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France : Les prises de position de Rachel Khan contre certains travers du militantisme antiraciste

jeudi 18 novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/culture/cultures-pop/ne-pas-etre-daccord-cest-etre-facho-visee-par-une-petition-rachel-khan-se-defend

« Ne pas être d’accord, c’est être facho » : visée par une pétition, Rachel Khan se défend

Hip-hop racialiste

Par Jean-Loup Adenor

Publié le 17/11/2021 à 12:57

L’essayiste Rachel Khan est l’objet d’une pétition exigeant son renvoi de la codirection de La Place, un centre culturel dédié au hip-hop à Paris. En cause : ses prises de position contre certains travers du militantisme antiraciste. « Parce que j’ai cette couleur de peau, je ne dois pas penser par moi-même », s’indigne l’auteure à « Marianne ».

Une « chasse à l’homme » ? C’est en tout cas la formule utilisée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, lundi 15 novembre, quinze jours après qu’une pétition signée par une cinquantaine d’acteurs du milieu culturel – journalistes, producteurs, blogueurs, influenceurs, artistes… – a exigé le renvoi de Rachel Khan, nommée en janvier dernier à la codirection de La Place, un centre culturel dédié au hip-hop à Paris dans le forum des Halles. Les pétitionnaires se questionnent sur « la légitimité de Rachel Khan à diriger un centre culturel consacré à la culture hip-hop. Quelle est son implication dans cette culture ? »

Interrogée par Marianne, Rachel Khan se défend : « Depuis 2008, alors que j’étais conseillère culture du président de la région Île-de-France, j’ai tout mis en œuvre en interne pour ramener les esthétiques hip-hop au sein de la politique culturelle. Je suis allée chercher des centaines de milliers d’euros pour financer des films, soutenir des rappeurs, des chorégraphes… C’est pour ça que j’ai voulu m’engager à La Place. » De son côté, l’association assure qu’elle ne cédera à « aucune pression » quant à l’organisation de sa direction. Mais le conflit se fonde-t-il sur une question de légitimité ? Ou d’opinions politiques ?

Le 15 mars déjà, Rachel Khan était lâchée par son conseil d’administration. Elle est alors en pleine tournée médiatique pour défendre son dernier ouvrage, « Racée » (Éditions de l’Observatoire, 2021), dans lequel elle critique un certain militantisme antiraciste et notamment la propagation du terme « racisé » dans les milieux militants, qui révèle selon elle d’une « dérive et d’une incohérence idéologique ». Un communiqué publié sur les réseaux sociaux de La Place fait alors savoir que « les propos actuellement tenus par Mlle Rachel Khan dans les médias dans le cadre de la promotion de son livre n’engagent qu’elle, et ne reflètent en aucun cas les opinions des membres du conseil d’administration de La Place - Centre Culturel Hip-Hop de la Ville de Paris. »

Racialisme contre universalisme

En creux, ce sont deux visions de la lutte contre le racisme qui s’affrontent. Rachel Khan assume publiquement son refus du mot « racisé », de la lecture identitaire qu’il induit et préfère se placer sur la ligne universaliste. En face, ses détracteurs l’accusent de faire le jeu du racisme et de l’extrême droite et voudraient la voir tenir un discours plus radical, plus critique des institutions de la République.

Ce clivage apparaît clairement dans le texte de cette pétition d’acteurs de la culture hip-hop, diffusée début novembre. Selon les signataires en effet, l’écrivaine « bafoue les valeurs d’une culture qui nous est chère avec des propos inacceptables et clivants, validés par la frange la plus réactionnaire des médias français et des politiciens d’extrême droite ».

Fronde en ligne

Des critiques que l’on retrouve également sur différents blogs culturels et militants, qui affichent une ligne antiraciste à l’opposé à l’universalisme de Rachel Khan et dont certains contributeurs ont signé la pétition. C’est notamment le cas du webzine Hiya !, dans lequel un article publié fin septembre estime que l’auteure se « pavane sur les plateaux de Sud Radio, LCI et consorts, déversant son discours soi-disant universaliste (nouvelle formule dévoyée pour dire raciste) ».

À LIREAUSSI” : Rachel Khan - Ismaël Saidi : la France prise dans le piège identitaire ?

De son côté aussi, le blog d’extrême gauche « Cerveau non disponible », apparu au fil de la mobilisation des Gilets jaunes début 2019, a estimé ce week-end que Rachel Khan défendait « un universalisme proche de l’extrême droite » et s’est indigné que son livre Racée ait été « félicitée depuis par Marine Le Pen ». Cette dernière confiait effectivement sur RTL à la mi-octobre avoir lu et aimé l’ouvrage de Rachel Khan. « Elle a une écriture élégante et elle veut réparer sans être dans la brutalité, une manière intelligente d’expliquer en quoi le racialisme est une impasse nocive », expliquait-elle alors.

« Banania »

« Bien sûr que les compliments de Marine Le Pen m’ont étonnée, mais je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir honte, explique à Marianne Rachel Khan. Si la présidente du Rassemblement national se prononce contre le racialisme et le racisme, tant mieux ! » Pour l’écrivaine, l’universalisme qu’elle défend est avant tout « une lutte de tous contre toutes les discriminations et un refus de segmenter les causes par communautés. L’esclavage, par exemple, est un crime contre l’humanité, contre toute l’humanité. » L’universalisme, « c’est lorsque les êtres humains sont capables de s’accorder entre eux pour une communion universelle », explique-t-elle encore. « Une valeur profondément de gauche parce qu’émancipatrice. Une valeur d’égalité, de liberté et de justice : tout ce qui se trouve à l’origine du mouvement hip-hop. »

Comment explique-t-elle ces critiques ? « Ce qu’on me reproche, c’est d’avoir écrit un livre. C’est d’ailleurs une réaction assez particulière venant d’acteurs du milieu culturel. » Rachel Khan s’étonne qu’au-delà de la pétition, ses détracteurs qui s’expriment notamment sur les réseaux sociaux reproduisent les discriminations qu’ils prétendent dénoncer. « Ils sont contre la domination, mais n’hésitent pas à intimider et à humilier en recourant à des anathèmes de type « banania » ou « bounty ». Ils sont pour la décolonisation, mais acceptent cette colonisation américaine des luttes sociales. Ils sont pour l’autodétermination des peuples, sans renoncer à assigner les individus. Ils sont pour la diversité, à condition de penser comme eux. »

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« Ce qui est d’extrême droite, c’est le fait de ne pas être d’accord avec eux. Parce que j’ai cette couleur de peau, je ne dois pas m’exprimer, je dois me conduire comme un mouton. Je ne dois pas penser par moi-même », déplore l’essayiste. Celle qui est encore aujourd’hui codirectrice de La Place rappelle également que c’est la mairie de Paris qui finance ce lieu à 100 %.

Contactée par Marianne, La Place a assuré qu’« aucune pression quelle qu’elle soit » ne dicterait ses choix de direction. « Notre travail est entièrement consacré à la réalisation de notre mission de soutien aux artistes », a répondu l’association.