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Chine : MeToo

mardi 30 novembre 2021, par siawi3

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/110821/en-chine-metoo-s-enracine

En Chine, #MeToo s’enracine

mercredi 11 août 2021,

par François BOUGON

Le géant de la tech chinoise Alibaba est secoué par une affaire de viol d’une employée par un de ses supérieurs. La police a arrêté l’agresseur présumé. Si l’entreprise a finalement sanctionné les fautifs, la victime a dû briser le mur de l’indifférence.

Vendredi 6 août, à la cantine du siège d’Alibaba, à Hangzhou, dans l’est de la Chine, une jeune femme habillée en noir et portant un mégaphone rompt avec fracas la routine du déjeuner des employés du géant de la tech chinoise. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, on la voit marcher de long en large et hurler : elle accuse notamment « des responsables d’Alibaba » de violer leurs subordonnées sans aucune sanction de la part de l’entreprise.

Cette même jeune femme, employée d’Alibaba, détaillera ses accusations dans un texte diffusé sur la messagerie interne, qui sera publié par la suite sur les réseaux sociaux. Elle explique avoir été violée par son supérieur fin juillet dans un hôtel de la ville de Jinan après un dîner d’affaires où il l’a enivrée.

Ce dernier a été arrêté après qu’elle eut porté plainte. Mais avant qu’elle ne rende publique son histoire, Alibaba ne l’a pas soutenue, d’où sa décision de manifester bruyamment puis de publier son texte. « La détermination à survivre est l’arme la puissante. Je n’abandonnerai pas », écrit-elle.

Dans un communiqué publié dimanche, Daniel Zhang, patron d’Alibaba – il a succédé en 2019 à Jack Ma, le charismatique fondateur du groupe de vente en ligne – s’est déclaré « choqué, furieux et honteux » en expliquant après avoir pris connaissance des faits seulement la veille au soir. Des sanctions ont été prises à l’encontre des responsables concernés et Daniel Zhang s’est engagé à collaborer avec la police pour faire toute la lumière.

Mardi, dans un communiqué publié sur son site, la Commission de discipline du Parti communiste a jugé qu’au-delà de ces faits et des éventuelles condamnations, la société devait s’interroger sur ces « règles non écrites » que sont « la culture de l’intimidation profondément ancrée » et « la culture de l’alcool à la table », qui conduisent des responsables hiérarchiques à abuser sexuellement de leurs subordonnées. « Pour venir à bout de ces règles non écrites, personne ne peut être spectateur », souligne l’organisme chargé de la lutte contre la corruption au sein de la formation au pouvoir.

Une culture machiste et misogyne

Dans son communiqué, Daniel Zhang a promis une série de mesures, notamment en terme de formation et de prévention. Il a également dénoncé « l’horrible tradition de forcer à boire ». « Indépendamment du sexe, qu’il s’agisse d’une demande formulée par un client ou un supérieur, nos employés ont le droit de la rejeter », a-t-il écrit.

Alibaba a beau organiser depuis 2015 une Conférence mondiale sur les femmes et l’entrepreneuriat, l’entreprise est cependant marquée par une culture machiste et misogyne. Comme le soulignait en janvier le site Protocol, même si les femmes sont très présentes à des postes de direction, les discriminations et les préjugés persistent dans les grandes entreprises du secteur. Il y a peu encore, leurs offres d’emploi décrivaient leurs employées en des termes sexistes pour attirer les candidats masculins (lire ce rapport de 2018 de Human Rights Watch [1]).

Il ne s’agit pas seulement d’une question de représentation, mais de « remettre en cause les normes », explique ainsi dans l’article Julie Yujie Chen, qui enseigne à l’université de Toronto et a mené des recherches sur les femmes chinoises dans le secteur de la technologie.

Les réseaux sociaux ont joué un grand rôle pour mettre sur le tapis la question des violences de genre et des discriminations.

