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France : Affaire Paty : un prof suspendu pour avoir mis en cause l’Education nationale se dit « estomaqué »

mercredi 1er décembre 2021, par siawi3

Source :https://www.lexpress.fr/actualite/societe/affaire-paty-un-prof-suspendu-pour-avoir-mis-en-cause-l-education-nationale-se-dit-estomaque_2163393.html

Affaire Paty : un prof suspendu pour avoir mis en cause l’Education nationale se dit « estomaqué »

Un enseignant, suspendu pour avoir évoqué l’absence de soutien de l’institution auprès du professeur assassiné, dénonce une « atteinte à la liberté d’expression ».

Photo : Des collègues et des proches de Samuel Paty lors d’une marche blanche en sa mémoire à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) le 20 octobre 2020
afp.com/Bertrand GUAY

Par Amandine Hirou

Publié le 30/11/2021 à 15:55, mis à jour à 18:18

« Tandis que l’Education nationale rend hommage d’une main à Samuel Paty »mort pour la liberté d’expression« selon les propres mots du ministre Jean-Michel Blanquer, de l’autre main elle muselle et sanctionne les enseignants qui osent justement exercer ladite liberté d’expression ». Les mots sont forts, à l’image de la colère de l’enseignant qui a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à L’Express. Fin octobre dernier, Jean-Christophe Peton, professeur de lettres au lycée du Bois de Mouchard (Jura) a été suspendu de cours à titre conservatoire pour avoir mis en cause le rôle de l’institution lors de l’affaire Samuel Paty.

Les faits remontent au 14 octobre dernier. L’enseignant de 54 ans, qui ne fait pas mystère de son « franc-parler » réagit, sur Pronote (plateforme numérique du lycée), à un message du proviseur annonçant l’organisation d’une minute de silence en hommage à Samuel Paty le lendemain, soit un an après l’attentat. « Samuel Paty a été assassiné pour avoir défendu l’idée qu’on pouvait rire de tout, même et surtout avec les caricatures outrancières de Charlie Hebdo, parce qu’il n’y a rien de sacré en droit français, dans une démocratie laïque, et que la liberté d’expression ne s’arrête que devant les appels à la haine ou au racisme ou à l’antisémitisme (voire au sexisme) concernant des individus précis et non des clichés », écrit-il. Ajoutant : « Toutes formes de discriminations a priori qui sont évidemment gerbantes si elles ne sont pas humoristiques ».

La suite de son texte, adressé à ses collègues, dénonce clairement l’attitude de l’institution. « Avant d’être égorgé, Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie, l’Education nationale et ses sbires, et même tancé pour avoir montré des caricatures qui pouvaient heurter X ou Y ou Z, affirme l’enseignant. Cette minute de silence, il faut la faire pour lui, évidemment. Mais ne soyons pas dupes de l’hypocrisie de l’institution et de ses relais. » Jean-Christophe Peton ne s’arrête pas là puisqu’il publie son texte sur Twitter et interpelle à ce sujet le recteur de l’académie de Besançon, Jean-François Chanet. Dans une interview accordée à l’Est Républicain, ce dernier avait été interrogé, ce 14 octobre, sur ce qu’il pensait du livre du romancier David di Nota (« J’ai exécuté un chien de l’enfer », éd. Le Cherche Midi) qui fustige l’administration. « La polémique me paraît dérisoire. C’est tellement facile de s’attaquer à l’institution ! Elle a ses engagements et ses défaillances ? Mais c’est la vie même... Il est trop facile après coup de ne retenir qu’un aspect », avait répondu le recteur.

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Le 22 octobre, Jean-Christophe Peton est convoqué par le rectorat à la suite d’un signalement effectué par son chef d’établissement. « Ce signalement fait état de la diffusion d’un message contenant des propos inappropriés sur Pronote. Lesdits propos font par ailleurs l’objet d’un tweet à l’attention de Monsieur le Recteur d’académie », mentionne la convocation. « Lors de cette entrevue, on m’a signifié ma suspension pour une durée maximale de quatre mois, à titre conservatoire, sous prétexte qu’un fonctionnaire ne peut critiquer son institution, ni sa hiérarchie », explique l’enseignant qui se dit « estomaqué » par la sévérité de cette décision. « Ce qui me stupéfie c’est que, d’ordinaire, on ne suspend un fonctionnaire que lorsqu’il représente un danger pour lui-même ou pour les autres, dénonce-t-il. Or je me demande quel danger je peux représenter, notamment pour mes élèves ! »

L’émotion est vive au lycée du Bois de Mouchard. Dans une lettre, adressée au recteur d’académie, de très nombreux collègues de l’enseignant mis en cause demandent qu’il soit réintégré dans ses fonctions. « Les termes polémiques qu’employa M. Peton dans son message sur Pronote lui appartiennent, et nous ne les partageons pas forcément tous. Cependant, nous nous insurgeons qu’il lui soit reproché de les avoir exprimés », stipule le texte, signé par 53 enseignants et agents de l’établissement. L’Association des Professeurs de Lettres (APL), à laquelle appartient Jean-Christophe Peton, dénonce également un « procédé scandaleux dont use le rectorat de Besançon » dans un communiqué publié ce 30 novembre.

