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En Afghanistan, l’ONU accuse les talibans d’exécutions extrajudiciaires

samedi 18 décembre 2021, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/14/en-afghanistan-l-onu-accuse-les-talibans-d-executions-extrajudiciaires_6105987_3210.html

En Afghanistan, l’ONU accuse les talibans d’exécutions extrajudiciaires

L’Organisation des Nations unies dénonce plus de cent exécutions d’anciens membres des forces de sécurité afghanes et de personnes associées à l’ancien gouvernement, renversé à la mi-août.

Le Monde avec AFP

Publié le 14 décembre 2021 à 11h13 - Mis à jour le 14 décembre 2021 à 16h45

Photo : Des soldats talibans patrouillent à Kaboul, le 19 août 2021. RAHMAT GUL / AP

L’Organisation des Nations unies a dénoncé, mardi 14 décembre, des « exécutions extrajudiciaires » d’anciens membres des forces de sécurité afghanes et d’autres personnes associées à l’ancien gouvernement, en attribuant 72 aux talibans.

« Je suis alarmée par les informations persistantes faisant état d’exécutions extrajudiciaires dans tout le pays, malgré l’amnistie générale annoncée par les talibans après le 15 août », a déclaré la haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme, Nada Al-Nashif, devant le Conseil des droits de l’homme. « Dans plusieurs cas, les corps ont été exposés en public. Cela a exacerbé la peur parmi une part importante de la population », a estimé Mme Al-Nashif.

« Entre août et novembre, nous avons reçu des allégations crédibles faisant état de plus de cent exécutions d’anciens membres des forces de sécurité nationales afghanes et d’autres personnes associées à l’ancien gouvernement, dont 72 au moins ont été attribuées aux talibans », a-t-elle encore expliqué.

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Par ailleurs, « dans la seule province de Nangarhar, au moins cinquante exécutions extrajudiciaires de personnes soupçonnées d’être membres de l’EI-K [Etat islamique au Khorassan] semblent avoir été commises », a-t-elle poursuivi.

« Rivalités ou inimitiés personnelles », selon les talibans

Les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux se sont déjà dits début décembre « préoccupés » par des « exécutions sommaires » d’anciens membres des forces de sécurité afghanes par le régime taliban, révélées par des organisations de défense des droits humains, et ont demandé l’ouverture rapide d’enquêtes.

L’ONG Human Rights Watch a publié un rapport qui, selon elle, documente « des meurtres ou des disparitions dont ont été victimes 47 anciens membres des forces nationales de sécurité afghanes qui se sont rendus ou étaient détenus par les forces talibanes entre le 15 août et le 31 octobre ». Mais les talibans ont rejeté ces accusations, qu’ils ont jugées « injustes ».

Ces accusations circulent depuis des mois dans le pays mais restent très difficiles à prouver. « Les rumeurs sans fondement ne doivent pas être prises pour argent comptant », a réagi mardi après-midi le porte-parole du ministère des affaires étrangères taliban, Abdul Qahar Balkhi.

Les talibans « respectent pleinement le décret d’amnistie, et les employés des gouvernements précédents ne sont pas persécutés », a-t-il ajouté, en assurant qu’il y aura des enquêtes sur chaque cas suspect et que tout taliban coupable de violer l’amnistie sera « jugé et puni ». « Il y a eu des cas de meurtres d’anciens membres des forces de sécurité » du gouvernement renversé l’été dernier, « mais à cause de rivalités ou inimitiés personnelles », avait toutefois reconnu le porte-parole du ministère de l’intérieur taliban, Qari Sayed Khosti.
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Les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan à la mi-août, alors que le gouvernement soutenu par les Etats-Unis à Kaboul et l’armée du pays s’écroulaient. Depuis, l’économie afghane, qui dépendait fortement des subventions internationales, s’est effondrée. Washington a gelé les avoirs de la banque centrale d’Afghanistan, et le Fonds monétaire international a suspendu ses aides à Kaboul. La Banque mondiale, qui en avait fait de même, a annoncé le 11 décembre une aide de 280 millions de dollars (près de 250 millions d’euros) pour le pays.

Inquiétudes autour des droits des femmes

« Le peuple afghan est aujourd’hui confronté à une profonde crise humanitaire qui menace les droits de l’homme les plus fondamentaux », a affirmé Mme Al-Nashif. « Cette situation est aggravée par l’impact des sanctions et le gel des avoirs de l’Etat », a-t-elle dit, en prévenant la communauté internationale que ses « choix politiques (…) sont une question de vie ou de mort » pour les Afghans. « Ils définiront la voie que suivra l’Afghanistan à l’avenir », a-t-elle mis en garde.

Le retour des talibans au pouvoir est survenu vingt ans après qu’ils en ont été chassés par les forces américaines, en punition d’avoir hébergé des leaders d’Al-Qaïda, auteurs des attentats du 11-Septembre quelques mois plus tôt. Les Etats-Unis avaient mis fin à leur régime fondamentaliste, qui leur avait valu l’opprobre international en raison notamment du traitement brutal réservé aux femmes, de l’irrespect des droits de l’homme et de l’interprétation rigoriste de l’islam.

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Les actuels dirigeants talibans, désireux d’acquérir une respectabilité internationale, ont promis que leur régime serait différent. Le 3 décembre, le chef suprême des talibans a demandé au gouvernement, dans un décret, de « prendre des mesures sérieuses pour faire respecter les droits des femmes » en Afghanistan, notamment contre les mariages forcés, sans mentionner le droit de travailler ou d’étudier.

Mardi, Mme Al-Nashif a qualifié ce décret de « signal important » mais qui « laisse de nombreuses questions sans réponse ». « Par exemple, a-t-elle dit, il n’indique pas clairement un âge minimum pour le mariage et ne fait pas référence aux droits plus larges des femmes et des filles à l’éducation, au travail, à la liberté de mouvement ou de participation à la vie publique. » Elle a également déploré le « déclin marqué » de la fréquentation de l’école secondaire par les filles, en raison notamment du manque d’enseignantes.

Le Monde avec AFP