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La vague #MeToo a atteint la Chine en 2018. Après le déclenchement de l’affaire Weinstein aux États-Unis en octobre 2017, les campus chinois avaient été les premiers à s’agiter. Des étudiantes avaient brisé le mur du silence, la norme jusque-là. Elles dénonçaient des cas de harcèlement sexuel exercés par des professeurs. Puis d’autres lieux de pouvoir dominés par les hommes – entreprises technologiques, médias ou institutions religieuses – avaient été touchés.

Le moment a été fondateur pour le mouvement féministe dans le pays. Face à l’opposition des autorités – qui avaient enjoint les médias officiels à ne pas relayer les informations sur le mouvement – et au poids du patriarcat, les réseaux sociaux ont joué un grand rôle pour mettre sur le tapis la question des violences de genre et des discriminations.

Ils ont aussi permis non seulement de relayer des accusations mais aussi de permettre aux victimes et aux féministes de s’unir : le combat n’était plus solitaire ni perdu d’avance. L’affaire Alibaba montre que la prise de conscience est durable. D’autant plus qu’elle intervient peu de temps après l’incarcération du chanteur et acteur canadien d’origine chinoise Kris Wu (Wu Yifan de son nom chinois). Cette star de la musique pop très populaire en Chine, âgée de 30 ans, est accusée d’avoir violé une étudiante, Du Meizhu, il y a deux ans, alors qu’elle était âgée de 17 ans.

La police a ouvert une enquête après des accusations d’internautes contre cet ambassadeur de nombreuses marques de luxe, Louis Vuitton, Bulgari, Lancôme ou encore L’Oréal. Il nie les accusations de Du Meizhu.

Enfin, en juillet, Zhou Xuanyi, un professeur de la faculté de philosophie de l’université de Wuhan a été suspendu. Son tort ? Son double discours, car s’il s’est fait connaître pour ses discours en faveur de l’égalité des genres, il accumulait les conquêtes après de jeunes admiratrices sans que sa compagne le sache. Là encore, c’est un texte publié sur les réseaux sociaux qui a scellé son sort.

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Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/290921/disparition-forcee-en-chine-d-une-figure-de-metoo

Sophia Huang Xueqin : disparition forcée en Chine d’une figure de #MeToo

mercredi 29 septembre 2021,

par François BOUGON

Sophia Huang Xueqin, 33 ans, avait été la première à s’exprimer publiquement sur l’agression sexuelle dont elle avait été victime en 2017, lançant le mouvement #MeToo en Chine. Il y a dix jours, elle a été arrêtée par la police et placée en détention dans un lieu inconnu sans accès à un avocat. Tout comme un ami militant, Wang Jianbing.

Depuis le 19 septembre, la journaliste indépendante Huang Xueqin, figure du mouvement #MeToo, est perdue dans le trou noir du système policier chinois. Sa famille et ses amis ont perdu tout contact avec elle.

Selon les maigres informations recueillies par ses proches, Sophia Huang – son nom en anglais – a été arrêtée par la police de Canton alors que la jeune femme, qui est âgée de 33 ans, s’apprêtait à se rendre à Hong Kong, puis en Grande-Bretagne, où elle avait prévu d’étudier à l’université du Sussex.

En 2019, elle avait passé trois mois en détention sous l’accusation d’avoir « attisé des querelles et provoqué des troubles » – une charge fréquemment utilisée par le régime communiste pour réduire au silence les voix dissidentes. Il lui était reproché d’avoir couvert les manifestations en faveur de la démocratie de 2019 dans l’ancienne colonie britannique. Elle avait notamment rendu compte, sur son blog, d’une des manifestations les plus imposantes, celle du 9 juin.

Un poster de 2019 lors de la première arrestation de Sophia Huang.

Elle concluait par ces mots : « Peut-être que, sous la puissante machine de l’État-parti, l’ignorance et la peur peuvent être entretenues, l’information et les nouvelles peuvent être bloquées, la réalité et la vérité peuvent être déformées. Mais après en avoir fait l’expérience directe et en avoir été témoin, on ne peut feindre l’ignorance, on ne peut renoncer à enregistrer, on ne peut rester assis et attendre. Les ténèbres ne connaissent pas de limites, et la seule lueur de vérité et de lumière qui reste ne doit jamais être abandonnée. »

La disparition de Huang est inquiétante, car le gouvernement chinois a de plus en plus recours à la détention pour réprimer la dissidence politique.

