut. Grâce à ma notoriété, j’ai toujours de la place au restaurant et c’est déjà pas mal.

Quand on est un comédien bien payé, que dit-on à ses enfants sur l’argent ?

Mes deux grandes filles ont 19 et 21 ans et je ne leur donne pas un euro. Elles travaillent car je leur ai expliqué que ce ne sont pas elles qui sont riches, c’est moi.

Dans Or de lui vous incarnez un commercial qui vend des étiquettes. Jeune, vous étiez parti pour faire comme lui, non ?

Oui, j’ai grandi à Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine, puis j’ai fait des études de commerce. Cet univers de bureau, je l’ai fréquenté, même s’il est assez éloigné de moi. Le chef avec qui tu es obligé de rigoler quand il fait des blagues racistes, misogynes ou homophobes, l’attente de la pause déjeuner pour fumer une clope, je connais.

« Acteur, avec un peu de concentration et d’abnégation, tout le monde peut le faire. »

J’ai eu envie de fuir ça très vite. Quand j’ai rencontré Eric [Judor, son acolyte du duo comique Eric et Ramzy, N.D.L.R.], j’étais vendeur pour la marque Gap aux Galeries Lafayette à Paris. C’est là que j’ai compris que j’aimais parler aux gens, les faire rire. Ça a été mes cours de théâtre. Franchement, acteur, avec un peu de concentration et d’abnégation, tout le monde peut le faire.

En 1998, à 26 ans, vous vous retrouvez à gagner 15 000 euros par jour de tournage sur la série H…

C’était super et on a beaucoup claqué. Avec Eric et Jamel [Debbouze], on faisait un peu n’importe quoi avec cet argent. J’avais déjà ce sentiment, que j’ai gardé depuis, d’être un imposteur qui a gagné au loto. Se retrouver à être payé autant pour faire ça, pour jouer des choses qu’on faisait gratuitement dans la vie… C’est après que c’est vraiment devenu du travail. J’ai vite compris qu’acteur est le plus beau des métiers quand tu tournes. Et le plus horrible quand tu attends que le téléphone sonne.

Pour conjurer ça, vous lancez vos propres projets. Où en est votre deuxième réalisation, le film Le jour où tous les Arabes sont partis ?

Le scénario est fini et je le tourne l’été prochain. En cette période zemourienne, vous aurez compris que le titre de ce film réalise son rêve. C’est Marine Le Pen qui m’a donné cette idée. Enfin, pas personnellement mais en la voyant à la télé ! Le climat politique ne se calmant pas, j’ai avancé sur mon projet. L’idée n’est pas non plus de dire que la France irait moins bien sans les Arabes, on est plus sur une histoire d’amour.

Voir Episode 1 ici

C’est un sujet un peu tendu, donc je préférerais vous en parler plus tard, quand le film sortira. Tout ce que je peux dire, c’est que, comme beaucoup, je suis effondré d’entendre ce que dit Éric Zemmour, effondré de la libération de cette parole, de sa banalisation. Je n’avais pas peur de ces idées avant mais j’aurais dû. J’ai vécu l’après-1998 qui était une période formidable. Puis tout s’est arrêté en 2001 avec l’effondrement des tours jumelles.

Avec un sujet pareil, les critiques vont fuser, non ?

Je sais que je vais me faire shooter de tous les côtés mais il faut le faire. C’est la première fois de ma carrière où je sens que je peux produire un truc qui alimentera les débats. Donc, il faut que je le fasse.

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Il y a un épisode de votre vie qui fournirait un bon sujet, c’est votre séjour en hôpital psychiatrique après le service militaire.

À 20 ans, j’ai été réformé P5 [indicateur d’aptitude psychiatrique à l’engagement militaire N.D.L.R.] mais on m’a dit que je n’avais pas le droit de retourner à la vie civile. J’ai alors compris que j’avais été un peu trop loin. L’hôpital psychiatrique pendant trois mois avec des patients gavés de cachetons, ça m’a marqué à vie. Je n’arrêtais pas de leur dire que je n’étais pas fou, que j’avais juste un peu déconné pour ne pas faire l’armée. Ils me répondaient d’ouvrir la bouche pour prendre mes pilules.

Loin de l’HP, Or de lui chronique cette fameuse France dite « périphérique », celle des zones pavillonnaires éloignées de tout.

Le premier jour de tournage dans la banlieue de Troyes, je me suis cru dans la série Desperate Housewives, en me demandant comment on fait pour vivre là. Après trois semaines, les lieux m’ont paru familiers. J’ai compris que, pour avoir plus d’espace, pour avoir un jardin, c’était mieux qu’un petit appartement. Que je ferais sûrement pareil dans leur cas. Même s’il n’y a pas de moyens de transport et qu’il te faut deux voitures pour pouvoir aller au travail. Et que ça coûte de l’essence et du temps que tu ne passes pas avec tes enfants.

« Quand les gens crèvent la dalle, il faut peut-être arrêter de parler et de donner son avis. Quand on a faim, il faut gueuler. »

À 18 heures, on voyait les habitants rentrer du travail, épuisés. Alors, si le 15 du mois, il n’y a plus rien dans le frigo… C’est normal de péter un câble, non ? Je ferais pareil. Mais le personnage que j’incarne n’est pas malheureux parce qu’il vit là, il l’est intrinsèquement.

Ça vous a rappelé votre enfance ?

J’ai plutôt grandi en cité mais je connais des personnes qui ont ces vies-là. Certaines de mes sœurs habitent dans des zones pavillonnaires identiques. Après, même si je comprends la misère, les difficultés, je ne comprends pas pour autant certains choix électoraux. À Marseille, par exemple, il y a des problèmes mais la ville n’est jamais passée au Front national. Donc, c’est possible de ne pas rejeter la faute sur les Arabes.

Je comprends aussi que c’est un vote de contestation et que beaucoup ne votent pas spécialement contre eux. Les électeurs de Le Pen ne sont pas forcément des fachos, ce sont des gens qui ont faim. De toute façon, j’ai l’impression qu’on ne maîtrise plus rien. Je suis dépassé et les bras m’en tombent. Quand les gens crèvent la dalle, il faut peut-être arrêter de parler et de donner son avis. Quand on a faim, il faut gueuler.

Or de lui. Disponible sur la plateforme france.tv

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