Contacté par L’Express, le rectorat de l’académie de Besançon précise que « ce professeur a été sanctionné par suspension à titre conservatoire suite à l’utilisation d’un outil institutionnel et professionnel de communication, en l’occurrence l’environnement numérique de travail (ENT) à des fins de diffusion de propos personnels qui n’ont rien de pédagogiques ». Et le rectorat d’insister : « C’est bien dans ce cadre là qu’il a été sanctionné et non pas pour ses propos ». Selon l’institution, l’enseignant aurait déjà fait l’objet d’un blâme « pour des publications inappropriées sur les réseaux sociaux », sur un tout autre sujet, en décembre 2020.

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Jean-Christophe Peton, qui se dit habitué à s’exprimer « avec emphase et ironie » reconnaît qu’il aurait pu, dans cette affaire, « user d’un autre vocabulaire », tout en maintenant le fond de ses propos. « La presse a largement fait état de certaines défaillances ou manquements de l’institution dans l’affaire Samuel Paty, les zones d’ombre du rapport de l’inspection générale ont également été soulevées. Pourquoi, nous autres enseignants, ne pourrions-nous pas en faire mention ? », insiste-t-il. Un conseil de discipline devrait se réunir pour statuer sur son sort.

°°°

Source : https://www.leprogres.fr/education/2021/12/01/affaire-samuel-paty-soutiens-sur-la-toile-apres-la-suspension-d-un-professeur-a-mouchard

Jura - Affaire Samuel Paty : soutiens sur la Toile après la suspension d’un professeur à Mouchard

Jean-Christophe Peton, professeur de lettres au lycée du Bois à Mouchard, a été suspendu à titre provisoire.

Par Le Progrès

Aujourd’hui 1.12.21 à 12:12 | mis à jour aujourd’hui à 12:15

Le professeur suspendu enseigne au lycée du bois à Mouchard. Photo Progrès archives /Martial Magdelaine

La sanction de l’académie de Besançon agite le Net depuis ce mardi 30 novembre. Jean-Christophe Peton, professeur de lettres au lycée du Bois à Mouchard, a été suspendu à titre provisoire, comme le révèle L’Express, « pour avoir mis en cause le rôle de l’institution lors de l’affaire Samuel Paty ».

L’Association « Des Profs et des lettres », dont Jean-Christophe Peton est membre, a écrit un communiqué le 29 novembre dernier, dénonçant « le procédé scandaleux dont use le rectorat de Besançon à l’encontre de notre collègue […] visé par une procédure disciplinaire pour avoir écrit, dans un échange entre pairs, à propos de l’hommage rendu à Samuel Paty, que celui-ci n’avait pas été, pour le moins, soutenu par sa hiérarchie ».

« Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie », écrit le professeur

Les faits remontent au 14 octobre dernier. Sur la plateforme Pronote et son compte Twitter, le professeur réagit à l’organisation d’une minute de silence en hommage à Samuel Paty, un an après son assassinat, le 16 octobre. Ses derniers paragraphes s’achèvent ainsi : « Avant d’être égorgé, Samuel Paty a été abandonné par sa hiérarchie, l’Éducation nationale et ses sbires, et même tancé pour avoir montré des caricatures qui pouvaient heurter X ou Y ou Z. Aujourd’hui, la même hiérarchie nous intime une minute de silence pour lui rendre hommage. Cette minute de silence, il faut la faire, pour lui, évidemment. Mais ne soyons pas dupes de l’hypocrisie de l’institution et de ses relais. »

Depuis, les soutiens s’accumulent sur son compte Twitter, souvent accompagnés du hashtag #TousSuspendus.

À nos confrères de L’Express, le rectorat de l’académie de Besançon a répondu : « Ce professeur a été sanctionné par suspension à titre conservatoire suite à l’utilisation d’un outil institutionnel et professionnel de communication, en l’occurrence l’environnement numérique de travail (ENT) à des fins de diffusion de propos personnels qui n’ont rien de pédagogiques. »