La Fédération internationale des journalistes

Cette journaliste, spécialisée notamment dans les questions de genre, s’était fait connaître en 2017 pour avoir été la première à rendre publique l’agression sexuelle dont elle avait été victime lorsqu’elle travaillait pour des médias d’État, ouvrant la voie à d’autres prises de parole sous le hashtag #WoYeShi (#MeToo en mandarin). Elle avait créé une plateforme numérique pour prodiguer assistance et conseils aux femmes victimes d’agressions sexuelles.

Par son engagement, elle est devenue une personne à abattre. Un de ses amis, qui l’accompagnait, Wang Jianbing, militant engagé dans la défense des travailleurs atteints de maladies professionnelles, a également été interpellé le 19 septembre. Ils seraient tous deux accusés d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État » pour s’être réunis avec des connaissances chez Wang Jianbing.

Ils ont été placés en « surveillance résidentielle dans un lieu désigné », une forme de détention utilisée fréquemment pour ceux qui sont soupçonnés de mettre en danger la sécurité de l’État. Elle permet de détenir des suspects dans un lieu inconnu jusqu’à six mois, sans accès à un avocat et sans information à la famille sur le lieu. Sauf après accord de la police. Pour les organisations des droits de l’homme, il s’agit de « disparition forcée ».

Dans un communiqué, la Fédération internationale des journalistes a affiché sa solidarité avec Huang, « qui a été continuellement harcelée par les autorités chinoises pour avoir attiré l’attention sur des questions importantes d’intérêt public ». « La disparition de Huang est inquiétante, car le gouvernement chinois a de plus en plus recours à la détention pour réprimer la dissidence politique », a ajouté l’ONG. De son côté, Reporters sans frontières (RSF) a appelé à « sa libération immédiate ainsi que celle de tous les autres journalistes et défenseurs de la liberté de la presse sous les verrous en Chine ». Selon RSF, la Chine est la plus grande prison au monde pour les journalistes, avec au moins 122 détenus.

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Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/071121/l-effet-metoo-atteint-le-parti-communiste-chinois

Peng Shuai : l’effet #MeToo atteint le Parti communiste chinois

dimanche 7 novembre 2021,

par François BOUGON

La joueuse de tennis Peng Shuai a publié sur les réseaux sociaux un témoignage poignant sur sa relation avec un ancien haut dirigeant chinois fondée sur un rapport sexuel imposé. Son post a été censuré, mais son impact est important, dévoilant les coulisses d’un parti dominé par des hommes.

Peng Shuai, 35 ans, est une sportive de haut niveau. Elle s’est distinguée en remportant en double des compétitions de premier plan, notamment à Wimbledon et à Roland-Garros, plaçant la Chine au premier rang du tennis féminin mondial et faisant la fierté de son pays. Aujourd’hui, elle traîne dans les tréfonds des différents classements mondiaux.

Zhang Gaoli, son aîné de 40 ans, a appartenu au saint des saints du pouvoir : le Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC). Entre 2012 et 2017, lors du premier mandat de Xi Jinping, le secrétaire général tout-puissant et président de la République, il y était chargé des questions économiques, tout en occupant le poste de vice-premier ministre de 2013 à 2018. Puis il a pris sa retraite politique.

Tous deux ont fait un retour fracassant cette semaine dans l’espace public. La première a accusé le second de l’avoir violée avant qu’elle ne devienne sa maîtresse.

Comme beaucoup de femmes avant elle en Chine, dans le sillage de #MeToo, elle a publié son témoignage sur le réseau social chinois Weibo mardi 2 novembre. Son post a tenu 20 minutes avant d’être censuré – mais il a été diffusé sur Twitter (voir ci-dessous)

Le post de Peng Shuai relayé sur Twitter. © 只配抬杠

Depuis, tous les mots-clés liés à leur histoire – ou les astuces linguistiques inventées par les internautes pour contourner la censure – sont, eux aussi, nettoyés par les petites mains et les algorithmes de la cybersurveillance. À quelques jours de la sixième session plénière du 19e congrès du PCC, un important rendez-vous politique qui s’ouvre lundi 8 novembre, l’ordre doit régner.

Dans son message (des extraits en anglais sont disponibles sur le site de China Digital Times), Peng Shuai a raconté que sa liaison avec Zhang Gaoli a été marquée par un viol à Tianjin, puis une période d’éloignement dû au départ de Zhang Gaoli vers Pékin pour intégrer le Comité permanent du Bureau politique et, après les « retrouvailles », une vie à trois, où Peng Shuai, maîtresse de Zhang Gaoli, aurait subi les humiliations de la femme du haut dirigeant.

Une grande souffrance transparaît dans ces lignes : « Je me sens comme un zombie, écrit-elle. Je dois simuler, chaque jour est un simulacre, qui suis-je vraiment ? Je ne devrais pas être dans ce monde, mais dans le même temps je n’ai pas le courage de mourir. Je voudrais vivre une vie un peu plus simple, mais les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être. »

Si Peng Shuai n’évoque spécifiquement pas le mouvement #MeToo, son récit s’inscrit dans une histoire qui, si elle a commencé en 2017 en Chine, s’est nourrie de la mobilisation de nombreuses militantes depuis de nombreuses années. « Bien sûr que Peng Shuai n’appartient pas au mouvement #MeToo, mais elle fait partie de celles qui répondent à cet appel et servent de modèles », a souligné sur Twitter Lü Pin, une figure du féminisme chinois, aujourd’hui exilée aux États-Unis.

Il s’agit surtout de la première mise en cause d’un ancien responsable politique de haut niveau. Jusqu’à présent, les personnes ciblées avaient été des présentateurs de télévision, des professeurs d’université, des chanteurs...

« Je sais que du haut de votre statut et de votre pouvoir, vice-premier ministre Zhang Gaoli, vous avez dit que vous n’aviez pas peur, a écrit Peng Shuai, qui a décidé de s’exprimer publiquement juste après que Zhang Gaoli eut annulé un rendez-vous. Même si je provoque ma propre perte, tel un œuf qui s’écrase contre un mur ou un papillon se précipitant vers une flamme, je dirai la vérité sur vous. »

Pour Lü Pin, ce témoignage est « très important ». « Même si ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, il expose la vraie vie des hauts cadres chinois, et la manière dont leur pouvoir masque leur hypocrisie, et combien ils sont corrompus. » Pour la journaliste américaine Leta Hong Fincher, autrice de Betraying Big Brother. The Feminist Awakening in China (Trahir Big Brother. Le réveil féministe en Chine, Verso, non traduit), la décision de Peng Shuai de s’exprimer publiquement contre un ancien haut dirigeant est « stupéfiante ».

Il suffit d’observer la réaction du porte-parole du ministère des affaires étrangères – et son visage –, interrogé par un journaliste étranger, pour comprendre à quel point le sujet est tabou : « Je n’en ai pas entendu parler. Ce n’est pas une question diplomatique. Question suivante. »

[Vidéo © Jennifer Zeng 曾錚]

Malgré les engagements proclamés à plusieurs reprises des autorités en faveur de la parité, les femmes sont très peu présentes dans les échelons supérieurs du pouvoir. On en compte une seule, Sun Chunlan, pour 24 hommes au sein du Bureau politique, aucune dans le Comité permanent, 10 (4,9 %) dans l’actuel Comité central, le 19e (2017-2022), doté de 376 membres.

Comme le souligne un article extrêmement documenté de la journaliste Shen Lu sur le site China File (lire ici), seulement six femmes – dont la moitié étaient des épouses de dirigeants, comme Jiang Qing, l’épouse de Mao Zedong – ont été admises au sein du Bureau politique dans l’histoire du PCC.

Xi Jinping et le reste de ces dirigeants masculins veulent éradiquer complètement le mouvement féministe, mais cela leur sera difficile.
Leta Hong Fincher

De fait, malgré des efforts aux échelons inférieurs avec l’imposition de quotas, le PCC s’apparente à un « boys club ». Celles qui forcent néanmoins le plafond de verre se voient assignées aux affaires familiales et sociales. Sun Chunlan, également vice-première ministre, s’est vu confier la tâche de coordonner la lutte contre le Covid-19.

Leur ascension se réalise essentiellement à travers deux organismes, la Fédération des syndicats de Chine et le Département du front uni du PCC – un organisme chargé des contacts avec ceux qui ne sont pas membres du Parti –, selon des données compilées par deux chercheurs, David Bulman et Kyle Jaros, cités par China File.

« Ces affectations impliquent que le Parti perçoit l’avantage comparatif des femmes cadres à travers des lunettes traditionnellement genrées : les cadres féminins sont des communicatrices et des facilitatrices de dialogue efficaces, plutôt que des dirigeantes à part entière », souligne Bulman, cité dans l’article.
Promotion des valeurs traditionnelles

Les hommes, eux, se voient chargés de missions, considérées comme plus nobles, de développement économique, de construction urbaine et de sécurité publique. Des postes qui permettent surtout d’être promus aux échelons supérieurs plus rapidement, car ils impliquent un travail de coordination important.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, d’abord à la tête du PCC, puis comme président de la République un an plus tard, Xi Jinping a porté un discours très versé dans la promotion des valeurs traditionnelles, qui renforcent les discriminations de genre en assignant les femmes à des rôles de mères et d’épouses, alors que de plus en plus d’entre elles contestent ce système patriarcal et machiste.

En 2015, cinq militantes féministes ont été arrêtées pour avoir manifesté contre le harcèlement sexuel. « Ce fut un tournant décisif. Jusque-là, les féministes pouvaient être interrogées, mais pas réprimées de cette manière », souligne Leta Hong Fincher.

Plus récemment, en septembre, Sophia Huang Xueqin, 33 ans – la première à s’exprimer publiquement sur l’agression sexuelle dont elle avait été victime en 2017, lançant le mouvement #MeToo en Chine –, a été arrêtée par la police et placée en détention dans un lieu inconnu, sans accès à un avocat.

Cependant, en dépit de la répression et de l’impossibilité pour les militantes chinoises d’utiliser les mêmes outils puissants que leurs homologues occidentales – les réseaux sociaux et les médias –, « nous voyons tous ces cas percer malgré une censure impitoyable », souligne Leta Hong Fincher.

« Le mouvement féministe a permis ces dernières années aux femmes chinoises, en particulier celles qui ont fait des études supérieures, d’être conscientes de leur force, poursuit-elle. Cela a permis un réveil féministe porté par toutes ces femmes venues de différents horizons. D’un côté, cela donne une Peng Shuai qui s’exprime après s’être tue pendant des années, malgré les risques qu’elle encourt. De l’autre, nous assistons à une baisse spectaculaire des taux de natalité et de mariage en Chine. C’est une indication concrète du fait que de plus en plus de femmes, en particulier celles qui sont allées à l’université, s’opposent à ces normes de genre traditionnelles, aux attentes sur le fait qu’elles doivent se marier ou avoir très tôt des enfants. Les politiques échouent et les féministes se réveillent en force. Cela va continuer. »

Face à ce réveil, Xi Jinping et le Parti communiste chinois ne désarment pas. « Ce que montre le témoignage de Peng Shuai, même s’il n’a pas été confirmé, explique Leta Hong Fincher, c’est que les hauts dirigeants sont sexistes, qu’ils utilisent les femmes dans leurs politiques, comme des outils reproductifs pour l’État, et, en tant qu’individu, je suis sûre que n’importe lequel de ces hauts dirigeants peut agresser sexuellement des femmes en toute impunité. Il existe ainsi de nombreux témoignages à des niveaux inférieurs du Parti, mais c’est la première fois que l’on en a un au niveau supérieur. Alors, bien sûr, Xi Jinping et le reste de ces dirigeants masculins veulent éradiquer complètement le mouvement féministe, mais cela leur sera difficile. »

À l’image de Peng Shuai, les femmes chinoises ne semblent pas vouloir se résigner au sort que leur réserve « Grand-père Xi ».